Moto GP
Publié le 19 juillet 2026 • 12:00 par André Lecondé

F1 – Valentino Rossi choisit Antonelli plutôt que Ferrari : une déclaration presque révolutionnaire en Italie

Dans un pays où Ferrari s'apparente à une véritable religion d'État, les dernières déclarations de Rossi s'apparentent à une hérésie.

Kimi Antonelli Rossi

En Italie, soutenir Ferrari relève habituellement davantage de la religion que du sport automobile. Demandez à n’importe quel tifosi de choisir entre un pilote italien et la Scuderia, et la réponse est généralement connue d’avance. C’est précisément ce qui rend la prise de position de Valentino Rossi si intéressante. Car le nonuple champion du monde ne soutient pas Ferrari dans la course au titre mondial 2026 de Formule 1. Il soutient Andrea Kimi Antonelli.

Et lorsqu’un monument du sport italien affirme publiquement préférer voir un Italien champion du monde plutôt que Ferrari triompher, cela mérite qu’on s’y attarde. « Vous pouvez imaginer qu’en Italie, avec Ferrari, c’est presque une religion. Mais je suis avant tout un fan de pilotes. C’est pourquoi je soutiens Kimi. »

Cette déclaration résume parfaitement la philosophie sportive de Valentino Rossi. Tout au long de sa carrière, « The Doctor » a toujours été fasciné par le talent brut des pilotes, bien davantage que par les couleurs qu’ils portent.

Le choix est loin d’être anodin. Andrea Kimi Antonelli est en train de réaliser une saison exceptionnelle chez Mercedes avec cinq victoires en neuf courses et une avance confortable au championnat du monde. Ferrari, de son côté, retrouve enfin des couleurs avec Lewis Hamilton et Charles Leclerc qui ont remporté les trois dernières manches.

Sportivement, Valentino Rossi pourrait donc parfaitement soutenir Ferrari sans renoncer au spectacle d’un magnifique championnat du monde. Pourtant, son choix est ailleurs. « C’est un grand talent. Il est très rapide et en Italie, nous n’avons jamais eu de pilote de Formule 1 capable de remporter le championnat ces 70 dernières années. C’est donc un événement exceptionnel. »

Valentino Rossi, MotoGP catalan 2026.

Ferrari et Rossi, une histoire qui aurait pu changer le sport automobile

On oublie souvent que l’Italie entretient une relation paradoxale avec la Formule 1. Le pays possède l’écurie la plus mythique de l’histoire du sport automobile, mais n’a plus produit de champion du monde depuis Alberto Ascari en 1953. Ferrari a remporté des titres mondiaux avec des pilotes britanniques, allemands et finlandais. L’Italie, elle, attend toujours son nouveau champion.

Valentino Rossi comprend parfaitement ce que représente une telle attente. Pendant plus de vingt ans, il a porté presque seul les espoirs italiens au plus haut niveau du sport motocycliste mondial. Il sait ce qu’un grand champion national peut apporter à tout une génération.

Finalement, son raisonnement est extrêmement simple : Ferrari aura toujours d’autres occasions de gagner des championnats. En revanche, voir un Italien devenir champion du monde de Formule 1 constitue un événement historique qui ne se présente peut-être qu’une fois par génération.

Il existe également une autre lecture intéressante de cette prise de position. Valentino Rossi déclare sur crash.net être « avant tout un fan de pilotes ». Ceux qui ont suivi sa carrière ne seront absolument pas surpris.

Le « Doctor » a toujours entretenu un immense respect pour les grands talents, y compris lorsqu’ils appartenaient à des équipes ou à des disciplines différentes des siennes. Cette admiration du pilote avant la machine explique probablement pourquoi il continue aujourd’hui à s’intéresser à toutes les facettes du sport automobile.

D’ailleurs, l’histoire aurait pu être bien différente. On oublie parfois que Valentino Rossi a sérieusement envisagé une carrière en Formule 1 au milieu des années 2000. Ses essais avec Ferrari en 2004 et 2005 avaient été suffisamment convaincants pour alimenter les spéculations les plus folles. Imaginer aujourd’hui Valentino Rossi soutenir un pilote Mercedes contre Ferrari possède donc une certaine ironie historique.

Mais l’Italien ne nourrit manifestement aucun regret. Depuis sa retraite du MotoGP, il poursuit sa passion automobile au plus haut niveau en endurance avec BMW et continue même de nourrir quelques rêves personnels. « Les 24 Heures du Nürburgring figurent assurément sur ma liste de rêves. J’espère que nous pourrons y parvenir avec BMW. »

Au fond, cette déclaration de Valentino Rossi dépasse largement le cadre du championnat du monde 2026 de Formule 1. Elle symbolise une forme de transmission entre deux générations exceptionnelles du sport automobile italien. Rossi a porté pendant deux décennies les couleurs de l’Italie en MotoGP. Aujourd’hui, il voit peut-être en Andrea Kimi Antonelli celui qui pourrait enfin offrir au pays ce qu’il attend depuis plus de soixante-dix ans en Formule 1.

Et lorsque Valentino Rossi préfère un pilote italien à Ferrari elle-même, c’est probablement le plus beau compliment qu’il pouvait adresser au jeune prodige de Mercedes. Dans un pays où Ferrari est sacrée, choisir Antonelli relève presque du blasphème. Mais cela dit surtout une chose : Valentino Rossi croit réellement que l’Italie tient enfin son futur champion du monde de Formule 1.

Antonelli mène le championnat avec 25 points d'avance.