F1
Publié le 22 août 2026 • 00:00 par Oléna Champlain

F1 – Antonelli voulait Max dans son garage : Verstappen vient de fermer la porte jusqu’en 2030

Antonelli voulait Verstappen comme coéquipier pour se mesurer au meilleur. Max ayant signé chez Red Bull jusqu’en 2030, le duel attendra.

Kimi Antonelli ne manque décidément pas d’ambition. Leader du championnat à 19 ans, il aurait volontiers ajouté une difficulté supplémentaire à son programme : Max Verstappen dans l’autre Mercedes, juste histoire de savoir exactement ce qu’il vaut. L’Italien assure qu’affronter le quadruple champion avec la même voiture aurait été aussi exigeant que stimulant. Belle idée. Petit problème de calendrier : Verstappen vient précisément de prolonger chez Red Bull jusqu’en 2030. Et pendant que Kimi rêve du juge de paix ultime, il possède déjà 110 points d’avance sur lui au championnat. Comme examen de niveau, on a connu pire entrée en matière.

 

Antonelli voulait Max, Red Bull l’a verrouillé

Kimi ne choisit vraiment pas les sparring-partners faciles

Interrogé après l’annonce de la prolongation de Verstappen, Antonelli n’a pas joué la carte du soulagement. Au contraire.

L’Italien reconnaît qu’il aurait aimé avoir Max comme coéquipier et considère qu’affronter directement l’un des meilleurs pilotes de la grille constitue la manière la plus efficace de connaître son propre niveau. Il qualifie cette éventuelle confrontation de difficile mais surtout de « stimulante ». Et il laisse même traîner un petit « peut-être un jour » pour l’avenir.

Voilà qui change agréablement du discours habituel consistant à expliquer que « le seul adversaire est soi-même » tout en priant discrètement pour que le voisin de garage rate son tour de qualification. Antonelli, lui, réclame presque le boss de fin de niveau. À 19 ans. Pour sa deuxième saison. Le garçon a visiblement oublié de commander l’option prudence. Sauf que Max vient justement de mettre un gros cadenas sur la porte. Le timing rend la déclaration particulièrement savoureuse.

Verstappen a prolongé jeudi son contrat avec Red Bull jusqu’à la fin de la saison 2030, alors que son précédent engagement courait déjà jusqu’en 2028. La prolongation met fin, au moins pour l’avenir proche, aux spéculations l’envoyant notamment chez Mercedes ou McLaren. Mercedes avait donc théoriquement représenté l’un des rares endroits où le duo Antonelli-Verstappen pouvait devenir imaginable.

Cette fenêtre vient de se refermer assez brutalement.

À moins d’un spectaculaire retournement contractuel, Kimi devra donc attendre quelques années avant de vérifier si partager la télémétrie avec Max est aussi amusant qu’il l’imagine. Parce qu’affronter Verstappen le dimanche est une chose. Découvrir chaque samedi soir que le même homme possédait deux dixièmes dans un virage où vous pensiez avoir été parfait en est une autre.

Le plus drôle : actuellement, le « maître étalon » est derrière l’élève

Et c’est là que la saison 2026 apporte une ironie délicieuse. Antonelli ne parle pas depuis le fond de grille en rêvant de se mesurer à Verstappen. Il parle depuis la tête du championnat du monde.

Après onze Grands Prix, le pilote Mercedes compte six victoires, trois autres podiums et possède 50 points d’avance sur Lewis Hamilton, son poursuivant direct. La F1 souligne également qu’il n’a manqué les points que deux fois, à chaque fois à cause de problèmes techniques.

Verstappen, lui, traverse une année nettement moins confortable : Red Bull est tombée au quatrième rang de la hiérarchie et n’a encore remporté aucune course en 2026. Max accuse 110 points de retard sur Antonelli. Alors oui, Kimi aimerait savoir où il se situe par rapport à Max. Le classement possède déjà une première réponse assez sympathique.

Évidemment, comparer deux pilotes installés dans des voitures aussi différentes ne permet pas de déterminer qui est intrinsèquement le meilleur. Mais tout de même.

Quand vous réclamez Verstappen comme référence alors que vous êtes en train de lui mettre plus de cent points dans le rétroviseur, cela ressemble moins à un complexe d’infériorité qu’à une très saine gourmandise.

Il possède pourtant déjà un coéquipier assez sérieux pour faire ses devoirs

Antonelli a d’ailleurs immédiatement pris soin de rappeler qu’il est parfaitement satisfait de Georges Russell. Et il aurait été assez maladroit de l’oublier. L’Italien décrit son équipier comme rapide, expérimenté et déterminant dans sa progression depuis son arrivée chez Mercedes. Russell n’est donc pas exactement le pilote de démonstration fourni avec la voiture. Il possède plusieurs victoires en F1, connaît Mercedes depuis des années et a nettement dominé Antonelli lors de sa première saison. Mais la hiérarchie a changé en 2026.

Antonelli mène désormais le championnat avec 59 points d’avance sur Russell et a transformé la bataille interne en l’un des sujets les plus intéressants de la saison. En clair, Kimi possède déjà un excellent thermomètre dans le garage. Il souhaiterait simplement essayer le modèle industriel certifié Verstappen.

Pourquoi se contenter ?

Leur relation ne date d’ailleurs pas de cette semaine

L’admiration entre les deux hommes est loin d’être nouvelle. À la fin de sa saison rookie 2025, Antonelli expliquait déjà avoir construit une excellente relation avec Verstappen. Il racontait que Max avait servi de référence et même de guide à plusieurs jeunes pilotes, tout en soulignant leurs passions communes en dehors de la F1, notamment pour les GT. Verstappen avait de son côté publiquement décrit Antonelli comme un talent très prometteur. La relation n’a donc rien du jeune pilote demandant soudainement une photo avec son idole.

Kimi observe Max depuis longtemps. Il échange avec lui. Il apprécie sa manière de travailler. Et maintenant qu’il commence lui-même à gagner régulièrement, il semble vouloir le test ultime :

mêmes pneus, même moteur, même voiture, débrouillez-vous.

Pour les spectateurs, reconnaissons que l’idée aurait un certain charme. Pour Toto Wolff, probablement quelques nuits plus courtes. Parce qu’un tandem Verstappen-Antonelli aurait aussi pu être délicieusement explosif. On peut comprendre pourquoi Mercedes aurait été tentée par l’idée. Verstappen, quadruple champion. Antonelli, prodige maison et désormais leader du championnat. La vitesse pure aurait été assez obscène. La tranquillité du garage, éventuellement un peu moins. Car le fameux avantage de mettre les deux meilleurs talents possibles dans la même équipe possède toujours son verso : à la fin, il n’existe qu’une pole position. Qu’une victoire. Et qu’un champion.

McLaren a appris à gérer ce type d’équilibre avec Norris et Piastri. Mercedes possède elle-même quelques souvenirs extrêmement chaleureux des années Hamilton-Rosberg. Alors Kimi peut trouver l’idée stimulante. Le département hypertension de Brackley aurait peut-être choisi un autre adjectif. Max, lui, n’avait en réalité presque aucune envie de venir. C’est surtout ce que les déclarations de Verstappen après sa prolongation permettent désormais de comprendre.

Le Néerlandais a expliqué qu’il avait été plus proche de quitter complètement la Formule 1 que de changer d’équipe. Son principal doute concernait son intérêt pour la nouvelle génération de voitures et de moteurs 2026, pas une envie irrésistible de porter une combinaison Mercedes ou McLaren. Il affirme n’avoir jamais ressenti le besoin d’aller gagner ailleurs simplement pour ajouter un constructeur à son CV.

Red Bull lui offre un environnement qu’il considère comme une seconde famille, la liberté de développer ses activités en endurance et une influence considérable sur le projet sportif. Voilà qui recontextualise joliment les mois de feuilleton. Pendant que le paddock construisait le garage Mercedes idéal pour Max, Max se demandait surtout s’il avait encore envie de rester en F1. Antonelli aurait donc pu garder le baquet voisin parfaitement propre. Le propriétaire ne préparait pas vraiment ses valises.

Et Verstappen ne restera pas simplement pilote chez Red Bull : il en devient presque une institution

Son nouveau contrat peut l’emmener jusqu’à 15 années avec Red Bull, ce qui lui permettrait de dépasser le record de longévité avec une même équipe détenu par Lewis Hamilton chez Mercedes.

Laurent Mekies ne le présente d’ailleurs plus seulement comme son pilote numéro un. Il décrit Verstappen comme un élément central du fonctionnement de l’écurie, consulté sur des décisions stratégiques et essentiel à la construction du prochain cycle victorieux. Autrement dit, pour recruter Max, Mercedes n’aurait probablement pas seulement dû acheter un pilote. Il aurait presque fallu déménager une partie de Milton Keynes. On commence à comprendre pourquoi Red Bull s’est empressée de verrouiller le dossier.

Pendant ce temps, Antonelli est occupé à devenir le Verstappen de Mercedes

Et c’est peut-être la partie la plus intéressante de ses déclarations. Kimi ne s’est pas contenté de dire qu’il aurait aimé courir avec Max. Il explique aussi qu’il souhaiterait construire avec Mercedes une relation comparable à celle que Verstappen entretient avec Red Bull. Mercedes est, selon lui, sa famille. Il se voit y rester longtemps et aimerait devenir un jour l’un des symboles de l’écurie. Voilà donc le vrai parallèle. Antonelli ne rêve peut-être pas tant de rejoindre Verstappen que de reproduire son parcours. Arriver très jeune. Devenir la pierre angulaire du projet. Gagner des titres. Puis rendre presque impossible d’imaginer l’équipe sans lui. À seulement 19 ans et avec six victoires dans les onze premières courses de sa deuxième saison, le projet n’est déjà plus totalement théorique.

Et Kimi commence déjà sa deuxième moitié de saison avec le costume du patron

La reprise de Zandvoort constitue d’ailleurs un changement de statut majeur. Pour la première fois, Antonelli ne revient pas simplement pour gagner des courses. Il revient avec un championnat à défendre.

Son avance de 50 points sur Hamilton est confortable mais absolument pas définitive, d’autant que Ferrari et McLaren ont commencé à réduire l’écart avec Mercedes. Hamilton, Leclerc et Norris se sont tous imposés lors des cinq dernières courses avant la trêve. Kimi explique vouloir continuer à piloter librement, sans laisser le calcul du championnat envahir son cockpit. C’est probablement son examen le plus important. Parce que vouloir affronter Verstappen est courageux. Apprendre à gérer douze courses en étant celui que tout le monde veut battre l’est tout autant.

Antonelli voulait savoir ce qu’il valait face à Max ? Il pourrait commencer par terminer le travail

Finalement, la déclaration de Kimi est révélatrice d’une confiance assez réjouissante. Il ne fuit pas la comparaison. Il la réclame. Mais son duel imaginaire avec Verstappen peut attendre. Il possède aujourd’hui quelque chose de beaucoup plus concret : une Mercedes capable de gagner et un championnat qu’il mène largement. Max vient de choisir Red Bull jusqu’en 2030. Kimi veut devenir le visage de Mercedes.

Les deux trajectoires semblent donc, pour l’instant, partir dans des directions parallèles plutôt que converger. Et c’est peut-être encore mieux. Parce que plutôt que de savoir lequel des deux serait le plus rapide dans la même voiture, la F1 peut désormais rêver de quelque chose de beaucoup plus intéressant :

Verstappen reconstruisant Red Bull contre Antonelli construisant son règne chez Mercedes. Kimi voulait Max comme coéquipier pour mesurer son niveau. Il devra probablement se contenter de l’affronter comme adversaire. Quelle déception.

Surtout qu’avec 110 points d’avance aujourd’hui, il possède déjà une petite idée de la réponse.