Moto GP
Publié le 18 août 2026 • 08:00 par André Lecondé

MotoGP – Oscar Haro dézingue Ducati après Silverstone : « Samedi a été une catastrophe… du mauvais travail »

Silverstone a laissé Marc Marquez et l’équipe officielle Ducati sur le carreau. Oscar Haro, n’y est pas allé de main morte.

Rigamonti Ducati

Marc Marquez a assumé sa responsabilité après son difficile Grand Prix de Grande-Bretagne. Ducati a parlé d’un circuit défavorable et Gigi Dall’Igna d’un week-end dont il fallait tirer les leçons. Oscar Haro va beaucoup plus loin. Pour l’ancien directeur sportif de LCR, le problème de Silverstone ne serait pas seulement venu de la GP26, de Michelin ou du pilotage de Marquez : Ducati aurait tout simplement insuffisamment préparé sa course. Et il désigne une faute très précise, l’absence de véritable simulation avec le pneu tendre.

Plus les analyses de Silverstone s’accumulent, plus le mauvais week-end de Marc Marquez prend une dimension intéressante. Nous avons déjà évoqué son état physique, les interrogations de Ramon Forcada, les « tensions » aperçues par Carlo Pernat dans le box Ducati ou encore les difficultés particulières rencontrées par le champion avec ses réglages.

Oscar Haro apporte désormais une nouvelle pièce au dossier. Et celle-ci met directement en cause la méthode de travail de Ducati. « Personne chez Ducati n’a effectué de simulation de course avec des pneus tendres. Je pense que c’est ce qui a fait leur erreur samedi. »

Si son diagnostic est exact, la neuvième place de Marquez dans le Sprint prend une tout autre signification.

Le problème n’aurait pas été découvert parce qu’il n’avait pas été testé par Ducati

C’est le cœur de l’accusation de Haro. À Silverstone, la température de l’asphalte approchait les 45°C et les longues courbes rapides imposaient énormément de contraintes aux pneumatiques. Dans ces conditions, quelques tours rapides ne suffisent pas nécessairement à comprendre comment une moto se comportera après huit ou dix passages.

Or c’est précisément ce que Ducati aurait omis de vérifier. « Il fallait un test long, au moins dix tours en pneus tendres, pour comprendre cela. »

La conséquence est connue. Dans le Sprint, Marquez a progressivement perdu toute capacité à exploiter sa GP26. Son dernier tour a été près de cinq secondes plus lent que son premier tour chronométré et il a finalement terminé neuvième.

Haro ne ménage donc pas Ducati : « Je pense que samedi a été une catastrophe. Excusez mon langage, mais c’est mon avis. C’est du mauvais travail de la part de Ducati. »

Mais surtout, il déplace le débat de la performance vers la préparation. Marquez est responsable… mais Ducati devait trouver la solution. Haro ne transforme pas pour autant Marc en victime innocente. « Marc Marquez a une part de responsabilité ? Bien sûr. »

Le pilote participe au choix des réglages, décrit ses sensations et contribue naturellement à orienter le travail de son équipe. Mais pour Haro, cette responsabilité possède une limite. Lorsque le pilote signale un problème, c’est ensuite au groupe technique de comprendre son origine et de lui proposer une réponse.

« Le problème ne vient donc pas de Marc, mais de l’équipe technique. Il faut trouver une solution pour son pilote. » Cette distinction est particulièrement intéressante dans le cas Marquez. Parce que Marc possède précisément cette réputation de pilote capable de contourner les problèmes d’une moto. Et Silverstone était peut-être justement le circuit où cette capacité ne suffisait plus.

Lorsque le pneu arrière se dégrade et que l’adhérence disparaît progressivement dans de longues courbes rapides, le talent ne permet pas de recréer chimiquement du grip.

Alex Marquez devient un témoin gênant

Haro regarde donc les autres Ducati. Et notamment celle d’Alex Marquez. Le pilote Gresini était en mesure de se battre pour le podium avant qu’une erreur ne compromette ses chances. Sa manière beaucoup plus fluide de piloter lui aurait également permis de moins solliciter ses pneumatiques. « Alex a un pilotage beaucoup plus souple, ce qui lui a permis de terminer la course. »

Cette comparaison suggère que le problème de Marc n’était pas nécessairement la Ducati, mais l’association entre une configuration donnée, le pneumatique et son style de pilotage. Fabio Di Giannantonio avait lui aussi rencontré des difficultés, mais moins sévères. Autrement dit, toutes les Ducati souffraient à Silverstone, mais elles ne souffraient pas de la même manière.

Et c’est précisément ce qui nourrit le reproche de Haro : l’équipe officielle aurait dû identifier plus tôt ce dont Marquez avait spécifiquement besoin.

Oscar Haro : « Je suis absolument convaincu que si Ducati avait bien travaillé, Marc serait en première ligne »

Cela change aussi la lecture de la domination d’Aprilia. Il serait facile de conclure après Silverstone que la RS-GP26 possède désormais un avantage technique considérable. Aprilia a monopolisé les podiums du Sprint et du Grand Prix, tandis que Ducati a traversé l’un de ses pires week-ends.

Haro refuse pourtant cette conclusion. « Je suis absolument convaincu que si Ducati avait bien travaillé, Marc serait en première ligne. » Il estime même qu’un podium était envisageable. « Ducati fait du mauvais travail, je ne pense pas qu’il soit si loin du compte. »

Voilà paradoxalement une critique à la fois sévère et rassurante pour Borgo Panigale. Rassurante parce que la GP26 ne serait pas devenue soudainement une mauvaise moto. Sévère parce qu’un problème de méthode est moins excusable qu’un déficit technique impossible à corriger pendant un week-end.

Silverstone commence donc à raconter autre chose. Pris isolément, le résultat britannique pouvait passer pour un accident. Mais plusieurs témoignages commencent désormais à converger.

Pernat parle de tension et considère les réglages de Marc comme les moins efficaces parmi les Ducati. Forcada estime qu’un pilote ne pouvait pas compenser une moto mal réglée sur un circuit comme Silverstone. Marquez lui-même a reconnu après la course que physiquement, il « n’était pas là ». Et Haro ajoute maintenant une possible erreur de préparation pneumatique.

Aucune de ces explications ne suffit seule. Ensemble, elles dessinent cependant un scénario beaucoup plus crédible qu’une mystérieuse disparition de la performance de Marc Marquez : pilote diminué, circuit défavorable, réglages imparfaits et données insuffisantes sur le comportement du pneu. Ce qui rend Aragon particulièrement intéressant.

Car si Marquez retrouve immédiatement les avant-postes sur l’un de ses circuits fétiches, Silverstone pourra effectivement être classé comme un accident industriel. Dans le cas contraire, les critiques d’Oscar Haro prendront une autre dimension.

Ducati ne pourra plus seulement chercher ce qui ne fonctionne pas sur sa GP26. Il faudra peut-être aussi se demander pourquoi l’équipe qui possède Marc Marquez n’a pas réussi à lui donner les moyens d’exploiter celle-ci.

MarcMarquez