Alex Rins se retirera du Championnat du monde MotoGP à la fin de l’année 2026, comme prévu. En revanche, ce qui était moins attendu, c’est qu’il abandonne totalement les paddocks. Il n’ira pas en Superbike, et même pas en EWC comme certains anciens pilotes. Il dira au revoir à la moto après une carrière longue de 14 ans, ce qui est remarquable. Alors, que penser de cette annonce fracassante ? Analyse.
Un moment d’émotion pour Alex Rins… mais aussi pour nous
Tout d’abord, commençons par ce qui est évident : il ne pouvait plus continuer en MotoGP. Alex Rins, qui a décidé de rejoindre Yamaha début 2024, n’a jamais réussi à relever le défi d’Iwata. Ces dernières années ont été extrêmement compliquées, et, avec du recul, il est en grande difficulté depuis le début de saison 2023 et cette chute malheureuse en Italie avec LCR Honda. L’infirmerie a toujours été sa plus grande ennemie, et je pense sincèrement que l’état de son corps l’a aidé à prendre cette douloureuse décision.

Ce qu’il faut comprendre, avec ces sportifs, c’est que s’arrêter d’un coup est très difficile psychologiquement. C’est un phénomène constaté dans différentes disciplines, mais il s’en suit, parfois, une grande période de dépression après la dernière danse. Pourquoi ? Eh bien, en MotoGP, par exemple, les pilotes n’ont jamais rien connu d’autre que la moto. Ils n’ont pas eu une enfance normale, n’ont pas été à l’école avec autant d’assiduité, et sont effectivement passés à côté de bon nombre d’expériences banales pour le commun des mortels. Rins, parmi d’autres, n’a fait que ça depuis qu’il est né ou presque. Imaginez que tout s’arrête en un instant. Voici la raison pour laquelle une grande majorité reste dans ce microcosme, que ce soit en tant que consultants, pilotes dans d’autres catégories, ou les deux, comme Randy de Puniet.
La décision de Rins est particulièrement courageuse, car il avait sans doute des offres d’équipes Superbike. Et malgré tout, il a refusé. Sachez que j’ai un respect infini pour cette décision, car c’était, de son point de vue, la plus dure à prendre.
J’aurai l’occasion, en fin d’année, de faire une rétrospective de sa carrière. Mais je voulais aujourd’hui lui rendre hommage, simplement car c’est l’un des pilotes qui m’a le plus fait vibrer depuis que je suis ce sport. J’étais fan dès le Moto3, et je l’ai trouvé magistral en Moto2, avec cette mentalité de guerrier qui aurait mérité d’être récompensée par un titre mondial. Puis, en MotoGP, il est devenu « monsieur Suzuki », en remportant des courses avec la manière, en brillant. Oui, il n’a jamais été très régulier, et certains de ses choix en piste étaient plus que discutables. Disons que ce n’était pas le plus cérébral. Mais en termes de talent, d’explosivité, de joie procurée au spectateur, qui d’autre peut rivaliser sur les dix dernières années ? Combien, d’ailleurs, ont une course aussi mémorable que le Grand Prix de Grande-Bretagne 2019 à leur répertoire ?
Merci pour tout. Aujourd’hui, l’heure est venue, c’est vrai, mais les passionnés n’oublieront pas qui il était.
Le paradoxe du Superbike
Je voulais absolument profiter de cet article pour enfin parler d’un sujet qui me tient à cœur ; les anciens pilotes MotoGP en WSBK. En effet, si vous suivez cette chronique depuis un bon moment, vous savez que je ne suis pas tendre avec le mondial Superbike, que je considère un cran en dessous… du Moto2. Quand j’évoque Toprak ou Bulega, beaucoup me répondent la chose suivante : « Mais, alors, si le niveau est si faible, pourquoi Miguel Oliveira, que tu considères beaucoup, n’y arrive pas ? » Et vous avez tout à fait raison. Ça marche pour le Portugais, mais également pour d’autres anciens bons éléments, comme Stefan Bradl, Sam Lowes, Remy Gardner, et j’en passe. Alors, comment expliquer ce paradoxe ?
J’ai une théorie sur ce phénomène étrange. D’après moi, et sans considération matérielle dans le cas des moins bien lotis – car j’admets volontiers que c’est récurrent –, la perte de motivation une fois sorti du paysage des Grands Prix change complètement l’approche des pilotes. Prenez Miguel Oliveira, par exemple. Après plusieurs années à végéter au fond du peloton, il a retrouvé un bon guidon en Superbike, chez BMW. Même s’il ne l’avouera jamais, je suis persuadé, au fond de moi, qu’il considère son aventure terminée, qu’il a tourné la page. Après toutes les blessures qu’il a subies, toutes les désillusions, aussi, comme ce passage infructueux sur Aprilia chez RNF, puis Trackhouse, il n’a plus de jus. Et comment lui jeter la pierre ?

À l’inverse, regardez le haut du classement actuel. Bulega et Lecuona dominent, devant Yari Montella, un 2000 qui a échoué en Moto2. Quel est le point commun des trois pilotes ? Ce sont des profils plutôt jeunes, qui ont les crocs, la dalle, car ils sont une sorte de revanche à prendre. Et il en va de même pour d’anciens pilotes MotoGP ; l’exemple d’Alvaro Bautista est le plus frappant. Lorsqu’il a quitté la catégorie reine fin 2018, j’ai le vif souvenir qu’il avait assez mal pris le manque de considération des équipes MotoGP. Arrivé en Superbike, il a directement remporté les onze premières courses, et a fini vice-champion du monde. Puis, en 2022 et 2023, il a pris deux nouveaux titres. Je vous invite à regarder l’exemple similaire de Max Biaggi, qui a été dans ce championnat secondaire après une retraite amère du MotoGP.
Voilà mon explication. Suivant cette logique, je suis très heureux qu’Alex Rins ne s’y essaye pas, car il n’aurait absolument rien fait. Mentalement, quitter le MotoGP par la petite porte est trop difficile pour relancer un nouveau défi de cette taille. Je suis loin d’être devin, mais je prends aujourd’hui les paris que Jack Miller non plus n’y arrivera pas. J’ai davantage confiance en Franco Morbidelli chez Ducati, par exemple, car il a une revanche à prendre, et encore.
Je suis curieux de savoir ce que vous retenez d’Alex Rins, mais aussi, de ma théorie concernant le Superbike. Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Photo de couverture : Michelin Motorsport
























