Il y a les calculs du championnat, les bulletins médicaux et les déclarations officielles. Et puis il y a les mots qui trahissent une émotion. À Phillip Island, Massimo Rivola n’a pas seulement commenté la fracture de Jorge Martin. Le patron d’Aprilia a exprimé un souhait presque personnel : que leur aventure commune ne s’achève pas sur une nouvelle blessure, au moment précis où le pilote espagnol semblait retrouver toute sa splendeur.
Sepang : Rivola refroidit brutalement les espoirs
Alors que Paolo Bonora évoquait un possible retour en Malaisie, Massimo Rivola s’est montré nettement plus réservé. Interrogé par Motorsport.com sur les chances de revoir Martin en course dès Sepang, sa réponse ne laisse guère de place à l’optimisme : « Très difficile. Très, très difficile. »
Le diagnostic présente pourtant des éléments rassurants. La fracture du radius distal droit n’est pas déplacée, la suspicion de fracture du cubitus a été écartée et aucune intervention chirurgicale n’est envisagée.
Martin poursuivra sa récupération sans retourner immédiatement en Espagne. Mais être présent dans le paddock et piloter une MotoGP constituent deux perspectives très différentes. « Sur une Aprilia, oui, mais en combinaison de cuir, je ne sais pas », résume Rivola. L’Italien refuse ainsi de transformer une amélioration médicale en promesse sportive.
Rivola : « Notre histoire mérite une meilleure fin »
C’est pourtant ailleurs que son intervention prend une dimension particulière. « Je pense que l’histoire entre Aprilia et Jorge mérite de se terminer de la meilleure façon possible, victoire ou défaite, mais pas avec lui blessé. »
Cette déclaration résume une relation traversée par les difficultés, les blessures et une adaptation sportive compliquée. Rivola rappelle que Martin a dû découvrir progressivement une RS-GP déjà parfaitement maîtrisée par ses coéquipiers.
Le vendredi, il lui manque encore des automatismes. Mais sa capacité à apprendre et à retrouver immédiatement de la vitesse impressionne son patron. À Phillip Island, Rivola estime même que Martin pouvait battre Marc Marquez. « Il a réalisé une course de champion parce que c’est un champion. »
Derrière la frustration de la chute, Aprilia veut donc préserver quelque chose de plus important qu’un résultat : la possibilité d’une conclusion digne de leur collaboration.

L’annulation australienne : un cadeau empoisonné ?
La météo a offert un répit inattendu à Martin. Après son abandon dans le Sprint, l’Espagnol avait perdu la tête du championnat. Mais l’annulation du Grand Prix a empêché Marquez d’accroître ses dix points d’avance.
Rivola reconnaît cependant que son équipe perd également une occasion. Marco Bezzecchi disposait d’une Aprilia particulièrement compétitive et pouvait espérer un résultat important.
Le patron italien refuse d’ailleurs de l’écarter de la lutte pour le titre tant que les mathématiques lui laissent une chance. Quant à la décision d’annuler, il la respecte, tout en reconnaissant qu’une réorganisation du programme aurait peut-être mérité d’être envisagée. « Nous avons peut-être sous-estimé le problème de l’hélicoptère. »
Aprilia face à une fin de saison sans répit
Rivola élargit enfin son analyse à la multiplication des courses et des Sprints. Il rappelle les nombreuses blessures survenues dès l’introduction du format et souligne que les pilotes ne renoncent jamais volontairement à quelques millièmes.
Le spectacle a donc un coût physique. Une réalité particulièrement sensible pour Martin, déjà durement éprouvé cette saison. Et malgré les difficultés, Rivola conserve une conviction : Aprilia possède désormais une machine capable de rivaliser avec Ducati sur les circuits les plus exigeants. Reste à permettre à son principal prétendant au titre d’en profiter.
Alors, qu’est-ce qu’on retient ?
- Sepang : Rivola juge le retour de Martin extrêmement difficile.
- Aprilia : le patron italien souhaite une conclusion digne à leur histoire commune.
- Championnat : l’annulation australienne préserve les chances de Martin, sans résoudre son problème médical.
Aprilia a construit une moto capable de jouer le titre. Mais pour Massimo Rivola, la dernière victoire serait peut-être de voir Jorge Martin terminer cette aventure debout, sur sa machine, et non dans un centre médical.





