Moto GP
Publié le 23 septembre 2026 • 08:00 par André Lecondé

MotoGP, Acosta vient peut-être de rendre justice à Binder : même un « extraterrestre » aura attendu 56 courses pour gagner avec KTM

Acosta a attendu 56 Grands Prix avant de gagner avec KTM. Sa victoire pose une autre question : a-t-on été trop sévère avec Brad Binder ?

Brad Binder KTM

Pedro Acosta a enfin remporté son premier Grand Prix MotoGP avec KTM. Une victoire qui consacre son talent, mais qui invite aussi à relire différemment les années Brad Binder. Longtemps, le Sud-Africain a semblé incapable de transformer la RC16 en véritable machine à gagner régulièrement. Mais lorsque même un pilote qualifié d’« extraterrestre » par Jorge Lorenzo doit attendre 56 courses avant de s’imposer avec elle, une autre question apparaît : n’a-t-on pas demandé à Binder de réussir avec une KTM qui ne lui en donnait tout simplement pas suffisamment souvent les moyens ?

Pedro Acosta a gagné. Et, étrangement, Brad Binder peut presque considérer que cette victoire lui rend service. Pas parce que le Sud-Africain y a participé. Pas davantage parce qu’elle change quoi que ce soit à son propre palmarès. Mais parce qu’elle fournit enfin un nouvel étalon pour juger ses années chez KTM. Cet étalon s’appelle Pedro Acosta.

Pendant des années, Binder était la référence chez KTM

Binder a longtemps représenté le visage du projet MotoGP de KTM. Il a gagné, signé des podiums et terminé quatrième du championnat 2023. Lorsque KTM progressait, il en apportait la preuve. Lorsqu’elle stagnait, il était également celui dont les résultats matérialisaient les limites.

Avec une conséquence presque inévitable : à mesure que les années passaient sans véritable bataille pour le championnat, la question du pilote finissait elle aussi par apparaître. Binder était-il suffisamment fort pour emmener KTM plus haut ? L’arrivée d’Acosta devait apporter une réponse.

Elle l’a peut-être apportée, mais pas exactement celle attendue. Acosta est arrivé en MotoGP précédé d’une réputation exceptionnelle. Les résultats l’ont immédiatement confirmée. Podiums, vitesse, dépassements, performances très supérieures à celles des autres KTM : personne n’a véritablement attendu Spielberg pour comprendre que Pedro appartenait aux pilotes particuliers. Jorge Lorenzo vient même de le ranger parmi les « extraterrestres », aux côtés de Casey Stoner ou Marc Marquez dans cette capacité à dépasser les limites apparentes d’une machine.

Et pourtant, cet « extraterrestre » a dû attendre son 56e Grand Prix MotoGP pour gagner. Voilà ce qui change le regard sur Binder.

Et si le problème n’avait jamais été principalement Binder ?

Cela ne signifie évidemment pas que Binder n’a commis aucune erreur ou qu’un autre pilote n’aurait jamais pu obtenir davantage. Mais Acosta constitue désormais un formidable contre-exemple à une lecture trop facile. Le talent supérieur devait faire la différence. Il l’a faite.

Mais essentiellement en permettant à Acosta d’obtenir des résultats que les autres KTM n’approchaient pas régulièrement, pas en transformant immédiatement la RC16 en moto victorieuse. Acosta lui-même l’a reconnu après Spielberg : « J’en avais le potentiel, mais je n’ai pas eu beaucoup d’occasions pendant ces trois années. » Sa remarque éclaire indirectement les saisons précédentes de Binder. Peut-être n’avait-il pas beaucoup d’occasions non plus.

Brad Binder

KTM n’a jamais réussi à transformer ses sommets en continuité

Le témoignage d’un ancien membre de KTM rapporté par Motorsport.com est intéressant. Selon lui, « la fierté et l’entêtement de KTM l’ont toujours freinée », avec un manque de patience, de méthode et de direction suffisamment stable.

C’est une appréciation individuelle, provenant d’une source anonyme, et elle ne saurait à elle seule expliquer plusieurs saisons de résultats. Mais l’histoire récente de KTM montre effectivement une difficulté à maintenir une trajectoire.

L’équipe officielle était deuxième du championnat par équipes en 2022. Binder terminait quatrième chez les pilotes en 2023. Binder et Acosta entraient tous deux dans le top 6 en 2024. Le potentiel apparaissait régulièrement. La progression continue, beaucoup moins.

Acosta permet finalement de mesurer ce que Binder affrontait

C’est peut-être le principal enseignement de Spielberg. Pour évaluer un pilote, encore faut-il connaître la véritable valeur de sa moto. Or Acosta vient justement de compliquer cette équation. S’il avait immédiatement accumulé les victoires avec KTM, le jugement aurait été terrible pour Binder : la RC16 pouvait gagner, il suffisait apparemment d’avoir le pilote capable de le faire.

Mais ce n’est pas ce qui s’est produit. Même Acosta a attendu. Même Acosta a souffert. Même Acosta a multiplié les podiums sans parvenir à franchir cette dernière marche. Et lorsque Lorenzo affirme désormais que « cette moto n’est pas censée gagner », le compliment adressé à Pedro devient presque, involontairement, une réhabilitation de Brad.

Binder n’était peut-être pas le problème que l’on croyait. Acosta est probablement allé plus loin avec la RC16. Sa saison le démontre suffisamment pour ne pas chercher à nier l’évidence. Mais être moins exceptionnel qu’un pilote présenté comme un phénomène générationnel ne signifie pas avoir échoué.

Binder a peut-être simplement passé ses meilleures années à demander à KTM ce qu’Acosta lui a demandé ensuite : une moto capable de transformer régulièrement leur talent en victoires. Spielberg restera donc la première victoire MotoGP de Pedro Acosta.

Mais elle raconte aussi quelque chose de Brad Binder. Si même celui que Lorenzo appelle un « extraterrestre » a dû attendre 56 courses pour faire gagner cette KTM, alors il est peut-être temps de reconsidérer les années où l’on se demandait pourquoi Binder ne gagnait pas davantage. Le problème n’était peut-être pas seulement celui qui tenait le guidon.

Brad Binder 3