Moto GP
Publié le 28 septembre 2026 • 18:00 par André Lecondé

MotoGP 2027, Bulega recadre les attentes : « Face à Marquez, allons-y doucement… et tout le monde s’adaptera aux Pirelli en deux heures »

Nicolò Bulega a balayé l'actualité entourant son passage en MotoGP chez VR46 en 2027. Il aborde l'échéance avec prudence et humilité.

Bulega

Nicolò Bulega n’a pas encore disputé son premier Grand Prix MotoGP que certains lui prêtent déjà deux avantages considérables pour 2027 : plusieurs journées d’essais avec la Ducati 850 et une connaissance intime des Pirelli acquise en WorldSBK. On lui demande même déjà comment il compte affronter Marc Marquez. L’Italien préfère dégonfler les attentes. Marquez ? « Allons-y doucement. » Son avance avec les pneus ? Les autres pilotes auront compris les Pirelli « en deux heures ». À quelques mois de son arrivée chez VR46, Bulega refuse manifestement qu’on écrive sa saison avant lui.

Nicolò Bulega commence à découvrir une particularité du MotoGP avant même d’y courir. Tout va beaucoup plus vite. Y compris les attentes. Champion WorldSBK 2026, futur pilote VR46 et participant régulier au développement de la Ducati 850, l’Italien possède le profil idéal pour devenir l’une des attractions de la révolution réglementaire de 2027. Au point que certains commencent déjà à l’imaginer face à Marc Marquez. Bulega, lui, appuie sur le frein.

Marquez ? « Vous vous êtes fixé un objectif trop ambitieux »

La question lui a été posée très directement : que compte-t-il faire avec Marc Marquez l’année prochaine ? Sa réponse est presque amusée. « À mon avis, vous vous êtes fixé un objectif trop ambitieux, surtout en termes de temps. »

Bulega apprécie évidemment qu’on puisse l’imaginer suffisamment performant pour se mesurer immédiatement au nonuple champion du monde. Mais il refuse d’entrer dans ce jeu. « Allons-y doucement, car si on commence comme ça avec lui dès le départ, ce sera excessif. Restons discrets. » Difficile de faire contraste plus spectaculaire avec les attentes qui commencent à l’entourer.

Car certains annoncent déjà un avantage Bulega. Cette agitation ne vient pourtant pas de nulle part. Bulega a participé beaucoup plus activement que prévu au programme d’essais Ducati, notamment en raison des problèmes physiques de Michele Pirro.

Il estime avoir déjà effectué cinq ou six journées de travail et doit encore en ajouter deux ou trois.

Pol Espargaro est allé jusqu’à considérer que cette expérience pourrait lui permettre de « battre tout le monde ». Marc Marquez lui-même a reconnu que Bulega devrait être rapidement performant grâce au travail déjà accompli. Et Neil Hodgson s’est interrogé sur l’avantage que cette expérience pouvait représenter. Mais après Pirro, c’est maintenant Bulega lui-même qui relativise cette théorie.

Les Pirelli ? « En deux heures, ce sera fait »

L’Italien ne nie pas l’évidence. Oui, avoir déjà roulé avec la future Ducati et les Pirelli représente un avantage. « Avoir quelques jours d’essais est certainement un atout. » Mais il ne lui accorde pas la valeur presque déterminante que certains commencent à lui attribuer.

Pourquoi ? Parce qu’il connaît le niveau de ceux qu’il va affronter. « Tous les pilotes MotoGP sont phénoménaux, même le dernier arrivé. » Et sa prédiction est radicale : « Ils s’adapteront rapidement aux Pirelli ; en deux heures, ce sera fait. »

Voilà qui réduit considérablement l’idée d’un Bulega arrivant en mars avec plusieurs mois d’avance irrattrapable. Son expérience reste pourtant particulière. Cela ne signifie pas qu’elle ne servira à rien. Bulega connaît déjà les réactions générales d’un Pirelli après plusieurs saisons en Superbike. Il a commencé à découvrir la rigidité beaucoup plus importante d’une MotoGP. Il travaille avec Ducati sur la 850. Et il aura donc déjà franchi plusieurs étapes lorsque certains titulaires découvriront encore leur environnement technique définitif.

Mais comme il l’expliquait récemment, il ne construit pas pour autant sa Ducati. Le programme d’essais lui impose des pièces et des configurations destinées avant tout à faire progresser le projet usine. Michele Pirro allait même plus loin : changer constamment de matériel peut parfois retirer des références à un pilote plutôt que lui en donner.

Nicolo Bulega MotoGP Ducati WorldSBK

Bulega refuse aussi de condamner Toprak

Sa prudence s’applique d’ailleurs aux autres. Razgatlioglu souffre actuellement chez Yamaha ? Bulega refuse d’en conclure que son ancien rival n’est pas fait pour le MotoGP. Il rappelle que Fabio Quartararo rencontre lui aussi d’énormes difficultés avec la M1 alors que personne ne peut raisonnablement contester son niveau.

Et il identifie chez Toprak une difficulté supplémentaire : son pilotage serait presque opposé à ce que réclame actuellement l’avant Michelin. Avec les Pirelli en 2027, Bulega s’attend donc à le voir beaucoup plus à l’aise si Yamaha progresse. Encore une fois, il refuse de transformer le présent en verdict définitif.

Même la supériorité technologique du MotoGP mérite selon Bulega d’être nuancée

Bulega démonte enfin une autre idée reçue. Une MotoGP est plus rigide, possède beaucoup plus d’aérodynamique et reste un prototype extrêmement sophistiqué. Mais tout n’y est pas nécessairement plus complexe qu’en Superbike.

« Aussi absurde que cela puisse paraître, il y a presque plus d’électronique en Superbike qu’en MotoGP. » Le WorldSBK dispose en effet d’une plus grande liberté dans certains domaines électroniques, là où le MotoGP utilise une architecture standardisée. Le saut entre les deux catégories demeure immense. Simplement, il n’est pas toujours celui que l’on imagine.

Bulega commence donc son aventure MotoGP en refusant le scénario qu’on écrit pour lui. On lui explique qu’il connaît déjà les pneus. Il répond que les autres auront besoin de deux heures. On lui rappelle ses nombreuses journées avec la Ducati 850. Il rappelle qu’un programme d’essais n’est pas une préparation personnelle. On lui parle déjà de Marc Marquez. Il répond : « Allons-y doucement. »

Cela ne signifie pas que Bulega manque d’ambition. Bien au contraire. Mais avant de découvrir un calendrier de 22 Sprints et 22 Grands Prix, il semble avoir compris qu’un premier adversaire l’attend déjà : les attentes créées par son statut très particulier de rookie ayant participé au développement de sa future MotoGP. Bulega possède peut-être effectivement une longueur d’avance. Il est simplement le premier à prévenir qu’en MotoGP, les autres pourraient la combler beaucoup plus vite qu’on ne l’imagine.

Nicolo Bulega Ducati MotoGP WorldSBK 850cc