L’année prochaine, nous aurons deux anciens pilotes de Superbike sur la grille en MotoGP ; Toprak Razgatlioglu chez Yamaha Pramac, et, sauf retournement de situation, Nicolo Bulega chez Ducati VR46. D’après les dernières rumeurs, ce dernier serait directement assumé par Borgo Panigale, ce qui serait logique vu qu’il développe activement le prochain prototype 850cc. Mais pourquoi en voit-on autant alors que le WSBK était boudé par les recruteurs MotoGP depuis, allez, Ben Spies ? Analyse.
L’argument de Yamaha et Ducati
La raison est simple. L’année prochaine, la cylindrée des motos va passer de 1000cc à 850cc. Mais ce n’est pas ce qui inquiète les pilotes : eux se soucient davantage du passage des Michelin aux Pirelli. Et il se trouve que Pirelli est le fournisseur unique du championnat Superbike depuis 2004. Yamaha et Toprak ne s’en sont jamais cachés : le choix de s’allier en MotoGP dès 2026 n’a été fait que pour préparer 2027. Pour Ducati, Bulega a immédiatement été choisi comme développeur de la future 850cc chaussée en Pirelli, et veut profiter de son expérience avec ces gommes.

Je vais peut-être vous étonner, mais je ne crois pas du tout que ce soit la bonne solution. Je pense en effet que Toprak ou Bulega ne jouiront pas de ce grand avantage que tout le monde imagine.
Une rupture, d’accord, mais après ?
Oui, Toprak et Bulega connaissent déjà les pneus Pirelli. Et, oui, Giorgio Barbier, le directeur de la compétition de Pirelli, a promis un changement majeur par rapport aux Michelin. Forcément, on pourrait penser qu’ils bénéficieront d’un avantage significatif, mais c’est oublier bon nombre de paramètres.
Premièrement, rien ne garantit que le pneu sera exactement le même qu’en Superbike. Barbier disait que Bulega reconnaîtrait des similitudes, mais je ne vois pas pourquoi le MotoGP utiliserait exactement les mêmes gommes. Deuxièmement, c’est sous-estimer les autres pilotes. En effet, ce n’est pas la première fois qu’on change de manufacturier. Rappelez-vous 2016, et le passage aux Michelin après les Brigdestone. Bradley Smith avait eu beaucoup de mal chez Yamaha Tech3, c’est vrai. Mais hormis cela, la hiérarchie était la même. Lorenzo, champion en 2015, a même remporté la première course de la saison. Rossi était encore très fort, et Marquez n’avait pas perdu de sa superbe.
Voyez-vous, les pilotes MotoGP sont les champions de l’adaptation. Un Marquez, puisque c’est l’une de ses plus grandes qualités, saura très rapidement comprendre les Pirelli, j’en suis convaincu. D’ailleurs, et même si les pneus sont sans doute l’organe le plus important pour la performance de quelconque véhicule, les nouveaux venus du Moto2 s’adaptent très rapidement aux Michelin en venant des Pirelli. Aldeguer était rapide instantanément, et Ai Ogura quatrième pour sa toute première course en catégorie reine. Si des rookies ont réussi à s’acclimater aussi vite à un tel changement (qui comprend aussi la moto toute entière), alors je ne vois pas pourquoi des pilotes expérimentés, qui ont l’habitude de s’entraîner sur des 600cc ou des 1000cc de série, ne pourraient pas le faire. Et c’était déjà le cas quand les pilotes passaient des Dunlop en Moto2 aux Michelin en MotoGP (Alex Marquez, Jorge Martin, etc.)

Toprak et Bulega, les plus avantagés ?
Ce que je ne comprends pas, avec ce raisonnement, c’est que l’on puisse penser que Toprak et Bulega seront les plus avantagés grâce aux Pirelli. Que quelqu’un m’explique pourquoi David Alonso ou Daniel Holgado ne pourraient pas les surclasser, eux qui exploitent les Pirelli en Moto2, et qui descendront d’une moto de 765cc de cylindrée !
J’ai déjà eu l’occasion de vous illustrer l’écart de niveau entre les pilotes de Grand Prix et de Superbike. Il est abyssal. Rappelons que Bulega, qui domine largement la catégorie, a échoué en Moto2, et c’est pour cette raison qu’il est allé en Supersport, puis en Superbike. Idem pour Iker Lecuona, deuxième du championnat, qui n’a pas réussi à se maintenir en MotoGP et qui n’avait qu’une 12e place au classement en Moto2 pour meilleur résultat. Regardez, en comparaison, où sont les meilleurs pilotes de Moto2 de la décennie passée : Jorge Martin, Pecco Bagnaia, Pedro Acosta, et j’en passe. Beaucoup triomphent sur la plus grande scène mondiale.
C’est en partie pour cette raison que choisir Bulega plutôt que Manuel Gonzalez serait une hérésie absolue. Cet argument, s’il n’est pas convaincant, est tout de même en faveur de Gonzalez ! Pour Toprak, c’est un peu différent. Le Turc était largement meilleur que Bulega en WSBK, et apportait quelque chose d’autre en MotoGP : un statut, un caractère, et un passeport porteur. Mais j’espère sincèrement que Yamaha et Ducati ne font pas ces choix uniquement car les deux pilotes en question connaissent déjà les pneus Pirelli, sinon, la réalité risque de faire mal.
Désastre annoncé ?
J’aurai tout le temps de faire des pronostics concernant la saison 2027, mais laissez-moi vous donner un avant-goût des premiers mois de cette nouvelle réglementation. D’après moi, oui, ceux qui utilisaient les Pirelli avant pourront bénéficier d’un petit avantage sur les premières manches, mais ça s’arrêtera là. Et je ne dis pas qu’ils gagneront ! Simplement, si la Ducati est performante comme je le prévois, Bulega pourrait s’illustrer sur les premières courses, un peu comme Franco Morbidelli début 2025 car il était le seul à déjà connaître sa moto.
Mais au bout de quatre Grands Prix, maximum, les as du MotoGP auront pris la mesure des pneus, qui ne seront pas conçus pour Bulega ou Toprak, soit dit en passant. Et malheureusement, je crains que les deux pilotes mentionnés ne retombent dans les tréfonds du classement au vu de la relève qui arrive et du niveau de la grille actuel.
Pensez-vous réellement que l’arrivée de Pirelli puisse augmenter radicalement les chances de Bulega et Toprak, et, par le fait, celles de Ducati et Yamaha ? Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Photo de couverture : Michelin Motorsport









