Le MotoGP vient de modifier son organigramme à un moment particulièrement stratégique de son histoire. Carlos Ezpeleta a été nommé directeur général adjoint du MotoGP Sports Entertainment Group. Officiellement, Carmelo Ezpeleta reste aux commandes. Mais en installant son fils directement sous lui alors que Liberty Media prend le contrôle du championnat, le MotoGP organise aussi, inévitablement, la question de sa succession.
Ce n’est pas simplement une promotion interne. Mardi 25 août, Carlos Ezpeleta est devenu directeur général adjoint du groupe MotoGP. Il était jusqu’ici directeur sportif et travaille dans l’organisation depuis 2007. Sa nouvelle fonction le place désormais directement derrière Carmelo Ezpeleta dans la hiérarchie. Et le calendrier rend cette nomination particulièrement intéressante.
Le MotoGP entre dans une période de transformation avec Liberty Media. Le propriétaire de la Formule 1 veut développer son audience, conquérir de nouveaux marchés et mieux exploiter commercialement un championnat dont le potentiel international demeure considérable.
Mais plutôt que d’installer immédiatement ses propres hommes aux commandes, Liberty semble choisir la continuité. Carmelo Ezpeleta reste PDG et Carlos devient son numéro deux. Un choix qui permet de conserver l’expérience accumulée pendant plusieurs décennies tout en préparant une nouvelle génération de dirigeants.
« Carlos a joué un rôle fondamental dans la croissance du MotoGP pendant de nombreuses années », souligne Carmelo Ezpeleta, mettant en avant « son leadership, sa vision et sa passion pour ce sport ».
Derek Chang, PDG de Liberty Media, apporte lui aussi un soutien explicite à cette promotion. « Carlos possède l’expérience, la vision et la connaissance approfondie du MotoGP nécessaires pour mener à bien cette transformation. » Le message est difficile à manquer.
Carlos Ezpeleta, héritier ou véritable patron en devenir ?
Évidemment, son nom rend la nomination particulière. Mais réduire Carlos Ezpeleta au statut de « fils de » serait également simpliste. Présent dans l’organisation depuis près de vingt ans, il en connaît les mécanismes sportifs, réglementaires et commerciaux. Comme directeur sportif, il était déjà impliqué dans certains des dossiers les plus sensibles du championnat.
Sa promotion élargit désormais considérablement son champ d’action. Carlos devra notamment travailler avec Liberty sur l’expansion internationale du MotoGP, la recherche de nouveaux publics, les partenariats commerciaux et l’évolution générale du produit.
L’intéressé définit lui-même clairement sa mission : « Je me réjouis de travailler avec Liberty Media et toute la communauté MotoGP pour atteindre de nouveaux publics, créer de nouvelles opportunités et libérer tout le potentiel de ce sport. » Une formulation qui ressemble beaucoup au programme appliqué par Liberty à la Formule 1.

Le MotoGP prépare une transition beaucoup plus profonde
Cette nomination intervient surtout alors que plusieurs transformations vont se superposer. Liberty veut internationaliser davantage le championnat. La réglementation technique sera profondément bouleversée en 2027 avec les 850 cc et Pirelli. De nouvelles formes d’événements sont envisagées et Günther Steiner évoquait encore récemment la possibilité, à terme, d’un week-end commun avec la Formule 1.
Dans ce contexte, conserver l’ADN du MotoGP tout en développant son potentiel commercial sera probablement l’un des exercices les plus délicats des prochaines années. C’est d’ailleurs exactement le risque que Pit Beirer évoquait récemment : faire grandir le MotoGP sans perdre les supporters qui remplissent déjà Jerez ou Le Mans. Carlos Ezpeleta se retrouve désormais au centre de cet équilibre.
Et derrière la communication officielle apparaît forcément une autre question : celle de l’après-Carmelo Ezpeleta. Aucun départ du dirigeant historique n’est annoncé. Mais en plaçant Carlos immédiatement sous son père, avec l’appui public du nouveau propriétaire américain, le MotoGP vient de dessiner une ligne de succession particulièrement claire.
Liberty Media prend le contrôle du MotoGP, mais la révolution ne passera donc pas nécessairement par une rupture avec l’ère Ezpeleta. Elle pourrait, au contraire, commencer par sa transmission.










