F1
Publié le 9 septembre 2026 • 01:00 par Oléna Champlain

F1 – Haas cherche 25 millions en rose : quand le plafond budgétaire devient… un objectif à atteindre

Haas discuterait avec BWT pour un accord à 25 M€ par an dès 2027, un renfort crucial pour une équipe encore sous le plafond budgétaire.

Voilà une drôle d’ironie de la Formule 1 moderne : pendant que les grosses écuries cherchent désespérément comment ne pas dépasser le plafond budgétaire, Haas cherche encore l’argent nécessaire… pour simplement l’atteindre. Et pour remplir la caisse, l’écurie américaine pourrait bien voir la vie en rose. Selon les informations de Marc Limacher, spécialiste de l’économie de la F1 et auteur du Business Book GP, Haas aurait engagé des discussions préliminaires avec BWT en vue d’un partenariat majeur à partir de 2027. Le montant évoqué serait conséquent : environ 25 millions d’euros par saison. Aucun accord n’a pour l’instant été officiellement annoncé par Haas ou BWT.

 

BWT, bientôt libéré d’Alpine, serait courtisé pour 2027 par Haas.

Haas a un problème assez rare en F1 : elle ne dépense pas assez

L’idée pourrait presque faire sourire lorsqu’on parle d’un championnat où Ferrari, Mercedes ou Red Bull ont longtemps brûlé des centaines de millions pour gagner quelques dixièmes. Chez Haas, le problème est inverse.

Ayao Komatsu reconnaissait encore cet été que son équipe n’avait pas les moyens d’opérer au niveau du plafond financier. Le patron japonais résumait brutalement la situation :

« J’aimerais que nous puissions. Nous n’y sommes pas. »

Il qualifiait même la recherche des moyens permettant d’atteindre cette limite comme « l’une des principales priorités » de son travail. Haas compte environ 400 salariés quand certaines grandes structures dépassent largement le millier, une différence qui finit forcément par apparaître lorsque débute la guerre du développement. Et les résultats 2026 racontent justement cette histoire.

Haas avait commencé la saison avec 18 points inscrits lors des trois premiers Grands Prix. Depuis, la progression s’est pratiquement arrêtée : après Monza, l’équipe possède seulement 21 points et occupe la septième place du championnat Constructeurs. Bearman et Ocon ont terminé respectivement 15e et 16e en Italie.

Le talent n’a donc pas mystérieusement disparu durant le printemps. Les adversaires ont simplement continué à apporter des évolutions pendant que Haas comptait davantage ses cartouches.

25 millions qui changeraient beaucoup de choses

Depuis 2026, le plafond budgétaire est fixé à 215 millions de dollars, avec indexation et plusieurs catégories de dépenses exclues. Sa hausse spectaculaire par rapport aux années précédentes vient notamment du transfert dans le plafond de coûts auparavant comptabilisés différemment, notamment certains investissements et amortissements.

Pour Mercedes, Ferrari ou McLaren, ce plafond constitue une frontière.

Pour Haas, il ressemble davantage à une destination touristique : on sait où elle se trouve, mais on n’y est pas encore arrivé.

Dans ce contexte, une injection annuelle proche de 25 millions d’euros via BWT aurait évidemment une tout autre importance qu’un simple changement de logo sur les pontons. Elle pourrait permettre à Komatsu d’accélérer les recrutements, le développement et l’exploitation d’une structure dont il répète qu’elle manque encore de ressources.

BWT justement disponible après le grand ménage d’Alpine

Le timing est presque parfait.

Présent comme sponsor titre d’Alpine depuis 2022, BWT quittera cette position à la fin de la saison. Alpine a déjà officialisé son remplaçant : Gucci deviendra partenaire titre en 2027, donnant naissance à la très mondaine Gucci Racing Alpine Formula One Team.

Flavio Briatore avait d’ailleurs pris soin de remercier la société autrichienne lors de l’annonce :

« Nous avons une relation incroyable avec Andreas et tout le groupe BWT. »

Traduction paddock : merci pour les années roses, Gucci vient désormais refaire la décoration.

BWT, en revanche, n’a aucune raison de quitter nécessairement la Formule 1. La marque a construit une part importante de sa visibilité sportive autour de cette couleur rose impossible à manquer, d’abord chez Force India/Racing Point, puis Aston Martin et enfin Alpine. Trouver une nouvelle carrosserie à repeindre aurait donc une certaine logique commerciale.

Mais Haas possède déjà Toyota sur la porte

Il existe toutefois un détail important : Haas a déjà un sponsor titre.

Depuis cette saison, l’équipe s’appelle officiellement TGR Haas F1 Team, Toyota Gazoo Racing ayant renforcé son partenariat technique avec l’écurie américaine et obtenu les droits de naming à partir de 2026. L’accord annoncé est pluriannuel.

Si les discussions avec BWT aboutissent, il serait donc plus logique, en l’état actuel des accords, de voir l’entreprise autrichienne devenir partenaire majeur plutôt que remplacer immédiatement Toyota comme sponsor titre. À moins, évidemment, que Haas découvre une autre spécialité de la F1 moderne : mettre tellement de partenaires premium sur une voiture qu’il faut bientôt fournir une loupe avec la livrée. Et imaginer une Haas mêlant le rouge-blanc-noir de Toyota au rose BWT promet déjà quelques réunions animées au département design.

Les 35 millions d’Alpine ? À prendre avec précaution

Un autre chiffre mérite d’être nuancé.

Certaines publications évoquent un contrat BWT-Alpine proche de 35 millions d’euros annuels, mais cette somme n’a jamais été officiellement communiquée par les deux entreprises. Des estimations commerciales régulièrement citées évaluent plutôt l’ancien partenariat autour de 25 millions de dollars par saison. BlackBook Motorsport donne notamment cette estimation pour l’accord BWT-Alpine )Il faut donc éviter de transformer le supposé 25 millions d’euros de Haas contre 35 millions chez Alpine en comparaison certaine : les deux montants relèvent d’estimations et non de chiffres contractuels publiés.

Komatsu réclame des munitions, BWT pourrait apporter le chargeur

Ce rapprochement potentiel raconte surtout l’évolution de Haas.

L’écurie de Gene Haas ne veut manifestement plus se contenter du modèle minimaliste qui lui permettait autrefois de survivre en achetant le maximum de composants autorisés à Ferrari et en externalisant une partie importante de sa production. Toyota lui apporte désormais expertise, infrastructures et développement humain. Un simulateur a notamment été installé à Banbury dans le cadre du rapprochement avec TGR.

BWT pourrait ajouter ce qui manque encore cruellement : du cash immédiatement exploitable pour accélérer. Komatsu avait employé une image beaucoup moins marketing pour décrire sa situation actuelle : Haas se bat selon lui « avec les deux mains attachées » face à des adversaires disposant de moyens supérieurs. Vingt-cinq millions d’euros ne transformeront évidemment pas une Haas en Mercedes du jour au lendemain.

Mais ils pourraient au moins détacher une main. Et en Formule 1, c’est déjà beaucoup plus pratique pour tenir un volant.