L’usine Ducati vient-elle de reconnaître qu’elle ne possède plus la meilleure moto du plateau ? Davide Tardozzi n’est pas allé jusque-là, mais ses déclarations à Phillip Island sont révélatrices. Le directeur de l’équipe officielle estime qu’Aprilia pourrait être plus rapide sur trois des quatre derniers Grands Prix. Un constat étonnant pour le constructeur qui domine le MotoGP depuis plusieurs saisons. Pourtant, l’Italien ne semble pas particulièrement inquiet. Sa raison tient en deux mots : Marc Marquez.
Tardozzi : trois circuits pour Aprilia, un seul pour Ducati
Interrogé sur les perspectives de cette fin de championnat, Tardozzi a livré une analyse qui pourrait surprendre à Borgo Panigale. « Honnêtement, je pense que sur les quatre prochaines courses, Aprilia devrait être devant dans trois d’entre elles et que nous pourrons être plus rapides qu’eux dans la dernière. »
Une déclaration qui tranche avec le discours habituel des équipes officielles, généralement peu enclines à reconnaître un avantage technique chez leurs adversaires. Tardozzi ne désigne pas précisément les trois circuits concernés. Mais son pronostic témoigne de l’impression laissée par les RS-GP26 ces dernières semaines.
À Phillip Island, Jorge Martin et Marco Bezzecchi disposaient d’une vitesse capable de mettre Ducati sous pression. L’annulation du Grand Prix dominical a d’ailleurs privé Aprilia d’une occasion de confirmer cette compétitivité sur la distance complète. Pour Tardozzi, le danger est donc bien réel.
Tardozzi : « Mais nous avons Marc » : l’arme absolue de Ducati
La suite de sa déclaration explique pourquoi le responsable italien conserve sa sérénité. « Mais pour finir, nous avons Marc. C’est un atout précieux qui nous rassure. » Tout est là. Ducati ne mise pas uniquement sur les performances de sa Desmosedici. Le constructeur compte sur la capacité de Marquez à compenser un éventuel déficit de vitesse par son intelligence de course.
Le Sprint australien en a fourni une démonstration. Face à Martin, le pilote Ducati a multiplié les attaques sans perdre de vue l’enjeu du championnat. Tardozzi insiste particulièrement sur cette maîtrise. « Ce que j’ai vu, c’est un Marc qui maîtrisait la situation, qui réfléchissait. »
Il ne s’agissait pourtant pas d’une gestion prudente. Marquez attaquait à la limite, conscient qu’il ne pouvait laisser Martin prendre plusieurs secondes d’avance. Son directeur souligne également le respect mutuel entre les deux adversaires. La différence ne réside donc pas seulement dans la vitesse, mais dans la capacité à choisir le bon moment pour l’exploiter.

Martin reste dangereux, Bezzecchi n’est pas éliminé
Tardozzi refuse de réduire la menace Aprilia à Jorge Martin. Certes, la fracture du radius droit du champion espagnol complique considérablement ses perspectives immédiates. Mais Ducati connaît sa détermination. « C’est un héros, un pilote rapide, alors il donnera tout pour nous compliquer la tâche. »
L’Italien se montre également très respectueux envers Marco Bezzecchi. Avec 50 points de retard sur Marquez, le pilote Aprilia reste mathématiquement dans la course. Et Tardozzi ne considère pas cet écart comme insurmontable. « Je pense que Marco a le potentiel pour gagner toutes les courses restantes jusqu’à la fin. »
Voilà qui donne une autre dimension au duel entre les deux constructeurs. Aprilia possède deux prétendants capables de menacer Marquez, même si la blessure de Martin fragilise considérablement cette offensive.
Les deux enjeux d’une fin de saison
Après Phillip Island, Marquez mène le championnat pilotes avec dix points d’avance sur Martin. Mais Aprilia conserve la première place chez les constructeurs, avec six unités d’avance sur Ducati, ainsi que la tête du classement des équipes.
Ces résultats illustrent deux formes de supériorité. Aprilia impressionne par sa compétitivité collective. Ducati répond par l’efficacité individuelle de Marquez. La confrontation pourrait donc se jouer sur des détails : qualifications, départs, gestion des pneumatiques et capacité à saisir les occasions.
Encore faut-il que les quatre Grands Prix théoriquement restants puissent tous se disputer, notamment celui du Qatar.
Alors, qu’est-ce qu’on retient ?
- Aprilia : Tardozzi lui prédit un avantage sur trois des quatre dernières manches.
- Ducati : Marquez reste l’atout décisif pour compenser une éventuelle infériorité technique.
- Championnat : Martin et Bezzecchi demeurent des menaces, malgré leurs situations différentes.
Tardozzi vient peut-être de résumer toute cette fin de saison : Aprilia pourrait avoir la meilleure MotoGP sur la majorité des circuits. Mais Ducati possède celui qui sait gagner même lorsqu’il ne l’a pas.





