Après deux saisons compliquées chez KTM Tech3, Enea Bastianini s’apprête à rejoindre TrackHouse Aprilia en 2027. Mais l’Italien ne veut surtout pas reproduire ses erreurs. Dans un entretien accordé à MotoSprint, il reconnaît avoir abordé la RC16 avec une mauvaise philosophie : plutôt que d’adapter son pilotage à la moto, il a d’abord tenté de faire l’inverse. Une expérience qui explique aujourd’hui sa prudence face à son nouveau défi chez Aprilia, malgré les performances impressionnantes de la RS-GP.
Enea Bastianini s’apprête à quitter KTM avec un sentiment d’inachevé. Après deux saisons chez Tech3, l’ancien pilote officiel Ducati reconnaît n’avoir jamais trouvé la régularité nécessaire pour exploiter pleinement son potentiel.
« En résumé, je dirais que c’est étrange, car je n’ai toujours pas trouvé la formule qui me permette de toujours donner le meilleur de moi-même. Parfois, j’y arrive, mais d’autres fois non. »
Une situation frustrante pour un pilote qui a déjà démontré sa capacité à gagner en MotoGP. Mais plutôt que d’attribuer ses difficultés uniquement à la KTM, Bastianini reconnaît désormais une erreur fondamentale dans sa manière d’aborder le changement de constructeur.
Bastianini : « J’ai essayé d’adapter la KTM à moi »
La confidence est particulièrement révélatrice. « Au début, je ne me suis pas adapté à la KTM, mais j’ai plutôt essayé de l’adapter à moi. Réaliser que ce n’était pas la bonne approche a peut-être été le plus difficile à accepter. »
Habitué au comportement de la Ducati, Bastianini a d’abord cherché à retrouver ses repères sur la RC16. Mais les caractéristiques des deux machines imposent des exigences différentes. Et vouloir conserver coûte que coûte ses habitudes peut devenir un handicap.
« Une fois adapté, j’ai fait de bonnes courses. J’ai alors compris que, même si on a des points forts, cela ne signifie pas qu’il faut les exploiter pour être rapide. » Autrement dit, le style qui permet de gagner sur une moto peut devenir une limite sur une autre.
Une remise en question difficile pour un pilote de ce niveau, dont les automatismes ont été construits pendant des années.
Apprendre des autres plutôt que défendre ses certitudes
Pour progresser, Bastianini explique avoir changé de méthode. « J’ai essayé d’étudier et d’apprendre de ceux qui pilotaient différemment, afin d’atteindre le résultat souhaité. » Une démarche qui suppose parfois de renoncer temporairement à ce que l’on considère comme ses principales qualités.
« Au début, il faut faire des sacrifices, mais c’est comme ça. » L’Italien reconnaît également avoir sollicité un psychologue du sport pour mieux gérer les fluctuations de confiance. « Parfois on a trop confiance en soi, parfois pas assez. »
Une aide qu’il juge utile à tout sportif visant le plus haut niveau. Ce travail technique et mental ne lui a pas encore permis d’atteindre la régularité espérée, mais il semble avoir modifié sa façon d’aborder les difficultés.

TrackHouse Aprilia : une opportunité, pas une promesse pour Bastianini
Cette expérience prend une importance particulière à l’approche de 2027. Bastianini rejoindra TrackHouse, alors que les Aprilia viennent de démontrer leur compétitivité en monopolisant les quatre premières places du Grand Prix d’Indonésie.
Un contexte qui pourrait nourrir de grandes ambitions. Mais l’Italien refuse de s’emballer. « TrackHouse est une bonne équipe et nous pouvons faire de grandes choses, mais je ne veux pas m’emballer car je dois encore rencontrer les membres de l’équipe. »
Une prudence qui tranche avec les attentes que pourrait susciter son arrivée sur une machine aussi performante. D’autant que la RS-GP de 2027 sera profondément différente de celle qui domine actuellement.
En 2027, tout sera à réapprendre
Le passage aux moteurs de 850 cc et aux pneumatiques Pirelli constituera un défi supplémentaire. Bastianini n’a pas encore testé cette nouvelle génération de matériel et s’inquiète déjà du retard que pourraient prendre les pilotes privés d’essais préalables.
Mais sa principale leçon reste celle de ses deux années chez KTM : ne pas arriver avec des certitudes. « Aprilia me soutiendra, donc tout dépendra de moi », reconnaît-il. Une déclaration qui résume parfaitement son nouvel état d’esprit.
Il ne s’agit plus d’attendre qu’une moto corresponde naturellement à son pilotage, mais de comprendre rapidement ce qu’elle exige. Chez Ducati, Bastianini avait appris à gagner. Chez KTM, il a découvert qu’il devait parfois renoncer à ses habitudes pour redevenir compétitif.
Chez Aprilia, il espère désormais réunir les deux expériences. Sans promettre de miracles, ni confondre les performances actuelles de la marque avec celles d’une MotoGP 2027 qu’il reste encore à découvrir.





