Moto GP
Publié le 19 juillet 2026 • 06:30 par André Lecondé

Le MotoGP rattrapé par la géopolitique : Le Grand Prix du Qatar 2026 (et 2027 !) sous la menace d’une annulation pure et simple

Déjà repoussé du début de saison au mois de novembre, le Grand Prix du Qatar à Losail est aujourd'hui de nouveau sur la sellette.

Qatar

Le Grand Prix du Qatar pourrait tout simplement disparaître du calendrier MotoGP 2026. Et, pour la première fois depuis le début des tensions au Moyen-Orient, il faut peut-être commencer à envisager qu’il ne s’agisse plus d’un simple report, mais d’un véritable changement de paradigme.

Lorsque le MotoGP avait décidé de repousser l’épreuve de Losail du mois d’avril au mois de novembre, l’objectif était clair : gagner du temps en espérant une désescalade du conflit régional. Les autorités sportives avaient alors accepté de bouleverser toute la fin de saison en décalant également les Grands Prix du Portugal et de Valence afin de préserver un calendrier à 22 courses. Quelques mois plus tard, le pari apparaît beaucoup plus risqué qu’il n’y paraît.

Il faut être lucide : nous ne parlons plus ici d’une crise diplomatique classique ou d’un épisode de tensions passagères. Le conflit entre les États-Unis et l’Iran connaît régulièrement des phases d’escalade qui affectent directement la région du Golfe. Le Qatar lui-même a déjà été concerné par des attaques et des restrictions de circulation aérienne depuis le début de la crise régionale de 2026.

Dès lors, la question n’est plus de savoir si le circuit de Losail est prêt à accueillir un Grand Prix. Il l’est. La véritable question est beaucoup plus simple : peut-on raisonnablement déplacer près de 2 000 personnes, plusieurs centaines de tonnes de matériel et organiser un événement mondial dans une région dont la situation sécuritaire peut évoluer en quelques heures ? La réponse devient de plus en plus difficile à défendre.

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Le Qatar 2026 menace déjà le Qatar 2027

Le plus intéressant dans cette affaire est que ses conséquences dépassent largement la saison actuelle. Le calendrier 2027 du MotoGP tarde à être finalisé. Officiellement, rien n’a été annoncé concernant un éventuel retrait du Qatar, mais plusieurs observateurs du paddock considèrent désormais comme probable un retour de la Thaïlande comme manche inaugurale du championnat, le Grand Prix du Qatar restant dans une forme d’attente diplomatique et sécuritaire.

Autrement dit, nous ne sommes plus face à un problème ponctuel concernant la course 2026. C’est potentiellement toute la place du Qatar dans le calendrier MotoGP qui est désormais questionnée.

Il existe également un élément nouveau dans l’équation : Liberty Media. Le groupe américain est désormais directement impliqué dans la gestion des deux plus grands championnats mondiaux du sport automobile, la Formule 1 et le MotoGP. Or, les deux disciplines doivent se rendre au Qatar à quelques semaines d’intervalle.

Une annulation tardive constituerait un cauchemar logistique, financier et médiatique. On l’a déjà vu cette année avec les Grands Prix de Bahreïn et d’Arabie saoudite en Formule 1, qui ont été annulés pour des raisons de sécurité liées au conflit régional. Le MotoGP avait lui-même été contraint de repousser sa manche qatarie dès le mois de mars. Liberty Media va donc devoir arbitrer entre deux impératifs contradictoires : préserver un marché économiquement stratégique et garantir la sécurité des acteurs du championnat.

Une autre question mérite enfin d’être posée. Le MotoGP doit-il absolument conserver ses 22 courses ? Depuis plusieurs années, les championnats automobiles et motocyclistes semblent considérer qu’un calendrier toujours plus long constitue nécessairement une bonne nouvelle. Pourtant, personne ne se plaindrait réellement d’une saison à 21 Grands Prix si cela permettait d’éviter des solutions improvisées ou des déplacements dans une zone géopolitiquement instable.

Il faut également rappeler que Losail n’est pas un circuit historique et incontournable au même titre que Mugello, Assen ou Phillip Island. Son importance dans le calendrier repose essentiellement sur des considérations stratégiques, commerciales et financières. Ces considérations demeurent importantes, mais elles ne peuvent pas tout justifier.

Cette situation illustre parfaitement un phénomène beaucoup plus large : la géopolitique est devenue un paramètre majeur du sport mondial. Pendant longtemps, les organisateurs pouvaient considérer qu’un Grand Prix relevait presque exclusivement de questions sportives, économiques ou logistiques. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Le Qatar 2026 pourrait bien être la première victime majeure de cette nouvelle réalité pour le MotoGP. Et si cela devait arriver, la question ne serait probablement plus de savoir quand le Grand Prix reviendra au calendrier. Elle serait plutôt de savoir si le MotoGP doit continuer à dépendre de régions du monde dont la stabilité n’est plus garantie à moyen terme.

La sécurité restera toujours plus importante qu’une vingt-deuxième course. Et il est peut-être temps que le paddock commence à l’intégrer durablement dans sa réflexion.

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