Ducati avait largement contesté le système de concessions destiné à permettre à ses adversaires de combler leur retard. Mais après être tombé au rang B en juillet, Borgo Panigale a lui-même obtenu davantage de possibilités d’essais. Michele Pirro révèle que Ducati en a profité pour détourner une partie de son attention de la future 850 cc de 2027 et reprendre le développement de sa GP26. Depuis, Marc Marquez a remporté cinq des sept derniers Grands Prix.
Voilà un retournement que Luigi Dall’Igna n’avait probablement pas imaginé lorsque Ducati dominait outrageusement le MotoGP. Les concessions devaient aider les autres à rattraper Borgo Panigale. En 2026, elles contribuent désormais à aider Ducati à rattraper Aprilia.
Michele Pirro a révélé que l’usine italienne a pris une décision importante après un début de championnat difficile : remettre des ressources sur sa 1 000 cc actuelle alors que le développement de la future 850 cc de 2027 at déjà commencé.
Ducati avait déjà commencé à regarder vers 2027
La révolution réglementaire de 2027 impose aux constructeurs de développer une nouvelle génération de MotoGP de 850 cc, avec Pirelli à la place de Michelin et une réglementation aérodynamique profondément modifiée.
Chaque journée consacrée à la GP26 actuelle représente donc potentiellement du temps qui n’est pas consacré à la moto de demain. Mais Ducati n’avait remporté aucun des sept premiers Grands Prix avec son équipe officielle.
Aprilia avait pris l’avantage et la situation devenait suffisamment préoccupante pour modifier les priorités. Pirro le reconnaît sur GPOne. « Nous avions l’impression d’être en difficulté. Nous avons donc effectué des essais où nous avons peut-être dû, au lieu de nous concentrer sur la 850, nous recentrer sur la 1000 pour essayer de combler les petits manques qui nous faisaient défaut. »
Les concessions arrivent au moment parfait
Le changement de catégorie de concessions intervenu en juillet a alors offert à Ducati une marge de manœuvre supplémentaire. En descendant au rang B, le constructeur a notamment obtenu 20 trains de pneus Michelin supplémentaires pour ses essais.
Sur le papier, le cadeau pouvait presque sembler arriver trop tard. Michelin quittera le MotoGP à la fin de la saison et une part croissante du développement doit désormais être consacrée à la future moto équipée de Pirelli.
Mais Ducati avait encore un championnat 2026 à sauver. Et Pirro confirme aujourd’hui que Borgo Panigale a effectivement utilisé ces possibilités pour continuer à travailler sur la GP26.

Dall’Igna critiquait pourtant le principe
Luigi Dall’Igna a déjà expliqué qu’il considérait le principe même des concessions comme peu compatible avec une compétition sportive pure, tout en reconnaissant leur intérêt pour maintenir un championnat plus équilibré.
Le système avait notamment permis à Honda et Yamaha de bénéficier d’une liberté de développement considérablement supérieure lorsque Ducati dominait. Cette fois, c’est Borgo Panigale qui en profite.
Pas avec les mêmes libertés que les constructeurs les plus favorisés : Ducati reste notamment limitée dans le choix de ses circuits d’essais et doit utiliser ses pilotes d’essai, comme Pirro. Mais ces possibilités supplémentaires sont arrivées au moment où la GP26 avait précisément besoin de travail.
Puis Marc Marquez « est revenu à la normale »
Pirro se garde pourtant bien d’attribuer le redressement à la seule moto. « Ensuite, Marc est revenu à la normale. » Deux phénomènes se sont donc produits simultanément : Ducati a travaillé pour corriger les faiblesses de sa machine et Marquez a progressivement retrouvé de meilleures capacités physiques.
Impossible donc de déterminer quelle part exacte des cinq victoires obtenues lors des sept derniers Grands Prix revient aux évolutions techniques et quelle part revient au pilote. Mais les deux courbes se sont croisées au meilleur moment.
Ducati n’est désormais plus qu’à deux points d’Aprilia au championnat constructeurs, tandis que Marquez a effacé son retard de 102 points pour rejoindre Jorge Martin en tête du classement pilotes.
Ducati a dû choisir entre demain et aujourd’hui
Avec une révolution technique aussi importante en préparation pour 2027, Ducati aurait pu accepter les limites de sa GP26 et concentrer davantage ses ressources sur la prochaine génération. Il a choisi de ne pas sacrifier 2026.
Le système conçu pour réduire l’avantage accumulé par Ducati a fini par lui donner les moyens supplémentaires nécessaires pour tenter de revenir au sommet. Les concessions n’ont évidemment pas transformé à elles seules la GP26, pas plus qu’elles n’expliquent les victoires de Marquez. Mais au moment où Borgo Panigale devait choisir entre préparer la 850 de demain et réparer la 1000 d’aujourd’hui, elles lui ont offert un peu plus de liberté pour faire les deux.









