On peut l’aimer, le détester, mais il faut quand même reconnaître qu’il est immense. À Silverstone, Marco Bezzecchi a rendu l’une des meilleures copies de sa carrière, et au meilleur des moments. Cette troisième place à l’arrivée du Grand Prix veut dire beaucoup, et peut-être plus encore. Analyse.
La douleur d’un homme
Les plus grands pilotes passent par là. Parfois, il faut composer avec les blessures, et si certains se contentent de positions qui rapportent peu une fois diminués, d’autres essayent de tout donner. Jorge Lorenzo l’a déjà fait, et pas qu’à Assen en 2013 d’ailleurs (souvenez-vous de lui, au Mans, en 2008, où il était deuxième avec deux chevilles fracturées). Marc Marquez, Casey Stoner, Dani Pedrosa, et tant d’autres géants ont dû « faire avec ». Et honnêtement, cette performance de Bezzecchi s’inscrit directement dans cette lignée.

On savait qu’il pouvait être bon en sortie de blessure, et c’est d’ailleurs assez fréquent chez ces champions : pour leur retour, ils excellent, et c’est après que c’est plus difficile. Le « Bez » m’avait déjà fortement impressionné pour cette raison lors du Grand Prix d’Indonésie 2023, qu’il courait largement diminué. Mais à Silverstone, c’était autre chose. Au Sachsenring, il s’est non seulement fracturé la clavicule gauche, mais également fait très mal au genou – Rivola affirmait qu’il arrivait à peine à marcher dans le paddock. Pourtant, à chaque séance, il était là.
Alors, oui, l’Aprilia RS-GP était au-dessus en Grande-Bretagne, même largement au-dessus. Mais il fallait quand même se farcir de sacrés clients, y compris au sein de la firme de Noale. Après avoir cassé la pendule en Practice, il s’est hissé au cinquième rang. Dans l’absolu, ce n’est pas mal, mais au vu de la supériorité de sa monture, de sa vitesse du vendredi et de l’importance des premiers virages sur cette piste, ça ne laissait pas présager un exploit. Et pourtant. En Sprint, il s’est rapidement illustré, le couteau entre les dents. Une fois qu’il est arrivé à la troisième place, il y est resté, et a compté les tours jusqu’à la fin. D’après ses propres dires, les qualifications l’avaient vidé de toute énergie. Et le voilà qui répond au meilleur des moments.
Puis, son chef-d’œuvre, le Grand Prix. Physionomie totalement différente, puisqu’alors qu’il était troisième, Alex Marquez, toujours redoutable sur ce tracé (deux victoires en Sprint – 2023, 2025), le remontait à vue d’œil. J’avais en tête que le Sprint avait duré dix tours. Et quand j’ai vu qu’Alex Marquez rentrait sur Bezzecchi à 11 boucles de l’arrivée, je me suis dit que c’était plié. Au vu de l’état dans lequel il était samedi soir, je ne l’imaginais pas remporter ce duel.
Il a magnifiquement résisté. Il a même empêché une tentative audacieuse d’Alex dans Stowe, le virage qui l’avait trahi en 2023, lorsqu’il se battait contre Pecco Bagnaia. Puis, il s’est fait doubler, mais n’a pas ralenti. Et le petit frère Marquez s’est raté quelques instants plus tard, permettant à Bezzecchi de repasser. Que ces tours ont dû être longs. Mais finalement, il conserva cette troisième place au bout de l’effort.
À chaque fois qu’il a passé la ligne, il a pleuré. C’est exactement ce genre de passion et d’engagement que je rêve de voir chez un représentant de notre sport ; Bezzecchi pourrait être cet homme, je l’ai déjà dit à de nombreuses reprises. J’adore ce pilote, car il est entier. Certes, il fait parfois de grossières erreurs, mais ce genre de scène le rend infiniment humain.
It's been a tough weekend for Marco Bezzecchi and there are 20 laps ahead 👀#BritishGP 🇬🇧 pic.twitter.com/IOlQcCUqfn
— MotoGP™🏁 (@MotoGP) August 9, 2026
Plus qu’un exploit, une bonne opération pour Marco Bezzecchi
Au-delà des sentiments, Marco Bezzecchi est l’un des grands gagnants de cette reprise. Premièrement, cette troisième place lui offre une occasion de relancer une bonne dynamique, ce qui lui est essentiel après cette descente aux enfers malencontreusement débutée en Hongrie. Deuxièmement, Raul Fernandez n’a pas terminé le Sprint, et Ai Ogura n’a pas fini le GP ; deux de ses concurrents directs n’ont pas fait le plein. Troisièmement, Marc Marquez, son rival attendu, a livré ce qui est peut-être sa pire prestation sur deux jours depuis qu’il est en rouge. Quatrièmement, il reprend la deuxième place du classement général, sans commettre la moindre faute.
Ce circuit était favorable, oui, mais c’est pour cette raison que la pression était plus grande encore. Imaginez qu’il passe au travers ou qu’il ne finisse pas. Martin l’aurait largué, et Fernandez remonté. Mais là, il s’en sort miraculeusement bien. Puisqu’une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, il bénéficie, à la suite de Silverstone, de deux semaines pleines de repos. Si cela fait sens, sa blessure n’aurait pas pu arriver à un meilleur moment, aussi embêtante fût-elle.

Encore une chance au championnat ?
Le seul point noir, car tout ne peut pas tomber du ciel, c’est que Jorge Martin a aussi été brillant. Comme souvent, il a été plus intelligent que rapide, et marque donc de très gros points. Bezzecchi est à 31 points derrière, et 31 unités, c’est presque un week-end. Le « Martinator » peut aussi faire des erreurs, mais tout comme Bezzecchi. Combler cet écart assez énorme me paraît difficile, et j’irai même plus loin.
Si Bezzecchi prend ce titre mondial, alors il faudra l’inclure dans de très sérieuses discussions. De mémoire, je n’ai pas souvenir d’un pilote ayant subi un mois aussi terrible l’emporter à la fin, avec, entre autres, deux Grands Prix d’absence totale (Brno et Sachsenring), sans même compter les chutes solitaires. Oui, il a clairement l’occasion de remporter l’un des plus beaux titres de l’histoire des Grands Prix, je n’ai pas peur de le dire. Mais la route est encore longue, et j’y crois sans y croire.
Qu’imaginez-vous pour la suite de la saison de Marco Bezzecchi ? Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Photo de couverture : Michelin Motorsport









