Marc Marquez avait presque présenté sa cinquième place en Autriche comme une chance : au premier virage, il avait actionné son frein avant et affirmé n’avoir trouvé « rien » à l’endroit habituel du levier. Andrea Dovizioso vient d’expliquer pourquoi cette description l’inquiète particulièrement. Pour l’ancien pilote Ducati, le problème ne réside pas seulement dans une perte de puissance de freinage : lorsque le point d’attaque du levier change d’un freinage à l’autre, un pilote qui travaille constamment à la limite perd sa référence. Et Marquez n’est pas le premier pilote Ducati à signaler des comportements anormaux cette saison.
Marc Marquez a quitté le Red Bull Ring avec douze points de retard sur Jorge Martin. Mais Andrea Dovizioso semble presque davantage préoccupé par la manière dont il les a perdus que par le résultat lui-même.
Après le Grand Prix, Marquez avait révélé avoir rencontré un comportement particulièrement inquiétant de son frein avant. Au premier virage, lorsqu’il a voulu freiner, il n’a tout simplement pas retrouvé le levier là où il l’attendait. « Il n’y avait rien », avait-il expliqué. Cette sortie de piste l’avait momentanément repoussé vers la huitième place.
Dovizioso croit Marquez sur parole
L’ancien pilote Ducati écarte d’abord une hypothèse : celle d’une excuse destinée à justifier une mauvaise course. « Je ne doute absolument pas des propos de Marc », explique Dovizioso. « Il y a des pilotes qui inventent des choses pour justifier une performance, et Marc ne me semble pas être ce genre de personne. »
Surtout, l’Italien s’arrête sur un détail de la description de Marquez. Le frein fonctionnait. Mais pas toujours de la même manière. « Ce n’était pas que les freins ne fonctionnaient pas ; c’est que le levier était dans une position différente à chaque fois. » Et pour Dovizioso, c’est potentiellement beaucoup plus problématique qu’il n’y paraît.
Quelques millimètres peuvent changer un freinage
Un pilote MotoGP construit son freinage autour de références d’une précision extrême. Point de freinage, pression appliquée, course du levier, transfert de charge : chaque geste est répété à très haute vitesse.
Dovizioso insiste donc sur ce que signifie un levier dont la position change. « Vous êtes toujours à la limite et vous savez que le levier à cet endroit précis, vous fait perdre des mètres. » Autrement dit, même si le système continue à ralentir la moto, la disparition d’une référence constante suffit à perturber le pilote.
Marquez l’a expérimenté immédiatement au premier virage. La situation s’est ensuite partiellement stabilisée et il a expliqué avoir progressivement retrouvé ses sensations. Mais elle n’avait pas totalement disparu.
« Il n’a pas dit que le problème était résolu ». C’est la phrase essentielle de Dovizioso. « Techniquement, je ne sais pas comment il peut s’améliorer, car il n’a pas dit que le problème était résolu. » Dovizioso ne dit donc pas que Ducati ignore comment réparer sa moto. Il dit sur sa chaine YouTube qu’avec les informations publiques disponibles, il ne sait pas quelle solution technique pourrait empêcher le phénomène de revenir.
Ducati a depuis confirmé qu’elle analyserait le problème rencontré par Marquez. Davide Tardozzi avait lui-même expliqué qu’il fallait en déterminer précisément l’origine. Et surtout, le cas du numéro 93 n’est pas isolé.

Di Giannantonio avait déjà prévenu : « Ce n’est pas nouveau »
Fabio Di Giannantonio avait apporté une pièce supplémentaire au dossier après Spielberg. L’Italien expliquait avoir lui-même rencontré plusieurs anomalies de freinage. Et sa réaction aux difficultés de Marquez avait été révélatrice : « Je suis chez Ducati depuis cinq ans et ce genre de choses arrive. Ce n’est pas nouveau. »
Diggia décrivait cependant des manifestations différentes. Son levier pouvait devenir plus mou. À d’autres moments, plus dur. Et Francesco Bagnaia aurait lui aussi connu certaines situations où le freinage ne répondait pas normalement.
C’est précisément pourquoi il serait prématuré de parler d’un défaut unique de la GP26. Même famille de symptômes ne signifie pas nécessairement même cause. Voilà peut-être le véritable problème de Ducati.
La question n’est donc plus simplement de savoir pourquoi Marquez a raté son freinage au premier virage autrichien. Elle devient : Ducati fait-elle face à plusieurs incidents indépendants ou aux différentes manifestations d’une même faiblesse ?
Voilà peut-être le véritable problème de Ducati selon Dovizioso
Pour un constructeur engagé dans une lutte aussi serrée avec Aprilia, la distinction est capitale. Un incident identifié et corrigé appartient au passé. Un phénomène intermittent dont la cause reste difficile à reproduire est autrement plus gênant. Et Motegi approche.
Marquez n’est qu’à douze points de Martin. À ce niveau de compétition, il peut accepter qu’une Aprilia soit ponctuellement plus rapide. Il lui est beaucoup plus difficile d’accepter de ne pas savoir exactement où se trouvera son levier lorsqu’il arrivera au prochain freinage.
C’est finalement ce que Dovizioso a entendu dans les explications de Marc. Pas seulement un problème de freins. Une perte de référence.
Et pour un pilote qui construit une partie de sa différence précisément sur sa capacité à aller chercher les derniers mètres au freinage, c’est peut-être l’une des incertitudes les moins confortables à emporter dans une lutte pour le titre.









