Aston Martin ne gagne toujours pas, mais son calendrier des promesses est déjà particulièrement chargé. Adrian Newey juge Fernando Alonso indispensable au redressement de l’équipe, tandis que David Coulthard annonce des victoires dans les deux prochaines années. À Silverstone, il faut donc retenir l’Espagnol assez longtemps pour qu’il voie enfin arriver la voiture qu’on lui promet depuis trois saisons.

Le paradoxe Alonso : plus Aston Martin progressera, plus il pourrait partir
La version spectaculaire voudrait qu’Adrian Newey ait déjà détaillé les conséquences catastrophiques d’un départ de Fernando Alonso. La réalité est un peu moins dramatique : le patron d’Aston Martin n’a annoncé ni rupture, ni retraite, ni ultimatum. Il a surtout rappelé combien le double champion du monde comptait dans le projet.
« Fernando est un pilote incroyable », a expliqué Newey, insistant sur la qualité de ses retours techniques et sur ce qu’il apporte au volant.
Le Britannique s’est même déclaré confiant dans la poursuite de leur collaboration. Une manière élégante de rassurer le paddock, mais surtout de rappeler à Alonso que son avis reste précieux au moment où l’équipe tente enfin de comprendre sa propre voiture.
Newey ne décrit pas le départ d’Alonso, il essaie surtout de l’empêcher
Le contrat de Fernando Alonso comme pilote arrive à son terme à la fin de la saison 2026. Sa place pour 2027 reste donc à négocier, contrairement à ce que pourrait laisser croire sa déclaration lancée en Hongrie :
« J’ai un contrat, donc je ne bouge pas. » Celle-ci exprimait avant tout sa fidélité à Aston Martin, sans constituer une confirmation officielle de son maintien comme titulaire la saison prochaine.
Newey mesure parfaitement ce qu’une retraite ferait perdre à l’équipe. Alonso ne se contente pas de conduire l’AMR26 : il en identifie les faiblesses, compare ses réactions avec plus de vingt années d’expérience en Formule 1 et fournit un point de référence essentiel aux ingénieurs.
Son départ ne retirerait donc pas seulement un pilote rapide. Il priverait Aston Martin de son principal instrument de mesure humain au moment précis où l’écurie reconstruit sa méthode de travail, son châssis et sa coopération avec Honda. C’est une interprétation, mais elle découle directement de l’importance que Newey accorde publiquement à ses commentaires techniques.
Lance Stroll peut évidemment contribuer au développement. Mais lorsqu’une équipe traverse six mois de crise et souhaite savoir si son nouveau package représente un véritable progrès ou simplement une catastrophe un peu moins lente, disposer d’Alonso dans l’autre voiture reste plutôt pratique.
L’avenir de l’Espagnol possède toutefois une subtilité délicieusement cruelle pour Aston Martin.
Alonso avait expliqué en 2025 qu’une saison compétitive en 2026 pourrait faciliter sa retraite. Après des années passées à attendre une voiture capable de gagner, retrouver enfin le premier plan lui offrirait une sortie satisfaisante. À l’inverse, une nouvelle saison ratée pourrait lui donner envie de poursuivre, précisément pour ne pas abandonner avant d’avoir récolté les fruits du projet.
En résumé, si Aston Martin échoue, Alonso pourrait rester pour tenter encore une fois. Si Aston Martin réussit, il pourrait considérer sa mission accomplie et partir.
Lawrence Stroll a donc construit une équipe dans laquelle la meilleure méthode pour retenir son pilote vedette serait presque de continuer à le frustrer. Une stratégie originale, mais difficile à présenter aux sponsors.
Alonso assure aujourd’hui se sentir frais, rapide et motivé. Il affirme également n’avoir « aucun doute » sur la capacité de Newey à produire tôt ou tard la meilleure voiture du plateau. Le problème se trouve évidemment dans les mots « tôt ou tard », une unité de temps particulièrement souple dans le vocabulaire de la Formule 1.
Budapest : Aston Martin a retrouvé le peloton, pas encore les trophées
Le Grand Prix de Hongrie a apporté les premiers signes tangibles de redressement. Après avoir été largement décroché à Spa, Aston Martin a introduit un important ensemble d’évolutions portant notamment sur le poids, le nez, la suspension arrière et les surfaces aérodynamiques. Le châssis et la boîte de vitesses ont également été allégés afin de rapprocher l’AMR26 du poids minimal.
Le résultat n’a pas transformé Alonso en candidat à la victoire, mais la voiture a enfin rejoint une partie du peloton. L’Espagnol s’est qualifié en seizième position et a atteint la Q2 pour la première fois de la saison. En course, Lance Stroll et Alonso ont terminé treizième et quatorzième, devant plusieurs monoplaces que l’équipe ne parvenait plus à suivre une semaine auparavant.
Mike Krack a résumé l’objectif accompli en déclarant qu’Aston Martin était de nouveau capable de « faire la course ». Après les ambitions de titre mondial affichées autour de l’arrivée de Newey et du partenariat avec Honda, célébrer une treizième place comme un retour à la compétition peut sembler modeste.
Mais lorsqu’on a passé plusieurs Grands Prix à regarder Cadillac et Williams disparaître au loin, apercevoir leur aileron arrière constitue déjà une forme de renaissance.
La Hongrie n’a donc pas prouvé qu’Aston Martin pouvait gagner. Elle a montré que l’équipe avait peut-être enfin cessé de reculer.
Newey reconnaît un projet parti plusieurs mois trop tard
Le début de saison désastreux n’est pas tombé du ciel. Newey a reconnu qu’Aston Martin n’avait commencé à travailler sérieusement sur sa monoplace 2026 qu’à la mi-mars 2025, avant de placer son premier modèle dans la soufflerie à la mi-avril. Selon lui, ce retard représentait plusieurs mois perdus sur la concurrence.
Le Britannique a également décrit certains outils et processus internes comme ayant été rafistolés pendant des années, avec des méthodes remontant parfois aux anciennes structures de Jordan. L’usine ultramoderne, la nouvelle soufflerie, Honda et les recrutements prestigieux n’ont donc pas immédiatement effacé plusieurs décennies de fonctionnement moins sophistiqué.
Aston Martin avait réuni tous les ingrédients visibles d’une grande équipe : un milliardaire ambitieux, un motoriste officiel, un double champion du monde et le concepteur le plus célèbre du paddock. Il restait simplement à leur fournir une organisation capable de travailler ensemble.
Détail regrettable, mais apparemment important.
Les victoires d’ici 2028 viennent de Coulthard, pas de Newey
Le prétendu « calendrier des victoires » annoncé par Newey mérite lui aussi une correction.
Ce n’est pas Adrian Newey qui a promis une victoire à une date précise. La prédiction vient de David Coulthard. L’ancien pilote McLaren estime qu’Aston Martin sera l’équipe qui progressera le plus au cours des deux prochaines saisons et qu’elle remportera des Grands Prix avant la fin de cette période, donc potentiellement d’ici 2028. Coulthard ne cherche pourtant pas à maquiller le début de saison. Il a qualifié les performances d’Aston Martin de très mauvaises et rappelé que l’équipe n’avait inscrit qu’un point lors des dix premières manches, grâce à Alonso à Monaco. Sa confiance repose surtout sur les moyens disponibles : Newey, Honda, la nouvelle infrastructure et la puissance financière de Lawrence Stroll.
La prédiction possède une certaine logique. Aston Martin part de suffisamment loin pour être presque certaine de beaucoup progresser. Passer de la dernière ligne à la huitième place constitue déjà une amélioration spectaculaire en pourcentage.
De là à gagner, il reste cependant quelques détails : rattraper Mercedes, Ferrari, McLaren et Red Bull, fiabiliser le moteur Honda, réduire le poids, améliorer la corrélation des outils et convaincre Alonso de patienter.
Rien d’insurmontable. Seulement l’équivalent de reconstruire une écurie de pointe pendant que les autres continuent également de développer leurs voitures.
Alonso doit-il encore attendre la prochaine grande promesse ?
Depuis son arrivée en 2023, Fernando Alonso a connu les podiums, puis le recul progressif d’Aston Martin, avant l’effondrement du début de saison 2026. Son dernier succès en Formule 1 remonte toujours au Grand Prix d’Espagne 2013. Il aura 45 ans au moment de décider s’il souhaite continuer en 2027.
Newey affirme que sa présence est importante. Alonso affirme que Newey finira par construire la meilleure voiture. Coulthard affirme qu’Aston Martin gagnera dans les deux prochaines années.
Tout le monde croit donc au projet. La seule question est désormais de savoir combien d’années Alonso souhaite encore consacrer à cette croyance.
Aston Martin ne peut pas lui garantir une victoire immédiate. Elle peut seulement lui présenter une nouvelle évolution, un moteur Honda amélioré, une saison 2027 plus prometteuse et une prophétie signée David Coulthard pour 2028.
À Silverstone, la voiture du futur semble enfin avancer. Il faudrait simplement que Fernando Alonso ne parte pas avant son arrivée.










