Moto GP
Publié le 22 septembre 2026 • 20:30 par Nicolas Pascual

Parlons MotoGP : Le futur du sport me fait (très) peur

Une nouvelle radicale est tombée de plein fouet sur le paddock du Grand Prix d’Autriche. Le futur du MotoGP est-il en danger ?

MotoGP futur

En marge du Grand Prix d’Autriche, nous avons appris une nouvelle peu agréable : une partie des acteurs du MotoGP souhaiterait refonder son système de qualifications, pour copier celui de la F1. En plus de ça, ces gens désireraient ajouter une nouvelle séance de qualifs’ pour les courses Sprint, cette fois. Est-ce la mesure de trop ? Analyse.

 

Le MotoGP, un futur assombri

 

Avant de dire ce que je pense, laissez-moi vous rappeler une chose : je suis généralement bon public. Je déteste le snobisme et le conservatisme, surtout en ce qui concerne les disciplines divertissantes, dont fait partie le MotoGP. Donc, j’étais réticent à l’arrivée des Sprints, mais je laissais la porte ouverte à la surprise. Idem pour les courses en ville, j’attendais juste de voir les circuits. Mais dans le cas des qualifications, c’est trop pour moi.

 

MotoGP futur
J’avais, par exemple, félicité le week-end de Silverstone en 2024, où toutes les équipes devaient revêtir une livrée « à l’ancienne ». Photo : Michelin Motorsport

 

Je pense qu’il n’y a pas un seul bon argument en faveur d’un changement. J’ai beau réfléchir pour trouver matière à défendre cette possible refonte, ça ne vient pas. Qu’est-ce que cela apporterait au sport ? Pitié, que quelqu’un me l’explique en commentaires ! La rumeur, partagée par une source fiable, évoque deux choses bien distinctes, que je vais évoquer à tour de rôle. Premièrement, l’introduction d’une « qualification Sprint », comme en F1.

En gros, j’imagine que le MotoGP aimerait créer un temps fort supplémentaire, et donner moins d’importance à la séance de qualifs’ actuelle qui dicte la grille des deux courses. Mais c’est totalement contre-productif. Tout d’abord, ça ajouterait du « temps sous tension », c’est-à-dire une séance où les pilotes peuvent plus facilement se blesser, où ils sont à bloc. En 2022, il y avait la Practice, la Q1/Q2, et la course dominicale, soit trois moments sous haute tension. En 2027, il pourrait y avoir la Practice (en fonction du format), la qualification Sprint, la course Sprint, la qualification normale, et la course du dimanche ! Depuis toujours, je me bats contre l’augmentation de ce « temps sous tension », car je pense qu’il est à la base de la baisse générale de spectacle constatée en MotoGP depuis plusieurs années. Les pilotes doivent jouer la régularité, s’économiser, et éviter de se blesser, ce qui ne marche pas comme je l’ai déjà démontré dans cette précédente analyse. Donc, forcément, cette rumeur me contrarie sans même parler des autres paramètres implicites, à commencer par la dilution encore plus extrême du sport.

Deuxièmement, l’adoption du format Formule 1, soit Q1, Q2 et Q3. Si vous ne suivez pas le championnat de monoplaces, c’est simplissime : en Q1, tous les pilotes participent, et cinq sont éliminés. En Q2, il en reste 15, et les cinq plus lents sont encore éliminés. Puis, en Q3, les dix derniers se battent pour la pole. C’est un système correct à l’échelle de l’histoire des sports mécaniques… mais infiniment moins bien que le format Practice-Q1/Q2, qui est, pour moi, le meilleur dans toutes les disciplines motorisées actuelles ! Je l’adore, je trouve qu’il est court, impactant, gratifiant pour les deux pilotes qualifiés à l’issue de la Q1. La Practice est peut-être trop tendue, d’accord, mais on pourrait essayer de modifier ceci plutôt que de toucher aux qualifications en elles-mêmes.

 

MotoGP futur
Vous avez vu cette nouvelle intégration, avec le nom du pilote ? Sommes-nous trop bêtes pour comprendre qui est qui ? Photo : MotoGP

 

Depuis 2023, je ne comprends pas pourquoi le MotoGP s’obstine à copier ce qui est objectivement moins bien en F1. Les Sprints étaient déjà critiqués sur quelques manches en F1, mais on les a adoptés sur toutes en MotoGP. Les qualifications sont meilleures sur deux roues, mais on veut les changer pour standardiser la discipline et attirer le public F1. C’est aussi fatigant que désespérant. Petit à petit, je regarde mon sport évoluer en quelque chose que je peine à reconnaître, un semblant de « F1 sur deux roues ». Ça vaut pour à peu près toutes les décisions prises ces quatre dernières années ; Adélaïde avec ce scandale naissant concernant la coupe d’arbres, les Sprints, la cérémonie avant le départ, la « charette », etc. Au final, regardez les courses de 2022, une année très sous-cotée, et vous verrez à quel point le produit était plus intéressant. Je ne parle même pas de la fin des années 1980 ni du début des années 1990 ou 2000.

 

Les pilotes mêmes pas consultés ?

 

Le pire, c’est que les pilotes semblent l’avoir appris en même temps que nous ! L’interview de Quartararo sur le sujet m’a brisé le cœur. Le Français semblait déplorer ce nouveau système, mais, à la fin, disait qu’il se plierait à la règle, allant même jusqu’à asséner, ironiquement, qu’il ferait trois séances de qualifications si nécessaire. À coup sûr, si ça se confirme, tous les pilotes seront contre, mais tous vont le faire sans broncher. Ce manque de courage de l’époque m’irrite, tout comme la désunion du paddock, incapable de fonder un syndicat – qui existe en F1 depuis 1961 – pour défendre d’évidentes questions de sécurité. Voir ça de loin rappelle la fin des années 2010 en NBA, où la légende du basketball Lebron James avait été invité à « se taire et jouer » (shut up and dribble) plutôt que de parler de politique. Là, c’est pareil, « pilotez, prenez des risques et taisez-vous ». Au bénéfice de qui ? Je me le demande, mais certainement pas de nous.

Alors, pour l’instant, rien n’est officiel, mais j’espère sincèrement que ça n’aboutira pas. Qu’en pensez-vous ? Dites-le-moi en commentaires !

Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

 

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Trop de spectacle tue le spectacle, mais le sport rapporte trop pour ne pas l’essorer. Et ça vaut pour tous les sports. Dans le futur, il deviendra trop difficile de « créer l’événement ». Photo : Michelin Motorsport

 

Photo de couverture : Michelin Motorsport