La série noire continue pour KTM. Cinq pannes techniques en trois sessions. Brad Binder, deux fois arrêté. Enea Bastianini, en panne. Pedro Acosta, défaillance électronique, provoquant l’accident d’Alex Marquez. Pit Beirer, le patron, ne cache pas son inquiétude. « Nous nous faisons du souci. Des problèmes techniques avec une telle fréquence, nous n’avons jamais connu cela chez KTM. » Les causes, encore floues. « Trois problèmes complètement différents. Une douche froide. Un désastre. » L’analyse se poursuit. Les solutions, espérées. Le Mugello, circuit rapide, est un test. Et KTM, en crise, doute.
Pendant des mois, KTM a tenté de calmer le jeu… Mais Pit Beirer admet enfin que la situation devient préoccupante. Malgré la crise financière qui secoue le constructeur autrichien, malgré les rumeurs permanentes autour de son avenir en MotoGP, malgré les interrogations sur le développement de la RC16, Pit Beirer répétait inlassablement le même discours : tout allait bien, les difficultés économiques n’avaient aucun impact sur le projet sportif.
Mais au Mugello, quelque chose a changé. Car cette fois, le problème ne concerne plus les finances. Il concerne directement les motos. Et surtout leur fiabilité. Après une nouvelle journée compliquée pour KTM lors du Grand Prix d’Italie, Brad Binder a révélé avoir subi deux pannes distinctes sur deux machines différentes. Deux incidents survenus sans le moindre avertissement.
« Malheureusement, nous avons eu deux problèmes mécaniques aujourd’hui. Les mécaniciens savent de quoi il s’agit et ils sont en train de les réparer. »
Puis la phrase qui inquiète probablement le plus dans le garage autrichien :« Deux motos différentes. »

Pit Beirer sur les pannes de Barcelone : « Un problème électronique. Nous en sommes encore à analyser. Nous avons pu simuler l’erreur, mais pas encore identifier la cause »
Interrogé sur l’apparition éventuelle d’un signal d’alerte avant les pannes, le Sud-Africain a été catégorique :« Elles se sont arrêtées net. » Une déclaration qui résonne forcément différemment après ce qui s’est produit à Barcelone. Car KTM sort déjà d’un week-end marqué par l’incident spectaculaire de Pedro Acosta, dont la panne avait déclenché l’énorme accident impliquant Alex Marquez. Quelques jours plus tôt encore, Enea Bastianini avait lui aussi connu des soucis techniques.
Beirer commente sur motorsport-magazin : « Un problème électronique. Nous en sommes encore à analyser. Nous avons pu simuler l’erreur, mais pas encore identifier la cause. Comme plusieurs de nos partenaires sont impliqués, nous ne voulons pas en dire plus avant d’avoir un diagnostic définitif. Il ne s’agit pas de trouver un coupable, mais de comprendre exactement ce qui s’est passé et d’y apporter des solutions. Il reste du travail d’investigation. »
Les pièces défaillantes sont pourtant neuves. « Tous les composants que nous utilisons sont récents. Les moteurs sont homologués depuis 2025. Il n’y a aucune raison pour qu’ils lâchent. »
Pris séparément, ces incidents pourraient passer pour de simples faits de course. Accumuler autant de défaillances en si peu de temps commence en revanche à ressembler à une tendance. Et même Pit Beirer semble désormais l’admettre. « Nous nous faisons du souci. Des problèmes techniques avec une telle fréquence, ça nous est tombé dessus comme une douche glacée, nous n’avons jamais connu cela chez KTM. »
L’homme fort du programme MotoGP KTM continue officiellement d’afficher sa confiance dans le projet et répète que l’usine dispose toujours des ressources nécessaires pour rester compétitive. Il avait encore récemment dénoncé les raccourcis établissant un lien direct entre les difficultés financières du groupe et les performances en MotoGP.
Mais dans le paddock italien, les regards deviennent de plus en plus insistants. Car pendant que Ducati tente de comprendre comment rattraper Aprilia, KTM se retrouve confrontée à un problème encore plus fondamental : terminer les courses.
La vitesse est là. Les résultats ne suivent pas. Ou plus exactement : la fiabilité empêche parfois les résultats d’exister. Au-delà des réglages et du pilotage, une question commence désormais à s’imposer. KTM peut-elle encore se permettre d’accumuler les incidents techniques alors que l’avenir de plusieurs pilotes, de Tech3 et même du projet usine MotoGP dans son ensemble reste scruté à la loupe ?
Officiellement, Beirer continue d’affirmer que KTM sera bien présente avec quatre motos et quatre pilotes dans la nouvelle ère 850 cc. Mais au Mugello, ce ne sont plus les promesses pour 2027 qui préoccupent le paddock. C’est la capacité des motos à tenir jusqu’au drapeau à damier dimanche.
KTM, la marque orange, traverse une crise de fiabilité sans précédent. Cinq pannes en trois sessions, des causes inexpliquées, des pilotes inquiets. Pit Beirer, le patron, ne cache pas son désarroi. « Un désastre. »
Le Mugello, terrain de jeu des records, pourrait être celui des révélations. Si les moteurs cassent, la saison sera compromise. Si les solutions arrivent, la confiance reviendra. En attendant, KTM doute. Et le MotoGP, surpris, observe.










