Charles Leclerc sait déjà vendre des dépassements, des pole positions et beaucoup de rêves aux tifosi. Il vend désormais aussi des sweats à 133 euros, des shorts à 95 euros et même un petit vide-poche siglé 16 à 45 euros. Entre sa boutique CL16, sa marque de glaces LEC et une collaboration mode avec Ferrari, le Monégasque transforme progressivement son nom en véritable business. Et pendant que la SF-26 cherche encore quelques dixièmes, la marque Leclerc, elle, semble avoir trouvé son rythme de développement.

Chez Charles Leclerc, le numéro 16 ne sert plus seulement à identifier la Ferrari
Oubliez un instant les classiques casquettes rouges couvertes de sponsors. La boutique officielle de Charles Leclerc ressemble désormais davantage à une petite marque lifestyle qu’au traditionnel rayon souvenirs d’un pilote de Formule 1. Après les collections Fall 25, Spring 26 et Pre-Summer 26, le site commercialise aujourd’hui une ligne Summer 26 avec ses propres codes, ses coupes et surtout une présence permanente du fameux numéro 16.
Le catalogue actuel donne une idée assez claire du positionnement. : Un sweat zippé « 16 » : 133 euros. Un pantalon de jogging : 110 euros. Un tee-shirt : 70 euros. Un short de bain : 95 euros. Un pull en maille : 140 euros. Et pour celui qui souhaite vivre l’expérience Leclerc uniquement jusqu’aux chevilles, les chaussettes sont proposées à 28 euros. À ce tarif, on espère simplement qu’elles ne connaissent pas de dégradation pneumatique après douze tours.
Même le vide-poche a son numéro de course
La boutique ne s’arrête évidemment pas aux vêtements. On trouve un bandana en soie à 54 euros, une serviette à 48 euros et même un petit plateau en céramique marqué du numéro 16 vendu 45 euros. Pour les supporters désirant pousser l’hommage un peu plus loin, la réplique au 1:2 du casque 2026 de Leclerc est affichée à 213 euros sur sa boutique personnelle.
On peut sourire des tarifs.
Mais le projet possède au moins une cohérence : Leclerc ne semble pas vouloir simplement plaquer son nom sur un tee-shirt rouge et attendre que les tifosi sortent leur carte bancaire. Le site revendique des produits conçus autour de son univers et les collections successives cherchent volontairement à installer une identité indépendante de la Scuderia. La collection Spring 26, par exemple, faisait largement appel au bleu clair associé depuis longtemps au pilote et déclinait le terme « Sedici », seize en italien, sur les vêtements et accessoires.
Charles Leclerc était déjà le numéro 16 chez Ferrari. Il devient doucement Monsieur 16 partout ailleurs. Le véritable exploit : réussir à vendre du Leclerc sans obligatoirement vendre du Ferrari. C’est probablement là que la stratégie devient intéressante. Pendant des années, l’image commerciale des pilotes Ferrari était naturellement absorbée par celle de Maranello. Le rouge, le cheval cabré, les sponsors et éventuellement le numéro du pilote suffisaient largement. Leclerc semble vouloir aller plus loin.
Sa propre boutique développe une esthétique moins directement dépendante de la Formule 1. Les vêtements peuvent être portés sans donner immédiatement l’impression d’avoir échappé à la boutique officielle de Monza. Et parallèlement, Ferrari exploite également son image à travers une capsule Ferrari x Charles Leclerc, présentée comme un vestiaire en édition limitée mêlant luxe, sport et style personnel du Monégasque. Ferrari explique que la collection est née du dialogue entre son directeur créatif Rocco Iannone et Leclerc.
Autrement dit, Charles possède désormais deux rayons. Leclerc vendu par Leclerc. Et Leclerc vendu par Ferrari. On ignore encore lequel décroche la meilleure marge au tour.
Et puisqu’un sweat ne suffisait pas, Charles vend également des glaces
La diversification ne s’arrête pas au dressing. Leclerc développe également LEC, sa marque de glaces à apport calorique réduit. La marque se présente comme un compromis entre plaisir et alimentation maîtrisée, avec davantage de fibres et une source de protéines. Le positionnement est presque merveilleusement adapté à l’univers F1 : se faire plaisir, mais en optimisant les données. Même devant le congélateur, il faut apparemment regarder la télémétrie. La marque avait été lancée avec plusieurs parfums aux noms volontairement très marketing et a continué à développer sa gamme depuis. Leclerc possède donc désormais un business capable de vous habiller, de vous vendre un accessoire pour la plage puis de vous fournir le dessert.
Encore quelques années et il ne manquera plus que l’hôtel.
Ferrari elle-même a compris que Charles était devenu davantage qu’un pilote
La Scuderia ne s’y trompe pas. Sur son propre store, Ferrari commercialise toujours les produits classiques associés au numéro 16, mais elle a également construit autour de Leclerc une véritable offre lifestyle indépendante des simples tenues d’équipe. La capsule officielle comprend denim, sweats, casquettes et accessoires pensés autour de son style hors circuit. C’est aussi la preuve de l’évolution spectaculaire du pilote depuis son arrivée à Maranello en 2019.
Leclerc n’est plus seulement le jeune phénomène chargé de remplacer Kimi Räikkönen. ll est devenu l’un des visages centraux de Ferrari. La F1 lui attribue désormais 182 départs, neuf victoires, 54 podiums et 27 pole positions, après huit saisons au plus haut niveau. Il existe donc une clientèle. Et dans le commerce, c’est généralement un détail assez utile.
Sur la piste, 2026 réclame toutefois encore quelques retouches à la collection
Le contraste est d’autant plus amusant que la saison sportive de Leclerc n’est pas aussi linéaire que son développement commercial. Après onze Grands Prix, le Monégasque occupe la quatrième place du championnat avec 138 points, derrière Kimi Antonelli, Lewis Hamilton et George Russell. Il compte une victoire et quatre podiums
Sa première moitié de saison a alterné le très bon et le franchement pénible.
La F1 souligne notamment ses difficultés au Canada, à Monaco et à Barcelone, avec des problèmes de freinage et plusieurs incidents ayant participé à une période nettement plus compliquée. Pendant ce temps, Hamilton a pris l’avantage dans le duel interne Ferrari. Puis Silverstone est venu rappeler pourquoi Leclerc reste l’un des pilotes les plus redoutables lorsqu’il possède enfin une voiture avec laquelle il peut travailler.
Le 5 juillet, il a remporté un Grand Prix de Grande-Bretagne complètement mouvementé devant George Russell et Lewis Hamilton, signant la neuvième victoire de sa carrière. La boutique possède donc « Summer 26 ».
Charles, lui, préférerait probablement que Ferrari fournisse maintenant » la collection Autumn 26 avec davantage d’appui » .
Ferrari est deuxième, mais Hamilton a changé l’équilibre de la maison
La Scuderia n’est pourtant pas en pleine catastrophe. Ferrari occupe la deuxième place du championnat constructeurs avec 307 points, deux victoires et neuf podiums après onze Grands Prix. Mais l’arrivée de Lewis Hamilton a modifié la dynamique interne. Le septuple champion possède actuellement 169 points contre 138 pour Leclerc.Voilà qui crée un paradoxe intéressant.
Pendant que la marque personnelle de Charles s’affirme davantage que jamais en dehors des circuits, son statut de référence incontestable chez Ferrari est soumis à sa plus rude concurrence depuis longtemps. Le business Leclerc prend donc de la valeur exactement au moment où le pilote Leclerc doit défendre son territoire sportif.
Rien de dramatique. Mais pour quelqu’un qui imprime le numéro 16 absolument partout, finir numéro deux dans son propre garage constituerait une campagne publicitaire légèrement moins réussie.
Et 2026 est aussi devenue une année très différente loin de la F1
Leclerc traverse parallèlement une période personnelle particulièrement dense. Il a épousé Alexandra Saint Mieux le 28 février 2026 lors d’une cérémonie civile intime à Monaco, avant que le couple ne parcoure les rues de la Principauté dans une Ferrari 250 Testa Rossa ancienne. Et le 12 août, Alexandra et Charles ont annoncé attendre leur premier enfant. Le couple avait commencé à se fréquenter en 2023 et annoncé ses fiançailles en novembre 2025. Il faut donc reconnaître une certaine efficacité au planning 2026 :
pilote Ferrari, vainqueur de Grand Prix, mari, futur père, créateur de vêtements, vendeur de glaces… Et probablement encore quelques réunions avec des ingénieurs entre deux rendez-vous. Certains profitent de la pause estivale pour dormir. Charles Leclerc semble plutôt lancer une nouvelle référence produit.
Leclerc prépare-t-il déjà l’après-F1 ? Pas nécessairement. Mais il prépare surtout l’après « simple pilote »
Il serait excessif de présenter cette diversification comme une préparation à la retraite. À 28 ans, Leclerc se trouve encore théoriquement au cœur de ses meilleures années sportives. Son ambition reste le titre mondial avec Ferrari et sa victoire britannique a rappelé que le potentiel est toujours là. En revanche, il fait ce que les sportifs les plus puissants commercialement ont compris depuis longtemps : transformer une carrière en marque avant que la carrière ne soit terminée.
Lewis Hamilton l’a fait à une échelle gigantesque. Fernando Alonso possède ses propres activités. Max Verstappen développe son univers autour du sim racing et de Verstappen.com. Leclerc bâtit progressivement le sien autour d’un mélange extrêmement monégasque de mode, Ferrari, lifestyle et glaces. Et il possède un avantage considérable. Son numéro fonctionne déjà presque comme un logo.
Le vrai produit de la boutique, finalement, c’est Charles Leclerc
C’est là que l’article original sur une « petite activité loin des circuits » sous-estime probablement le phénomène. La boutique n’est pas simplement un hobby permettant à Charles de s’occuper entre deux Grands Prix. Elle participe à la construction d’une marque personnelle structurée. Les collections ont des saisons. Les produits possèdent leur propre identité. Ferrari développe parallèlement une capsule autour de son style. LEC étend son nom à l’alimentaire. Et tout cela s’organise autour du même personnage : le pilote monégasque élégant, accessible, très lié à Ferrari mais suffisamment identifiable pour exister commercialement sans elle.
On peut évidemment trouver 70 euros pour un tee-shirt légèrement sportif. Ou 28 euros pour une paire de chaussettes légèrement optimiste. Mais le plus intéressant n’est probablement pas de savoir combien coûte le vêtement. C’est de constater qu’il existe désormais suffisamment de fans de Charles Leclerc pour que son nom puisse vendre autre chose qu’une casquette Ferrari.
Sur la piste, le Monégasque cherche toujours son premier titre mondial. Dans le commerce, en revanche, il a déjà compris une règle assez simple :
quand on porte le numéro 16 depuis suffisamment longtemps, autant finir par déposer la marque autour. Et contrairement à une stratégie Ferrari un dimanche après-midi, celle-ci semble pour l’instant plutôt bien exécutée.










