Marc Marquez ne cherche même pas à réécrire l’histoire : s’il peut encore devenir champion du monde en 2026, il le devra certes à son spectaculaire retour, mais également aux erreurs de ses adversaires. « Ils me font un cadeau », reconnaît-il. Une formule presque brutale qui résume pourtant l’étrange scénario de cette saison. Après le Mugello, Marc comptait 102 points de retard. Cinq week-ends plus tard, il n’en a plus que 40. Le plus incroyable n’est peut-être pas sa remontée. C’est qu’Aprilia lui ait laissé la possibilité de la réaliser.
Il existe des remontées construites exclusivement à coups de victoires. Et puis il existe celles où le poursuivant commence soudainement à ramasser les points que ses adversaires abandonnent en chemin. Marc Marquez a connu les deux.
Après son retour de blessure au Grand Prix d’Italie, sa situation semblait presque désespérée : 102 points le séparaient alors de Marco Bezzecchi, leader du championnat. À ce niveau, même Marc savait que son talent ne suffirait pas. « Quand on a 102 points de retard sur le leader, si le pilote et son équipe terminent bien les courses, il est impossible de remonter », explique-t-il à TNT Sports.
C’est une évidence mathématique autant que sportive. Pour revenir, Marquez devait gagner. Mais il fallait également qu’Aprilia perde. Et Aprilia a perdu beaucoup.
Marc Marquez : « Mes adversaires me font un cadeau »
Le mot choisi par le champion Ducati est révélateur. « Mes adversaires me font un cadeau ! » Car ce qui s’est produit pendant quelques semaines ressemble effectivement à un improbable sabordage collectif. Jorge Martin provoque un carambolage au départ en Hongrie et élimine les deux pilotes officiels Aprilia. À Brno, Bezzecchi est suspendu après son incident avec un commissaire. Aux Pays-Bas, l’Italien chute et abandonne. Puis il se blesse en Allemagne et ne peut participer au Grand Prix.
Pendant ce temps, Martin traverse une période moins convaincante et Ai Ogura devient momentanément l’homme fort du clan Aprilia. Résultat : alors qu’un constructeur possédait toutes les cartes pour transformer l’absence de Marquez en avantage potentiellement définitif, cinq pilotes arrivent à la pause estivale séparés par seulement 24 points.
Marc Marquez n’en croyait presque pas ses yeux. « Ce cadeau, c’était comme dire : « D’accord, tu as une nouvelle chance de te battre pour le championnat.« » Une deuxième saison venait pratiquement de commencer.

Mais encore fallait-il accepter le cadeau
Ce serait toutefois faire injure à Marquez que de réduire sa remontée aux erreurs d’Aprilia. Car un cadeau n’a de valeur que si quelqu’un sait le saisir. Avant la pause estivale, Marc remporte trois des quatre Grands Prix précédents. À mesure qu’Aprilia gaspille son avantage, Ducati transforme chaque occasion en points.
L’écart passe ainsi de 102 à 40 unités en cinq week-ends. Et surtout, Marquez revient à seulement neuf points de Bezzecchi. Silverstone a interrompu cette dynamique. Jorge Martin y a au contraire réalisé l’un de ses week-ends les plus solides de la saison, tandis que Marc souffrait avec sa Ducati, ses pneus et vraisemblablement encore son état physique.
Mais le mal était déjà fait. Aprilia avait eu l’occasion de mettre Marquez hors-jeu. Elle ne l’a pas saisie. Voilà pourquoi ce championnat pourrait hanter Aprilia. La situation est d’autant plus paradoxale que la RS-GP apparaît aujourd’hui comme la moto la plus complète du plateau.
Aprilia possède plusieurs vainqueurs, quatre pilotes capables de jouer devant et occupe les trois premières places du championnat avec Martin, Bezzecchi et Ogura. Sur le papier, tout semble donc sous contrôle. Sauf qu’un numéro 93 apparaît juste derrière eux.
Et contrairement aux pilotes Aprilia, Marc sait parfaitement ce que signifie jouer un championnat dans les dernières courses. C’est là que les points abandonnés en Hongrie, à Brno, Assen ou au Sachsenring pourraient brutalement changer de valeur. En juin, ils ressemblaient à des accidents de parcours. En novembre, ils pourraient devenir les points avec lesquels Aprilia a perdu son premier championnat MotoGP.
Un titre que même Marc Marquez n’aurait probablement pas imaginé
L’histoire ajoute encore une dimension au scénario. Aucun pilote n’a remporté le championnat après avoir manqué une course sur blessure depuis Wayne Rainey en 1992. Et même ce précédent mérite une énorme nuance puisque son principal adversaire Mick Doohan avait lui-même été éloigné des circuits pendant une partie importante de la saison.
Marc, lui, a manqué deux Grands Prix. Il est revenu diminué. Son épaule continue manifestement de le gêner. Et il s’est retrouvé à 102 points du leader. S’il devenait malgré tout champion, ce titre aurait donc une place très particulière dans sa carrière, même pour un pilote ayant déjà construit sa légende sur des retours jugés improbables.
Mais il raconterait également une autre histoire. Celle d’un championnat qu’Aprilia aurait peut-être dû tuer lorsqu’elle en avait l’occasion. Maintenant, le cadeau doit être rendu. Marc l’avait parfaitement compris avant Silverstone. « Je vais essayer de m’améliorer lors des prochaines courses, mais sinon, je devrai essayer de gérer la situation et de me battre avec eux jusqu’au bout. »
Silverstone a justement montré les limites de cette stratégie : lorsque Martin marque 32 points et que Marc souffre, l’écart repart immédiatement dans l’autre sens. Mais arrive maintenant Aragon. Puis d’autres circuits historiquement beaucoup plus favorables au champion Ducati. Aprilia ne peut donc plus compter sur les problèmes physiques de Marquez pour terminer le travail qu’elle n’a pas accompli lorsqu’il était absent. Elle va devoir le battre en piste.
Et c’est finalement toute la particularité de ce championnat 2026. À 102 points de retard, Marc Marquez avait pratiquement perdu le titre. Ses adversaires le lui ont rendu. À lui désormais de déterminer si leur « cadeau » était simplement une seconde chance… ou le championnat du monde.










