Moto GP
Publié le 15 août 2026 • 12:00 par André Lecondé

MotoGP, Marc Marquez – Forcada voit des signes qui l’inquiètent, et Silverstone dépasse le simple accident de parcours

Ramon Forcada s'est dit particulièrement préoccupé par les performances et les comportements en piste de Marc Marquez à Silverstone.

Marc Marquez

Marc Marquez a eu beau expliquer Silverstone par une Ducati mal adaptée au circuit, une usure des pneus problématique ou encore une Aprilia particulièrement efficace, Ramon Forcada regarde ailleurs. Pour l’ancien chef mécanicien de Jorge Lorenzo, certaines attitudes de Marc ne ressemblent tout simplement plus au Marc Marquez habituel. Et après la pause estivale, il s’attendait précisément à voir disparaître ces signaux.

Son analyse rejoint plusieurs éléments apparus pendant le week-end britannique. Marc Marquez lui-même a finalement reconnu devoir encore retrouver de la force dans son épaule. Ducati, dans son épisode Inside, l’a montré admettant après la course : « Physiquement, je n’étais pas là. » Forcada va plus loin : il se demande désormais si la récupération suit toujours une trajectoire normale.

Forcada : « On a constaté des choses qui ne sont pas normales chez Marc Marquez »

C’est probablement la phrase marquante de son intervention dans Duralavita. Forcada avait déjà observé certains comportements inhabituels avant Silverstone. Il cite notamment un épisode face à Fabio Di Giannantonio : « Quand il a ouvert la porte à Di Giannantonio, il l’a quasiment laissé entrer. […] Ce n’est pas une question de riposte, c’est juste qu’il n’était pas dans un bon jour. »

Pris isolément, l’événement serait insignifiant. Mais Forcada le replace dans une succession de petits indices. Et surtout, la pause estivale devait théoriquement permettre à Marquez de franchir une nouvelle étape dans sa récupération.

Or : « Il revient et on voit bien qu’il n’a pas retrouvé tout son potentiel. » C’est cela qui modifie la lecture de Silverstone. Marc Marquez ne revient pas d’une période de repos durant laquelle il aurait relâché son entraînement. Forcada assure au contraire savoir qu’il travaillait quotidiennement en salle, faisait du vélo et poursuivait activement sa récupération.

D’où cette interrogation beaucoup plus préoccupante : « Puisque c’est devenu chronique, cela va rester ainsi ou va-t-il poursuivre sa convalescence ? » Avant de résumer son sentiment en un mot : « Inquiétant. »

Et si le problème n’était justement pas seulement Ducati ?

L’analyse technique de Forcada permet pourtant de largement disculper Marquez de son résultat britannique. Silverstone possède une caractéristique particulière : une mauvaise accélération n’y coûte pas seulement quelques mètres en sortie de virage. Elle compromet également l’entrée du suivant. « Il y a des secteurs où l’on perd non pas un, mais trois virages », explique Forcada.

L’Aprilia disposait précisément de ce dont Silverstone avait besoin : traction, stabilité et capacité à conserver beaucoup de vitesse dans les longues courbes. La RS-GP pouvait donc construire son avantage progressivement là où les Ducati souffraient davantage.

Et Forcada insiste sur une réalité souvent oubliée lorsqu’on évalue les grands pilotes : il existe des circuits où le talent ne peut plus masquer les défauts de la machine. « Il est très difficile pour un pilote de compenser une moto mal réglée dans ce genre de situation. »

Cela pourrait suffire à expliquer une partie des difficultés de Marquez. Mais pas nécessairement toutes. Car Fabio Di Giannantonio et Alex Marquez ont également roulé en GP26 et ont terminé devant lui. Surtout, Marc a lui-même reconnu après le Grand Prix que son physique avait constitué une limite.

Le problème devient donc celui de la superposition : une Ducati en difficulté + des pneus délicats + un circuit exigeant + une épaule encore déficiente. Silverstone n’est peut-être pas la preuve que Marc Marquez va mal. Mais le week-end britannique empêche désormais d’écarter cette hypothèse.

Après Pernat et Patterson, Forcada ajoute une pièce au puzzle Marc Marquez

L’intervention prend encore davantage de relief lorsqu’on la rapproche des informations apparues ces derniers jours. Carlo Pernat avait estimé que Marquez disposait probablement du « pire réglage de toutes les Ducati » à Silverstone et évoqué une certaine tension dans son box.

Simon Patterson rapportait de son côté avoir discuté avec plusieurs personnes de l’entourage du pilote, qui lui auraient laissé entendre que son épaule restait beaucoup plus douloureuse que son discours public ne le suggérait. Son jugement était particulièrement brutal : Marquez minimiserait systématiquement son véritable état physique.

Forcada ne prétend pas disposer d’un diagnostic médical. Son approche est différente et peut-être plus intéressante encore : il observe le pilote. Et il ne reconnaît pas toujours certains de ses comportements. Trois lectures différentes convergent donc vers la même question sans encore permettre d’y répondre : jusqu’à quel point Marc Marquez est-il réellement diminué ?

Aragon devient beaucoup plus qu’un circuit favorable

Voilà pourquoi le prochain rendez-vous prend une importance particulière. Forcada qualifie Aragon de véritable test parce qu’il s’agit, avec le Sachsenring, de l’un des territoires privilégiés de Marquez. Silverstone pouvait être excusé.

Aragon le sera beaucoup moins. Si Marc y retrouve son agressivité, sa capacité à contrôler la moto et son rythme habituel, Silverstone pourra effectivement être rangé parmi ces week-ends où une combinaison défavorable de circuit, réglages et pneumatiques condamne un pilote.

S’il y présente les mêmes symptômes, la lecture changera radicalement. Car Marquez se trouve désormais dans une situation paradoxale : il doit poursuivre Jorge Martin et les Aprilia au championnat alors que sa meilleure arme a toujours été sa capacité à faire davantage que ce que sa moto semblait permettre. Or c’est précisément cette capacité que Forcada ne retrouve plus complètement.

Le véritable adversaire de Marc Marquez pourrait donc être son propre corps

Il serait prématuré d’affirmer que Marquez connaît une rechute ou que sa récupération s’est arrêtée. Forcada lui-même pose la question plutôt qu’il n’y répond. Mais c’est justement ce qui rend son analyse forte.

Le débat n’est plus simplement de savoir pourquoi Marc Marquez n’a terminé que septième à Silverstone. Il consiste à déterminer si ce résultat appartient à la Ducati, au circuit et aux pneus… ou s’il révèle quelque chose de plus profond.

Aragon devrait apporter un premier élément de réponse. Parce que si Marc Marquez n’est pas Marc Marquez sur l’un des circuits où il a historiquement construit sa légende, alors le mot employé par Ramon Forcada prendra une tout autre dimension : « Inquiétant. »