Aston Martin n’a qu’un point après onze Grands Prix, occupe la dernière place du championnat constructeurs et vient de reconstruire presque la moitié de son AMR26. Qu’à cela ne tienne : côté business, l’écurie continue d’attirer les milliardaires. Woody Johnson, propriétaire des New York Jets et actionnaire de Crystal Palace, vient officiellement d’acquérir une participation minoritaire dans l’équipe. Le montant et le pourcentage n’ont pas été révélés — les fameux 15 % circulent, mais restent non confirmés. En revanche, une chose est certaine : Johnson ne sera pas un simple portefeuille posé dans un coin du motor-home. Il devient immédiatement vice-président du conseil d’administration. Pendant que Newey cherche de l’appui, Lawrence Stroll, lui, en trouve encore chez les investisseurs.

Woody Johnson débarque vraiment chez Aston Martin
Cette fois, pas besoin de conditionnel sur l’essentiel.
Aston Martin a confirmé l’arrivée de Robert Wood « Woody » Johnson IV, milliardaire américain de 79 ans, propriétaire des New York Jets et ancien ambassadeur des États-Unis au Royaume-Uni entre 2017 et 2021. Il acquiert une participation minoritaire dans l’équipe de Formule 1 et rejoint immédiatement son conseil d’administration comme vice-chairman.
Voilà d’ailleurs une première correction importante par rapport au message circulant sur les réseaux : affirmer que Johnson « n’occupera aucun poste de direction » est trompeur.
Il ne prendra certes pas en charge les opérations quotidiennes de l’écurie — Lawrence Stroll reste Executive Chairman — mais il devient bel et bien vice-président du conseil avec effet immédiat. Son rôle sera notamment orienté vers le développement commercial et l’expansion de la marque Aston Martin F1 aux États-Unis.
Donc non, Woody n’est pas simplement venu déposer un chèque et repartir voir les Jets le dimanche. Il a également récupéré une chaise autour de la grande table.
Les fameux 15 % ? Doucement avec le champagne
Le post évoque une participation pouvant avoisiner 15 %. Pour l’instant, ce chiffre n’est pas confirmé officiellement. Aston Martin n’a communiqué ni le montant payé, ni la taille exacte de la participation, ni même l’identité du vendeur. Bloomberg confirme précisément que ces trois éléments restent confidentiels. Sky Sports indique de son côté que Lawrence Stroll contrôle actuellement environ 33 % de l’écurie, le solde étant partagé entre différents investisseurs institutionnels et stratégiques.
Autrement dit, « Woody Johnson achète une part significative » : oui. « Woody Johnson possède 15 % » : possible, mais pas établi à cette heure. Et en matière de milliardaires, mieux vaut généralement attendre le registre des actionnaires avant de compter les zéros à leur place.
Le propriétaire des Jets ajoute donc une F1 à son garage
Johnson possède les New York Jets depuis 2000, franchise acquise à l’époque pour 635 millions de dollars. Il a également renforcé son portefeuille sportif en prenant en 2025 une participation importante dans Crystal Palace ; Sky chiffre aujourd’hui cette part à 43 %.
Il ajoute désormais la Formule 1 à la collection. Football américain. Premier League. Formule 1. On commence à comprendre pourquoi Lawrence Stroll apprécie le profil. Johnson apporte moins une expertise dans la hauteur de caisse de l’AMR26 qu’un carnet d’adresses considérable aux États-Unis, marché devenu absolument central pour la F1. Aston Martin l’a d’ailleurs dit sans détour : sa mission portera notamment sur la croissance commerciale américaine et l’engagement des fans. À défaut de régler le marsouinage, Woody sait probablement vendre quelques hospitalités à Las Vegas.
Il arrive surtout dans une équipe dont la valeur a explosé
Voilà peut-être la véritable histoire. Lorsqu’Arctos Partners avait acheté une participation minoritaire fin 2023, Aston Martin F1 était valorisée autour de 1 milliard de livres, soit environ 1,2 milliard de dollars. À l’été 2025, une nouvelle transaction a valorisé l’équipe à environ 2,4 milliards de livres, soit 3,2 milliards de dollars. En moins de deux ans, la valorisation théorique avait donc plus que doublé. Et c’est là que la Formule 1 contemporaine produit parfois des images assez délicieuses. Sportivement, Aston Martin peut être dernière. Commercialement, tout le monde veut un morceau. La monoplace peut manquer d’appui. L’action, beaucoup moins.
Parce que sur la piste, le contraste est franchement cruel
Après onze Grands Prix 2026, Aston Martin est 10e et dernière du championnat avec un seul point. Un. Fernando Alonso l’a inscrit grâce à sa dixième place à Monaco. L’équipe affiche zéro victoire, zéro podium, zéro pole et dix abandons cumulés sur les Grands Prix de la première moitié de saison. On pourrait difficilement fabriquer meilleur contraste avec l’arrivée d’un nouvel investisseur milliardaire. Woody Johnson achète une participation dans une équipe à plusieurs milliards de dollars…qui possède actuellement moins de points au championnat que certains pilotes en ont marqué sur un seul tour rapide.
Bienvenue en Formule 1 2026.
Et pourtant, Johnson n’achète pas vraiment l’Aston Martin que l’on voit aujourd’hui
C’est précisément ce qui rend son investissement beaucoup moins absurde qu’il n’en a l’air. Il n’achète évidemment pas la dixième place actuelle. Il investit dans le pari Stroll-Newey-Honda.
Aston Martin dispose désormais d’un immense campus technique à Silverstone, d’Adrian Newey à la direction technique et sportive, et d’un partenariat moteur exclusif avec Honda depuis cette saison. Pour la première fois, l’écurie fonctionne réellement comme une structure d’usine complète autour de son propre châssis et d’un motoriste dédié. Le lancement a été catastrophique.
Newey a reconnu que l’AMR26 avait été assemblée tardivement, tandis que les problèmes du groupe propulseur Honda avaient sérieusement réduit le roulage hivernal. L’équipe s’est régulièrement retrouvée en fond de grille pendant les premiers mois. Le rêve annoncé pour 2026 s’est donc d’abord transformé en atelier de dépannage grandeur nature. Mais pour un investisseur qui raisonne sur plusieurs années, le potentiel industriel reste énorme.
Newey a déjà commencé la reconstruction
Budapest a fourni la première véritable preuve que le chantier pouvait bouger. Aston Martin y a introduit 16 modifications sur l’AMR26 : fond plat, carrosserie, aérodynamique, suspension arrière, réduction de poids… pratiquement une version B de la voiture. Les résultats n’ont pas immédiatement fait trembler Mercedes : Lance Stroll a terminé 13e et Fernando Alonso 14e. Mais Newey a surtout relevé quelque chose de beaucoup plus important pour l’avenir : les performances observées en piste correspondaient enfin aux prédictions des outils de simulation. En ingénierie F1, c’est fondamental. Lorsqu’une équipe comprend pourquoi une pièce fonctionne, elle peut développer. Lorsqu’elle ne comprend pas, elle fabrique surtout des pièces très coûteuses pour meubler le stock. Aston Martin semble enfin sortir de cette deuxième catégorie.
Woody arrive donc exactement lorsque Stroll veut accélérer commercialement
L’intérêt américain est également évident. La F1 n’a jamais été aussi puissante aux États-Unis : trois Grands Prix, Las Vegas devenu une vitrine majeure, multiplication des investisseurs américains et valorisation spectaculaire des franchises. Aston Martin avait déjà accueilli Arctos Partners, groupe américain spécialisé dans les investissements sportifs, en 2023. À l’époque, Stroll expliquait précisément que son expertise et ses réseaux aideraient l’équipe à profiter de la croissance mondiale du sport, particulièrement aux États-Unis. Trois ans plus tard, voilà maintenant le propriétaire d’une franchise NFL. La stratégie n’est pas particulièrement subtile. Mais elle est claire. Silverstone fabrique les voitures. Newey cherche les dixièmes. Honda cherche les chevaux. Et les Américains chercheront les dollars. Répartition des tâches parfaitement moderne.
Et Lawrence Stroll continue surtout à prouver une chose : il sait lever de l’argent
On peut critiquer énormément de décisions sportives prises depuis le rachat de Force India en 2018. Les résultats n’ont jamais réellement été à la hauteur des investissements. Le passage Racing Point-Aston Martin n’a encore produit aucune victoire sous la bannière verte. 2023 avait donné l’impression que le sommet approchait avec les podiums d’Alonso, avant plusieurs saisons de recul. Et 2026 devait être « l’année ».
Pour l’instant, elle est surtout celle du point unique de Monaco.
Mais sur le plan économique, Lawrence Stroll réussit régulièrement quelque chose d’impressionnant : convaincre des investisseurs extrêmement puissants que l’histoire n’a pas encore vraiment commencé. Arctos. HPS. Accel. Maintenant Woody Johnson. Tout le monde continue d’acheter le futur d’Aston Martin.
À ce niveau-là, Lawrence Stroll pourrait presque vendre des billets pour le podium avant d’avoir construit l’escalier.
La présence de Johnson au conseil est aussi un signal politique
Son titre de vice-chairman ne doit pas être traité comme un détail honorifique. Cela signifie que Johnson entre directement dans la gouvernance de l’écurie, même s’il n’en dirigera pas le fonctionnement quotidien. Et son profil n’est pas celui d’un gestionnaire de fonds anonyme. Ancien ambassadeur des États-Unis au Royaume-Uni, propriétaire d’une franchise NFL et actionnaire majeur d’un club de Premier League, il possède des réseaux sportifs, commerciaux et institutionnels considérables des deux côtés de l’Atlantique. Aston Martin ne recrute donc pas uniquement du capital. Elle achète également de l’influence et des connexions. Ce qui, dans une F1 devenue gigantesque industrie mondiale du divertissement, peut valoir presque autant que quelques millions supplémentaires dans un compte bancaire.
Petite ironie : Aston Martin Lagonda, elle, avait besoin de liquidités
Il faut également distinguer l’écurie de F1 du constructeur automobile Aston Martin Lagonda. Les deux portent le même nom et sont liés par Lawrence Stroll, mais ils constituent des entités distinctes.
Le constructeur automobile traverse une situation financière beaucoup plus difficile. En avril, Reuters rapportait encore une nouvelle injection de 50 millions de livres, alors que l’entreprise poursuivait ses réductions de coûts après plusieurs avertissements sur résultats.
En février, Aston Martin Lagonda avait même accepté de céder pour 50 millions de livres certains droits à long terme liés au nom Aston Martin en F1 à la structure de course contrôlée par Stroll. C’est assez fascinant. La marque automobile a besoin de liquidités. La F1 portant son nom vaut plusieurs milliards. Et Woody Johnson vient précisément d’acheter dans la deuxième. L’argent sait manifestement choisir son paddock.
Johnson parie donc sur le futur, pas sur le classement
Si l’on juge uniquement le championnat 2026, son investissement ressemble à un acte de foi. Aston Martin est dernière. Alonso n’a qu’un point. Stroll aucun. L’équipe reste en pleine reconstruction après un démarrage catastrophique avec Honda. Mais un investisseur n’achète évidemment pas le classement du 21 août. Il achète la rareté d’une franchise F1. Un championnat en pleine expansion mondiale. Une équipe valorisée à plusieurs milliards. Une usine neuve. Honda. Adrian Newey. Et l’idée qu’un jour toutes ces pièces finissent par fonctionner simultanément. C’est probablement le véritable pari de Woody Johnson. Et si cela arrive, il aura acheté avant les victoires. Si cela n’arrive pas…au moins il sera déjà habitué aux New York Jets. Oui, celle-là était difficile à éviter.
Aston Martin collectionne donc les milliardaires en attendant les podiums
Et c’est probablement la meilleure manière de résumer l’opération. Lawrence Stroll ne manque plus vraiment de partenaires prestigieux. Il dispose de Newey. De Honda. D’Aramco. D’investisseurs institutionnels. Et désormais de Woody Johnson au conseil.
Sur le papier, cette structure ressemble de plus en plus à une superpuissance. Sur le classement 2026, elle ressemble toujours à l’équipe qui possède un point après onze Grands Prix.
C’est ce fossé qu’Aston Martin doit maintenant fermer.
Parce qu’après plusieurs années passées à recruter les meilleurs ingénieurs, construire les meilleures infrastructures et attirer toujours davantage de capitaux, il devient progressivement difficile d’expliquer que le dernier élément manquant est encore… du temps. Woody Johnson apporte de l’argent, du réseau et une ouverture supplémentaire vers les États-Unis.
Très bien.
Mais le prochain investisseur dont Aston Martin a surtout besoin s’appelle le chronomètre.
Et celui-là ne siège malheureusement dans aucun conseil d’administration.










