Fabio Di Giannantonio est un pilote exceptionnel ; je ne cesse de marteler ce constat depuis la fin de saison 2023. La trajectoire de sa carrière est unique, et devrait en inspirer plus d’un. Ça, on le savait tous, mais il avait du mal à gagner depuis tout ce temps. C’est désormais chose faite. Pour la deuxième fois de sa carrière, « Diggia » a remporté un Grand Prix MotoGP, et il n’avait pas meilleure occasion de s’illustrer.
Un pilote, un héros
Je crois que c’était tout simplement l’une des plus belles victoires de ces dernières années. Certes, vous savez que je suis un peu biaisé car j’adore ce pilote, mais franchement, comment ne pas l’admirer après sa performance ! Je vous raconte tout.

Il fait une sacrée opération au championnat, et revient à 26 points de Bezzecchi. Photo : Michelin Motorsport
Le week-end ne démarrait pas de la meilleure des manières, car sa sixième place en qualifications était plutôt décevante. Certes, une deuxième ligne reste correcte, mais j’ai déjà longuement évoqué le défaut de Di Giannantonio, la projection vers l’avant. L’Italien a du mal à profiter d’un avantage dans les premiers mètres, même lorsqu’il part en pole. Sur un circuit où le premier virage a cet effet « entonnoir », une sixième place est loin d’être un résultat optimal pour viser très haut. D’ailleurs, en Sprint, il a réussi à remonter troisième grâce à sa science de la course, mais, justement, il lui manquait cette demi-seconde très importante qu’il aurait pu aller chercher à l’extinction des feux. En clair, je ne m’attendais pas à mieux le dimanche.
Puis vint ce Grand Prix totalement fou, dont j’ai parlé hier. Je crois qu’il s’agissait de la course la plus agitée que j’ai pu voir, il s’est passé tellement de choses. Une fois encore, son envol était bon, mais ne lui a pas permis de prendre un avantage décisif sur ses adversaires. Au moment de l’accident entre Alex Marquez et Pedro Acosta, il était un poil décroché ; pas vraiment loin non plus, mais – heureusement – pas au contact. Et puis, le choc.
Alex Marquez percuta l’arrière de Pedro Acosta de plein fouet. Marquez chuta très lourdement, alors que sa moto, dans les airs, se désintégrait totalement. De nombreux débris volèrent en éclats, et Fabio Di Giannantonio, qui arrivait à ce moment là, n’eut d’autre choix que de baisser la tête, fermer les yeux, et de s’accrocher au guidon. Il tomba, assez rapidement d’ailleurs, mais se releva sans tarder.
Drapeau rouge, et nouveau départ, également marqué par une scène insoutenable impliquant cette fois Luca Marini, Pecco Bagnaia, et surtout, Johann Zarco. Drapeau rouge, et nouveau départ. Maintenant, mettez-vous à la place de Di Giannantonio.
Il venait de chuter, tout en voyant la scène d’horreur avant le virage n°10, qui comprenait Alex Marquez inanimé. Puis, « Diggia » apprit pour Zarco, vit l’image, et, sonné aussi bien physiquement que psychologiquement, réalisa la performance d’une vie. La force mentale de ces guerriers est plus qu’impressionnante, limite, elle me fait peur.
Un chef d’œuvre

C’était une victoire circonstancielle, d’accord, mais elle est tout de même belle. Celle de Zarco au Mans en 2025 l’était aussi, et certainement pas moins glorieuse. Photo : Michelin Motorsport
Sa troisième course est un chef d’œuvre, je n’ai pas d’autre mot. Suite à un nouveau départ poussif, il gravitait autour de la septième place au moment de la chute de Jorge Martin devant lui, bien aidé par Raul Fernandez. Passé cinquième, il se mit en chasse.
D’abord, il élimina Fabio Quartararo, puis, Pecco Bagnaia, au freinage du n°10 La Caixa, là où il avait chuté sur les restes de la Desmosedici GP26 d’Alex Marquez, l’un des virages les plus accidentogènes du championnat. Ensuite, ce fut au tour de Joan Mir de se faire piquer, toujours au même endroit. Et, finalement, il ne restait plus que Pedro Acosta, qui a résisté dans le n°10, mais s’est fait avoir dans le n°11, juste après, grâce à une rare manœuvre de Di Giannantonio.
New leader! @FabioDiggia49 has hit the front#CatalanGP 🏁 pic.twitter.com/Ahg3rFJFhH
— MotoGP™🏁 (@MotoGP) May 17, 2026
Vous savez sans doute pourquoi j’aime autant le pilote Ducati VR46, mais je vais vous le répéter quand même : il est toujours élégant, il ne force jamais aucun dépassement. Il est passé de la cinquième place à la première sans commettre un seul block pass. Qui d’autre, sur la grille, peut se targuer d’autant maîtriser la science du dépassement ? Personne. J’assume : Di Giannantonio est le meilleur « dépasseur » du plateau, il prouve que l’aéro n’empêche pas de rester classe au guidon, tout en étant efficace.
C’est sur cette piste sans adhérence aucune, après tant de péripéties, qu’il livra la plus belle prestation de sa carrière, sans aucun doute. Que dire à part « bravo ».
Le manque de rivalité criant en MotoGP
Je rajoute un petit paragraphe pour vous parler d’un moment bien particulier : lorsque Di Giannantonio s’apprêtait à doubler Acosta. Au Mans, dans le dernier virage, « Diggia » lui avait fait la chanson tout en le regardant, ce qui a été pris pour une provocation par l’Espagnol. Du coup, à Barcelone, le jeudi et le vendredi, les deux pilotes se sont exprimés là-dessus, et cela fit naître une sorte de petite rivalité ; il y avait un antécédent récent, à tout le moins.
Eh bien, ça fait la différence à l’écran. Lorsque la Desmosedici jaune s’approchait de l’Autrichienne, j’ai ressenti ce petit stress, cette pointe d’excitation comme lors de mes plus jeunes années, lorsque je regardais Lorenzo, Rossi, Stoner et Pedrosa s’arsouiller. La rivalité, aussi mince soit elle – je me raccroche à ce que je peux, et au peu qu’on nous donne – fait réellement une différence, et j’explique pourquoi dans cet article. Dommage que ce soit si maigre de nos jours.
Qu’avez-vous pensé du Grand Prix de Fabio Di Giannantonio ? Appréciez-vous ce pilote ? Dites-le-moi en commentaires !

La première victoire de Ducati VR46 depuis Bezzecchi en Inde, fin 2023. Photo : Michelin Motorsport
Photo de couverture : MotoGP






























