F1
Publié le 23 août 2026 • 00:00 par Oléna Champlain

F1 – Domenicali a dû retenir Verstappen : quand la F1 doit convaincre son champion de ne pas claquer la porte

Domenicali reconnaît avoir dû convaincre Verstappen de rester : jusqu'en 2030, les critiques du règlement vont encore persister.

Max Verstappen envisageait sérieusement de quitter la F1 :  Stefano Domenicali reconnaît avoir dû intervenir pour lui vendre sa vision du nouveau règlement. Voilà qui ressemble moins à une success-story qu’à une opération de sauvetage.

Quand Domenicali doit convaincre Verstappen de rester

Il y a des déclarations qui, malgré tous les efforts de communication du monde, refusent obstinément de devenir rassurantes.

Stefano Domenicali vient d’en offrir une assez belle.

Le patron de la Formule 1 a reconnu avoir dû convaincre Max Verstappen de ne pas tourner les talons, en lui exposant la vision défendue par la discipline face aux critiques provoquées par la révolution technique de 2026. En substance : oui, la course doit rester au centre, mais le monde évolue, le public également et la F1 doit suivre. Un discours parfaitement défendable.

À ceci près qu’il a fallu le tenir au quadruple champion du monde pour l’empêcher de considérer que le meilleur endroit pour poursuivre sa carrière automobile se trouvait peut-être… ailleurs qu’en Formule 1.

Petit problème de fidélisation client.

Quand votre meilleur pilote menace de partir, le PowerPoint doit être solide

Verstappen n’a jamais vraiment caché son agacement face aux monoplaces 2026. La gestion de l’énergie électrique, le lift-and-coast et la nécessité de réfléchir constamment à l’utilisation de la batterie lui ont donné le sentiment que le pilote devait parfois davantage administrer sa voiture que l’attaquer. Et ce n’était visiblement pas une menace destinée à faire grimper son salaire.

Cette semaine, Verstappen a confirmé qu’au plus fort de ses interrogations, il était davantage susceptible de quitter complètement la Formule 1 que de rejoindre une autre écurie. Les discussions avec la FIA, la direction de la F1 et Red Bull ont finalement contribué à le convaincre de poursuivre.

Autrement dit, pendant que le paddock s’amusait à l’envoyer chez Mercedes un lundi et chez McLaren le mardi, Max réfléchissait surtout à une troisième possibilité : rentrer chez lui et aller piloter autre chose.

Nuance.

Domenicali défend le public… Verstappen défend le pilotage

C’est là que le débat devient beaucoup plus intéressant qu’une simple querelle entre un champion grincheux et une réglementation nouvelle.

Domenicali répète depuis plusieurs mois que la F1 doit considérer l’ensemble de son public, pas uniquement les puristes ou les pilotes. Selon les données mises en avant par la discipline, 66 % des membres de son panel « Fan Voice » ont jugé les courses 2026 bonnes ou excellentes, contre 60 % en 2025. Le patron de la F1 estime donc que les critiques du paddock ne racontent pas nécessairement toute l’histoire.

Sur le papier, il n’a pas tort.

Mais lorsqu’un quadruple champion du monde explique que la manière de courir elle-même l’amène à envisager la sortie, répondre que les audiences vont bien ressemble tout de même un peu à expliquer au chef cuisinier que le restaurant est plein alors qu’il vient de signaler que les fourneaux sont en feu. Le chiffre d’affaires peut être splendide. Le problème reste chaud.

La F1 voulait davantage d’électrique… elle commence déjà à corriger le tir

Le plus ironique est que les responsables du championnat ont eux-mêmes commencé à retoucher cette fameuse révolution.

Les moteurs 2026 avaient été imaginés autour d’un partage proche de 50/50 entre puissance thermique et électrique. Mais les problèmes de gestion énergétique et les critiques des pilotes ont déjà conduit à envisager puis adopter des ajustements destinés à réduire la dépendance à l’électrique pour 2027 et 2028

Et pour la prochaine génération ?

On parle désormais de moteurs plus simples, de voitures plus légères et même d’un possible retour du V8 fonctionnant avec des carburants durables autour de 2030 ou 2031. Mohammed Ben Sulayem pousse ouvertement dans cette direction et Domenicali lui-même s’est montré favorable à une architecture future plus simple permettant aux pilotes d’attaquer davantage. La F1 de demain pourrait donc finir par ressembler davantage à ce que Verstappen réclamait hier.

Quelle coïncidence délicieuse.

Et finalement, Max signe jusqu’en 2030

La crise existentielle s’est toutefois terminée avec une sacrée signature. Red Bull a officialisé jeudi la prolongation de Verstappen jusqu’à la fin de la saison 2030. Le Néerlandais était déjà lié à l’écurie jusqu’en 2028, mais il a ajouté deux saisons supplémentaires à l’histoire commune. Avec Red Bull, il compte déjà quatre titres pilotes et 71 victoires.

Verstappen explique aujourd’hui vouloir retrouver les sommets avec une équipe qu’il considère comme sa « seconde famille ». Il affirme également avoir toujours imaginé terminer sa carrière chez Red Bull.

Domenicali peut donc souffler. La Formule 1 n’a pas perdu sa superstar. Red Bull n’a pas perdu son champion. Et Verstappen a apparemment obtenu suffisamment de garanties sur l’orientation future du championnat pour ne pas transformer ses escapades en GT3 et en endurance en changement définitif de profession.

Une victoire pour Domenicali… mais aussi un avertissement

Il serait facile de présenter l’histoire comme une démonstration du talent diplomatique de Stefano Domenicali. Il a parlé avec Verstappen, les échanges ont été constructifs, chacun a compris la position de l’autre et le champion reste en F1 jusqu’en 2030. Très bien.

Mais le simple fait que le patron de la Formule 1 ait dû convaincre l’un des meilleurs pilotes de sa génération de continuer à faire de la Formule 1 devrait également faire tousser légèrement autour de la table. Verstappen n’était pas contrarié parce que les sandwiches du motor-home avaient changé. Il mettait en cause la philosophie même des nouvelles voitures. Alors oui, le monde change. Le public change. La Formule 1 doit évoluer.

Mais il existe peut-être une règle assez simple à conserver au milieu de toutes les autres :

quand il faut convaincre les pilotes que piloter une F1 reste amusant, c’est peut-être que la modernité a pris un petit virage trop large.