F1
Publié le 28 juillet 2026 • 03:31 par Oléna Champlain

F1 – GP de Hongrie – « Des abrutis ! » : Verstappen sort le bazooka contre la petite sœur de Red Bull

Verstappen insulte Lawson et Lindblad et réclame deux sanctions, mais la FIA épargne les Racing Bulls après le chaos des drapeaux bleus.

Retardé par Liam Lawson et Arvid Lindblad en plein Grand Prix de Hongrie, Max Verstappen a réclamé une sanction pour chacun des deux pilotes Racing Bulls. Sa colère n’était pas totalement infondée, mais entre un système de drapeaux bleus défaillant, des informations contradictoires et l’absence de pénalité contre les intéressés, le Néerlandais s’est surtout autoproclamé directeur de course de la galaxie Red Bull.

 

Max Verstappen ouvre son propre bureau des commissaires

Chez Max Verstappen, la radio n’est pas un outil de communication. C’est parfois un tribunal mobile, avec verdict immédiat et possibilité d’insulte sans délibération préalable.

Alors qu’il revenait sur Liam Lawson et Arvid Lindblad, engagés dans leur propre bataille à l’approche du virage 2, le pilote Red Bull a estimé que les deux Racing Bulls tardaient beaucoup trop à lui ouvrir la porte. Une séquence radio qui n’avait pas été diffusée pendant la retransmission l’a ensuite montré réclamant l’intervention de la FIA :

« Ils devraient être pénalisés. C’est complètement ridicule, ces abrutis ! Mon Dieu ! »

Les images montreraient un signal bleu en bord de piste pendant que les deux pilotes poursuivaient leur duel devant Verstappen. Lawson et Lindblad ont néanmoins continué à se battre quelques instants avant de laisser passer la Red Bull.

Un drapeau bleu ignoré peut légitimement agacer. Mais Verstappen n’a pas simplement demandé que la règle soit appliquée : il a réclamé une sanction pour chacun, insulté les deux pilotes et pratiquement rédigé lui-même la décision des commissaires. Il ne manquait plus que la signature électronique de la FIA sur son volant.

Racing Bulls, équipe sœur jusqu’au moment de dépasser

Contrairement à ce qu’affirme le texte initial, Lawson et Lindblad ne sont pas les « coéquipiers » de Verstappen. Ils pilotent pour Racing Bulls, une écurie distincte, même si elle appartient à la même galaxie Red Bull.

La nuance devient toutefois assez comique lorsque la voiture numéro 3 arrive dans les rétroviseurs. Racing Bulls est volontiers présentée comme une équipe indépendante lorsqu’elle défend ses propres résultats, mais elle redevient soudain la petite sœur priée de ranger ses jouets dès que Verstappen réclame la trajectoire.

Pendant cette même course, Red Bull n’a d’ailleurs pas hésité à utiliser Isack Hadjar stratégiquement en prolongeant ses relais afin de ralentir certains adversaires de Verstappen. Retenir les concurrents était alors décrit comme un remarquable travail collectif. Être retenu par deux pilotes de la filière, en revanche, méritait apparemment une comparution immédiate devant la FIA.

Un système bleu devenu franchement gris

La colère de Verstappen ne peut pas être analysée sans rappeler le principal problème du Grand Prix : le dispositif de signalisation des drapeaux bleus fonctionnait de manière erratique.

Arvid Lindblad a expliqué avoir reçu, dès le septième tour, un signal bleu associé à Sergio Pérez alors qu’une telle situation lui paraissait incohérente à ce moment de la course. Il a également affirmé que certains panneaux affichaient seulement un drapeau bleu sans préciser le numéro de la voiture concernée. Les pilotes devaient alors jongler entre les drapeaux manuels, leurs rétroviseurs, les informations du volant et les messages radio de leur équipe.

Le Britannique assure avoir surveillé les écarts affichés sur son tableau de bord et suivi les instructions de son muret pour gêner le moins possible les leaders. Cette version ne signifie pas qu’il a parfaitement géré l’arrivée de Verstappen, mais elle transforme l’affaire en autre chose qu’un simple refus insolent d’obéir.

Autrement dit, Max voyait deux voitures qui ne s’écartaient pas assez vite. Lindblad, lui, recevait des informations dont la précision ressemblait parfois à celle d’une boule de cristal enrhumée.

Lawson refuse le rôle du figurant docile

Liam Lawson a également décrit une autre séquence tendue de la course, lorsqu’il roulait derrière Lewis Hamilton et que Verstappen revenait rapidement avec des pneus plus frais. Le Néo-Zélandais affirme qu’il n’était alors pas sur le point de prendre un tour et n’avait donc aucune obligation de laisser passer les deux leaders.

Verstappen a finalement plongé à l’intérieur dans une attaque particulièrement tardive, dépassant dans le même mouvement Lawson et Hamilton. Lawson a reconnu la qualité de la manœuvre, la qualifiant de dépassement « très Max », tout en expliquant qu’il s’était surtout efforcé de ne pas être embarqué dans l’incident.

C’est tout le paradoxe : Verstappen réclame que les autres s’effacent lorsqu’il arrive, mais sa réputation s’est justement construite sur son refus absolu de se comporter comme un figurant dans la course d’un autre.

La FIA laisse le marteau de Max dans sa boîte

Malgré la condamnation prononcée depuis le cockpit, la FIA n’a sanctionné ni Lawson ni Lindblad pour cette séquence.

Le classement final place Lawson huitième et Lindblad dixième. Dans la liste officielle des décisions, aucune infraction n’a été publiée contre les voitures 30 et 41 concernant les drapeaux bleus. La seule pénalité expressément prononcée pour avoir ignoré ces signaux a concerné Oliver Bearman, pilote Haas, tandis que Carlos Sainz a reçu cinq secondes pour sa collision avec Oscar Piastri.

Le contraste est savoureux : Verstappen voulait deux sanctions, la FIA n’en a retenu aucune contre ses cibles. Le quadruple champion peut piloter une monoplace à plus de 300 km/h, anticiper l’adhérence au millimètre et dépasser Hamilton au freinage, mais il ne dirige pas encore officiellement le bureau des commissaires.

Une colère compréhensible, une sortie inutilement méprisante

Sur le fond, Verstappen avait une raison de s’irriter. Sur un circuit étroit comme le Hungaroring, perdre quelques secondes derrière deux retardataires peut compromettre une stratégie ou exposer un pilote au retour d’un adversaire. À ce moment-là, le Néerlandais défendait notamment sa position face à Hamilton.

Mais traiter Lawson et Lindblad d’« abrutis » n’améliorait ni la signalisation, ni les communications radio, ni la visibilité depuis leurs cockpits. Cela permettait seulement à Verstappen de transformer un dysfonctionnement collectif en procès personnel.

Lindblad était confronté à des indications confuses. Lawson menait sa propre course pour les points. Racing Bulls avait obtenu un double résultat dans le top 10. Les deux pilotes n’étaient pas nécessairement exemplaires dans leur gestion du trafic, mais ils n’étaient pas non plus des plots orange installés pour faciliter la progression du chef de famille.

Deuxième en piste, premier au championnat de la colère

Verstappen a finalement terminé deuxième, à 15,080 secondes de Lando Norris, signant son deuxième podium consécutif après sa troisième place en Belgique. Il a même reconnu après l’arrivée être agréablement surpris par ce résultat, obtenu malgré un week-end difficile et une Red Bull qu’il jugeait délicate à exploiter.

Sa course n’a donc pas été détruite par les Racing Bulls. Elle a seulement été contrariée pendant quelques virages, ce qui, avec Verstappen, suffit parfois à déclencher une demande de sanctions internationales.

La FIA devra évidemment comprendre pourquoi son système de drapeaux bleus a semé autant de confusion en Hongrie. Mais elle n’a pas besoin de transformer chaque accès de colère radiophonique en verdict.

Max Verstappen avait peut-être raison de réclamer plus de vigilance. Il avait beaucoup moins raison de confondre autorité sportive et service après-vente personnel.