Silverstone n’a pas simplement confirmé la vitesse de l’Aprilia RS-GP. Pour Oscar Haro, le constructeur de Noale dispose désormais de quelque chose de potentiellement beaucoup plus redoutable : plusieurs pilotes capables d’exploiter cette moto de façons différentes. Raul Fernandez commence à découvrir qu’il peut gagner, tandis que Jorge Martin sait déjà comment devenir champion du monde. Ajoutez une moto particulièrement efficace dans la gestion de ses pneus et Aprilia possède aujourd’hui une combinaison que ses adversaires doivent sérieusement prendre en compte.
La démonstration de Silverstone pourrait en effet dépasser largement le résultat brut. Aprilia y disposait d’une moto parfaitement adaptée aux caractéristiques du circuit britannique. Mais Oscar Haro s’est surtout intéressé à ce qui se passe désormais dans la tête de ses pilotes. Et le cas de Raul Fernandez est probablement le plus spectaculaire.
Cela peut sembler paradoxal après une victoire, mais Haro identifie chez Fernandez une dernière barrière à franchir. Le pilote TrackHouse doit encore accepter qu’il appartient réellement au groupe capable de jouer régulièrement devant. Car entre un excellent pilote de MotoGP et un candidat permanent au podium, la différence chronométrique devient presque dérisoire.
« Ces deux ou trois dixièmes font toute la différence pour figurer parmi les trois ou quatre premiers du Championnat du monde et se sentir capable de se battre », explique Haro. La transformation est donc autant psychologique que technique.
Plus Fernandez obtient de résultats, plus il accumule des preuves qu’il peut recommencer. Et plus cette conviction s’installe, moins la perspective de se battre contre les références du championnat devient exceptionnelle.
Haro a notamment apprécié son comportement à Silverstone après avoir évacué une partie de la tension pendant le warm-up. Il y voit même quelque chose rappelant certaines courses de Jorge Lorenzo : une fois libéré mentalement, trouver son rythme et imposer sa course plutôt que répondre à celle des autres. C’est une excellente nouvelle pour TrackHouse. Mais également pour Aprilia.

Jorge Martin possède quelque chose que les autres Aprilia n’ont pas
Car à l’autre extrémité du spectre se trouve Jorge Martin. Lui n’a plus besoin d’apprendre comment devenir champion du monde. Il l’a déjà fait en 2024. Et pour Haro, cette expérience devient fondamentale maintenant que la lutte pour le championnat se resserre.
« Il est le seul à posséder tous les atouts pour se battre pour le titre. » Il ne s’agit évidemment pas de nier la vitesse de Marco Bezzecchi, d’Ai Ogura ou de Fernandez. Haro parle ici d’une compétence beaucoup moins visible : savoir vivre pendant des mois avec un championnat à perdre.
Martin connaît la pression des points, les week-ends où une quatrième place vaut mieux qu’une chute et la nécessité de résister à la tentation de transformer chaque duel en question d’honneur. C’est précisément là que Haro constate sa plus grande évolution.
Le Martin des premières années en MotoGP possédait une agressivité parfois difficile à contenir. Celui de 2026 semble avoir compris une autre manière de gagner. « L’ADN de Jorge a changé, il a mûri et a compris qu’on peut gagner un championnat sans gagner toutes les courses », estime Haro.
Avec un championnat aussi serré, vouloir absolument transformer chaque week-end en victoire peut devenir une faiblesse. Martin semble désormais capable de distinguer une opportunité d’une prise de risque inutile.
Surtout, il affirme avoir trouvé « les bases de la moto ». Le travail ne consiste donc plus à comprendre fondamentalement la RS-GP, mais à l’amener dans sa fenêtre optimale. Et Martin semble désormais savoir que lorsque cela arrive, il possède la vitesse nécessaire pour gagner.
Reste la moto. Et sur ce point, Haro estime que Silverstone a mis en évidence une qualité particulièrement importante de l’Aprilia : sa gestion du pneu arrière. Le circuit britannique impose de longues phases d’accélération et beaucoup de patinage. Ducati en a énormément souffert, alors que les RS-GP ont beaucoup mieux préservé leurs pneumatiques.
Selon Haro, « les Aprilia usent beaucoup moins leurs pneus ». Ce n’est pas pour autant une supériorité universelle. Empattement, maniabilité, stabilité, aérodynamique : chaque architecture impose des compromis et « on ne peut pas créer une moto parfaite ». Silverstone favorisait clairement certaines qualités de l’Aprilia. Aragon pourrait redistribuer les cartes.
Mais le changement fondamental est ailleurs. Aprilia dispose désormais de plusieurs façons de battre Ducati. Raul Fernandez découvre progressivement qu’il peut gagner. Ai Ogura a déjà franchi ce cap. Marco Bezzecchi possède la vitesse pour jouer le championnat. Et Jorge Martin apporte quelque chose de différent : l’expérience de celui qui sait déjà comment on transforme une saison en titre mondial.
Aprilia n’est plus simplement le constructeur qui possède une excellente moto sur certains circuits. Son écosystème commence à réunir la vitesse, la confiance, la gestion des pneus et l’expérience du championnat. La RS-GP ne sera pas parfaite partout. Mais pour la première fois, Aprilia semble disposer de suffisamment d’armes différentes pour ne plus avoir besoin qu’elle le soit.










