Moto GP
Publié le 22 août 2026 • 13:00 par André Lecondé

MotoGP 2027 : Pirelli prévient les pilotes, onze années d’habitudes avec Michelin vont devoir être oubliées

2027 sera aussi la fin de 11 années de règne Michelin. Pirelli débarque comme fournisseur unique… et ça va tout changer.

Pirelli

Le passage de Michelin à Pirelli en 2027 pourrait entraîner des conséquences presque aussi importantes que l’arrivée des moteurs 850 cc. Giorgio Barbier prévient : les constructeurs devront adapter leurs motos, mais certains pilotes devront également modifier leur manière de piloter. Et quelques-uns partiront avec un avantage précieux.

La révolution MotoGP 2027 ne se résumera décidément pas à une réduction de cylindrée. Les moteurs passeront de 1 000 à 850 cc, l’aérodynamisme sera davantage encadré et plusieurs dispositifs techniques disparaîtront. Mais sous ces nouvelles motos se produira peut-être le changement ayant l’influence la plus directe sur les pilotes : Pirelli remplacera Michelin comme fournisseur exclusif de pneumatiques après onze saisons de monopole français.

Or, changer de manufacturier après une période aussi longue ne consiste pas simplement à monter d’autres pneus sur une nouvelle moto. Les machines actuelles ont été développées autour des caractéristiques des Michelin. Et les pilotes ont progressivement construit leur technique pour les exploiter. En 2027, une partie de cet apprentissage sera donc remise à zéro.

Pirelli ne veut surtout pas fabriquer « un Michelin Pirelli »

Giorgio Barbier, responsable de la compétition chez Pirelli, l’a expliqué à Motosan : le manufacturier italien ne cherche pas à reproduire les caractéristiques auxquelles le paddock s’est habitué. « Nous ne produirons pas des pneus Michelin Pirelli, mais des pneus Pirelli. Les pilotes devront donc apprendre à les utiliser. » La nuance est fondamentale.

Durant onze saisons, ingénieurs et pilotes ont progressivement adapté motos, réglages et styles de pilotage aux qualités mais également aux contraintes des Michelin. Pirelli entend arriver avec sa propre philosophie.

« Jusqu’à présent, ils devaient adopter une conduite particulière pour s’adapter aux caractéristiques des pneus ; ils ont appris cela au cours des onze dernières années. » Et certaines habitudes pourraient ne plus fonctionner. « Cela signifie que certains devront adapter leur style de conduite. Et les ingénieurs devront peut-être revoir certains aspects de leurs motos. » La révolution sera donc simultanément humaine et technique.

MotoGP 2027 : les constructeurs doivent eux aussi repartir d’une feuille presque blanche

Aprilia, Ducati, Honda, KTM et Yamaha travaillent déjà avec Pirelli. Les premiers essais permettent notamment au manufacturier de déterminer les spécifications qui seront finalement retenues. « Nous proposons différentes options à tous les constructeurs et décidons ensuite de la largeur de bande de roulement à retenir », explique Barbier.

D’où l’importance des séances réunissant plusieurs marques simultanément. Après Misano, le test de Brno du 22 juin a ainsi permis de confronter les réactions de différents prototypes aux mêmes pneumatiques. Une nouvelle étape est programmée au Red Bull Ring le 21 septembre, au lendemain du Grand Prix d’Autriche.

Et les premiers enseignements montrent déjà une difficulté : toutes les motos ne réagissent pas de la même manière aux Pirelli. Cela impose aux ingénieurs un exercice particulièrement délicat. Ils développent simultanément une nouvelle génération de prototypes 850 cc et doivent découvrir les pneumatiques autour desquels ces motos devront fonctionner.

Comme le résume Barbier, après onze années passées à développer une machine autour d’un manufacturier particulier, son remplacement « a forcément des conséquences ».

Pirelli

Six pilotes pourraient pourtant disposer d’une longueur d’avance

Cette remise à zéro pourrait également rebattre certaines cartes entre pilotes. La majorité de la grille MotoGP 2027 découvrira réellement les Pirelli. Mais quelques concurrents posséderont déjà une expérience importante de ces pneumatiques.

C’est notamment le cas des nouveaux venus issus du Moto2, catégorie passée chez Pirelli en 2024. David Alonso, Dani Holgado, Senna Agius et Izan Guevara ont ainsi construit une partie récente de leur expérience avec les pneus italiens, même si la présence en MotoGP des deux derniers reste à confirmer.

Mais deux noms sont encore plus intéressants. Le premier est un Toprak Razgatlioglu qui pourrait retrouver un terrain beaucoup plus familier. Le Turc possède une expérience considérable des Pirelli acquise en WorldSBK. Il a remporté trois titres mondiaux et 78 courses avec ces pneumatiques avant son passage en MotoGP. Surtout, son adaptation au pneu avant Michelin a constitué l’une des difficultés de sa première saison dans la catégorie reine.

Le changement de 2027 pourrait donc supprimer une partie de ce handicap. Cela ne signifie évidemment pas qu’un pneu MotoGP Pirelli se comportera exactement comme un pneu WorldSBK. Les motos, les contraintes et les spécifications seront différentes. Mais Razgatlioglu possède au moins une connaissance de la philosophie du manufacturier dont la plupart de ses adversaires seront dépourvus.

Le second est Nicolo Bulega. Si sa présence sur la grille MotoGP 2027 se confirme, disposerait lui aussi d’un solide bagage Pirelli acquis en Superbike. Le pneu pourrait donc redistribuer davantage les cartes que le moteur 850 cc. C’est peut-être l’un des aspects les plus passionnants de 2027.

Un pilote parfaitement adapté aux Michelin pourrait perdre une partie de son avantage. À l’inverse, un autre actuellement gêné par certaines caractéristiques du pneu français pourrait soudainement retrouver des sensations correspondant beaucoup mieux à son pilotage.

Même chose chez les constructeurs. Une moto particulièrement efficace avec les Michelin ne le sera pas nécessairement avec les Pirelli. Et une architecture aujourd’hui moins performante pourrait bénéficier des caractéristiques du nouveau manufacturier.

La hiérarchie 2027 ne dépendra donc pas uniquement de celui qui aura construit le meilleur moteur 850 cc ou la meilleure aérodynamique. Elle dépendra également de celui qui aura compris le plus rapidement comment faire travailler les Pirelli.

Et après onze saisons passées sous Michelin, certains pilotes MotoGP pourraient découvrir qu’en 2027, il ne leur faudra pas seulement apprendre une nouvelle moto : il leur faudra en partie réapprendre à la piloter.