A la veille des premiers essais du Grand Prix d’Espagne, le box Ducati ressemble à un laboratoire en pleine crise existentielle. Si tous les pilotes de la firme de Borgo Panigale s’accordent sur le diagnostic, ils s’écharpent sur l’origine du mal qui ronge la Desmosedici GP26. Une situation technique et politique inédite où l’ogre italien se retrouve au pied du mur face à l’insolente domination d’Aprilia.
C’est peut-être le signal le plus inquiétant de ce début de saison. Pas un chrono. Pas un classement. Pas même une domination adverse. Non. Le vrai problème, c’est que Ducati ne comprend plus totalement sa propre moto. Et quand les pilotes commencent à pointer le même défaut… sans être capables d’en expliquer la cause, ce n’est plus un simple réglage. C’est un doute structurel.
Alex Marquez le dit sans détour. Tous les pilotes Ducati ressentent la même chose : « nous avons un peu de mal… notamment à l’entrée des virages. » Le problème est identifié. Clair. Répété. Mais immédiatement, il nuance : « avec des explications légèrement différentes… »
Et c’est là que tout se complique. Car en MotoGP, quand quatre pilotes décrivent un même défaut avec quatre causes différentes, cela signifie une chose : la moto envoie des signaux contradictoires.
La Ducati est devenue imprévisible à l’entrée de virage Un moment clé. Celui où tout se joue.
Freinage. Mise sur l’angle. Charge sur l’avant. Et aujourd’hui, la GP26 ne donne pas confiance. Pas de manière flagrante. Pas de manière catastrophique. Mais suffisamment pour empêcher les pilotes d’exploiter pleinement leur potentiel. Ce n’est pas une moto lente. C’est une moto… incertaine.

L’excuse Michelin finalement balayée par Ducati
Pendant un temps, Ducati a regardé ailleurs. Du côté des pneus. De la fameuse carcasse arrière plus dure, qui semblait favoriser Aprilia. Mais Austin a tout remis à plat. Même conditions. Même pneus. Et pourtant, Marco Bezzecchi domine, mène de bout en bout, et laisse la meilleure Ducati à près de sept secondes. Le doute n’est plus extérieur. Il est interne.
Alex Marquez le reconnaît lui-même sur Mundo Deportivo : « Aprilia a franchi une étape très importante.» C’est peut-être la clé. Aprilia a trouvé une direction claire. Une moto cohérente. Lisible. Ducati, elle, cherche encore l’équilibre. Et dans ce sport, chercher, c’est déjà perdre du temps.
Les chiffres racontent la même histoire. Fabio Di Giannantonio est le meilleur pilote Ducati… avec une seule présence sur le podium. Marc Marquez reste en embuscade, mais sans dominer.
Francesco Bagnaia est en difficulté. Et Alex Marquez lui-même, pourtant vice-champion 2025, navigue loin des premières positions. Ce n’est pas un problème individuel. C’est collectif.
Et pourtant, il y a une lecture plus optimiste. « Le plus important… c’est que tous les pilotes sont d’accord sur le même problème. »
C’est le point d’ancrage. Car tant que le symptôme est commun, Ducati peut travailler. Cibler. Corriger. Le vrai danger aurait été l’inverse : des problèmes différents, impossibles à relier.
La GP26 n’est pas un échec. Elle est en transition. Mais dans un MotoGP où Aprilia avance vite, où les marges sont infimes, et où la confiance pilote fait la différence, ce léger flottement devient immédiatement visible.
Ducati sait où regarder. Reste à savoir si elle trouvera la réponse… avant que la saison ne lui échappe définitivement. Alex Marquez reste optimiste : « nous ne sommes pas loin« . Mais le temps presse. Avec un Marc Marquez diminué physiquement et un Bagnaia méconnaissable, Ducati repose ses espoirs sur un Di Giannantonio qui, ironiquement, est le seul à tirer la quintessence d’une machine que même ses concepteurs ne semblent plus comprendre tout à fait.































