Moto GP
Publié le 22 août 2026 • 08:00 par André Lecondé

MotoGP – Carlo Pernat voit Ducati coupable d’excès de confiance, mais mise encore sur Marc Marquez

Carlo Pernat décortique les forces en présence, la politique des constructeurs et la bataille pour le titre mondial 2026.

Carlo Pernat

Carlo Pernat ne résume pas la saison 2026 à une simple remontée d’Aprilia face à Ducati. Pour le vétéran italien du paddock, plusieurs années de domination ont fini par modifier les rapports de force : les concessions n’ont pas produit les effets espérés, Ducati aurait surestimé sa capacité à faire évoluer sa Desmosedici et Marc Marquez aurait longtemps masqué certaines de ses limites. Pourtant, lorsqu’il faut choisir un favori pour le titre, Pernat revient précisément vers lui.

Dans son analyse livrée à La Gazzetta dello Sport, Carlo Pernat commence par une formule particulièrement sévère concernant le système destiné à rééquilibrer le MotoGP. « Les concessions ont servi davantage à pénaliser Ducati qu’à aider Honda et Yamaha. »

Le constat mérite attention. Ducati a progressivement perdu une partie des libertés techniques dont bénéficient les constructeurs en difficulté. Mais selon Pernat, cela n’aurait pas suffi à provoquer le réveil espéré des Japonais.

Honda commence certes à montrer des signes encourageants, tandis que Yamaha prépare déjà largement 2027. Mais le véritable basculement est venu d’Aprilia, devenue cette saison la principale référence face à Ducati. Et Pernat pense que Borgo Panigale porte également une responsabilité dans ce changement.

Ducati aurait surestimé sa propre moto

Son diagnostic rejoint d’une certaine manière celui récemment formulé par Michele Pirro : la GP26 n’est plus capable de dominer partout comme certaines de ses devancières. Mais Pernat va plus loin en remontant à 2025.

Selon lui, Ducati aurait considéré que sa moto avait davantage progressé qu’elle ne l’avait réellement fait après l’exceptionnelle saison 2024. Une erreur d’appréciation partiellement dissimulée par un homme : Marc Marquez.

« Marc Marquez a piloté au-delà des limites de la moto », estime Pernat, qui chiffre symboliquement son apport à « 30 % supplémentaires », nourris par une motivation exceptionnelle. Autrement dit, certaines performances attribuées à la Desmosedici auraient en réalité été celles de Marquez. Voilà qui donne une autre lecture de 2026.

Lorsque Marc souffre physiquement, lorsqu’un circuit convient moins à la Ducati ou lorsque l’équilibre des pneumatiques devient problématique, la marge disparaît. Silverstone en a constitué une illustration spectaculaire.

Un Marquez moins agressif… mais peut-être plus dangereux pour le championnat selon Carlo Pernat

Pernat remarque également un changement chez le champion en titre. Il trouve Marquez moins incandescent qu’en 2025. Pas nécessairement moins rapide, mais moins disposé à dépasser systématiquement les limites.

Ses blessures expliquent largement cette transformation. Marc sait désormais ce qu’une nouvelle chute pourrait lui coûter et son approche s’est rationalisée. Or Pernat considère paradoxalement cette évolution comme l’une de ses principales forces dans la lutte pour le titre.

Marc Marquez accusait 102 points de retard. Il est revenu dans la partie. « Quand il peut gagner, il y va ; quand il ne peut pas, il se contente de prendre les points », observe Pernat. Et c’est précisément là qu’il lui accorde un avantage sur Jorge Martin et Marco Bezzecchi.

NORTHAMPTON, ANGLETERRE – 26 AOÛT : Carlo Pernat, pilote italien et manager de pilotes, s’adresse aux journalistes en tribune, en attendant le départ de la course MotoGP de Grande-Bretagne sur le circuit de Silverstone, le 26 août 2018 à Northampton, en Angleterre. (Photo : Mirco Lazzari gp/Getty Images)

Carlo Pernat est beaucoup plus sévère avec Bezzecchi

Concernant l’Italien d’Aprilia, son jugement est presque brutal : « Ce n’est pas un phénomène. » Pernat ne nie pourtant absolument pas sa progression. Il estime au contraire que Bezzecchi a franchi un cap mental important et qu’il a joué un rôle déterminant dans la transformation d’Aprilia lorsque Martin était diminué.

Mais la situation a changé. Martin est revenu au premier plan, Marquez s’est replacé et Aprilia doit désormais gérer plusieurs prétendants au titre au sein de son propre écosystème. Cette dimension humaine pourrait devenir aussi importante que les performances de la RS-GP.

Pernat rappelle ainsi qu’une rivalité entre grands pilotes peut rapidement devenir difficile à contrôler. Pour Aprilia, le défi consiste désormais à exploiter sa supériorité technique sans transformer une abondance de candidats au titre en guerre interne.

Honda réalise deux « coups brillants »

Pernat regarde également au-delà de 2026. Et c’est Honda qui retient particulièrement son attention avec Fabio Quartararo et Davide Brivio. Il classe Quartararo dans le cercle extrêmement restreint des pilotes qu’il considère véritablement exceptionnels : Marc Marquez, Pedro Acosta et le Français.

Quant à Brivio, son parcours parle selon lui pour lui-même : Yamaha avec Valentino Rossi, le titre Suzuki avec Joan Mir, puis la progression actuelle de TrackHouse. Honda n’achèterait donc pas seulement un pilote extrêmement rapide pour 2027. HRC chercherait simultanément du talent sur la moto et une nouvelle culture de management autour d’elle.

Marquez-Acosta : Ducati aurait déjà « gagné le marché »

Et puis il y a le futur garage Ducati. Sur ce point, Pernat reconnaît que Gigi Dall’Igna a pris une décision qu’il n’aurait personnellement probablement pas osé prendre. Deux Espagnols dans l’équipe officielle d’un constructeur italien : Marc Marquez et Pedro Acosta.

Mais sportivement, il considère le choix comme presque imparable. « Ducati a gagné le marché en signant Acosta aux côtés de Marquez. » Ducati associera en 2027 celui qui a défini la génération précédente à celui que beaucoup considèrent comme le pilote destiné à définir la suivante.

Reste évidemment une inconnue gigantesque : la nouvelle Desmosedici 850cc. Si elle fonctionne, Pernat ne voit pratiquement pas comment ce duo pourrait perdre.

Mais avant cette révolution, il reste un titre 1 000cc à distribuer. Et malgré la domination actuelle d’Aprilia, malgré les blessures, malgré une Ducati qui n’est plus souveraine, Carlo Pernat choisit encore Marc Marquez. Non plus parce qu’il disposerait nécessairement de la meilleure moto. Mais parce qu’après avoir remonté 102 points, il serait devenu celui qui sait le mieux distinguer les dimanches où il faut gagner de ceux où il faut simplement survivre.

Carlo Pernat