Le dépassement de Pedro Acosta sur Marco Bezzecchi à Aragon était déjà impressionnant à la télévision. Pour Andrea Dovizioso, il l’était beaucoup plus encore depuis la place du pilote. L’ancien vice-champion du monde explique qu’à plus de 300 km/h, Acosta s’est engagé vers le freinage avec une visibilité presque totalement obstruée, très peu d’espace et aucune certitude de pouvoir rester sur la piste. Une « petite dose de folie » qui lui a permis de prendre la deuxième place avant de défier Marc Marquez.
Pedro Acosta cherche toujours sa première victoire en MotoGP. À Aragon, il s’en est approché à 1,754 seconde. Mais avant de pouvoir s’attaquer à Marc Marquez, le pilote KTM devait encore se débarrasser de Marco Bezzecchi. Et il l’a fait avec l’une des manœuvres les plus spectaculaires du Grand Prix.
Dans la longue ligne droite menant au virage 16, Marquez et Bezzecchi venaient de se battre côte à côte. L’Aprilia s’est retrouvée dans une position délicate à l’approche du freinage. Acosta a immédiatement compris qu’une ouverture existait. Il s’est jeté à l’extérieur.
Dovizioso : « On ne voit absolument rien »
Pour Andrea Dovizioso, les images télévisées ne permettent pas de mesurer la difficulté réelle de cette attaque. « Je peux vous assurer que la vue du point de vue d’Acosta, lorsqu’on réussit une manœuvre comme celle-ci, est absolument incroyable. »
Pourquoi ? Parce qu’Acosta devait décider de son freinage pratiquement sans voir ce qui l’attendait. « Vue de derrière en tant que pilote, on ne voit absolument rien. Votre visibilité est complètement obstruée. »
Devant lui se trouvaient Marquez et Bezzecchi. Autour, la ligne blanche, le vibreur et une quantité d’asphalte extrêmement réduite pour improviser une trajectoire. « Il n’y a pas vraiment assez de place pour effectuer un freinage aussi agressif et être sûr de rester sur la trajectoire idéale. » Acosta l’a pourtant tenté. Et réussi.
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— MotoGP™🏁 (@MotoGP) August 30, 2026
« Cette petite dose de folie »
Dovizioso insiste sur sa chaine YouTube sur une qualité essentielle du jeune Espagnol : son extraordinaire confiance au freinage. « Acosta est très bon au freinage, il a un excellent ressenti de la situation. »
L’Italien se demande même si une partie de cette efficacité provient d’un réglage particulier de la KTM, comparable à ce que Toprak Razgatlioglu a pu rechercher en Superbike, ou si elle vient essentiellement du pilote.
Une interrogation intéressante puisque Pol Espargaró et Enea Bastianini ont eux aussi récemment souligné la capacité d’Acosta à faire une différence considérable dans cette phase.
Dovizioso observe surtout qu’à Aragon, cette arme lui permettait de compenser une partie des limites de sa RC16. « Il ne parvenait à rester au contact de Marc que grâce à son freinage. »
Acosta avait donc accumulé suffisamment de confiance pour tenter l’improbable. « Lorsqu’on tente une manœuvre de freinage comme celle-ci, on prend un risque : on ne peut pas être certain de rester sur la piste. »
Puis vient cette formule : « Mais c’est cette petite dose de folie dont on a besoin dans des moments comme celui-là. »
Acosta a changé sa course en un freinage
Le dépassement n’a évidemment pas permis à Acosta de battre Marquez. Une fois devant, le pilote Ducati a produit plusieurs tours rapides et la différence de vitesse, notamment en ligne droite, a progressivement compliqué la tâche de la KTM.
Mais Acosta avait transformé son Grand Prix. « Grâce à cette manœuvre de dépassement, il a renversé la course en sa faveur », résume Dovizioso. Il décrochait ainsi une nouvelle deuxième place et son huitième résultat de ce type en MotoGP, toujours sans cette première victoire qu’il recherche avant son départ chez Ducati.
Mais Aragon a peut-être donné un avant-goût plus important encore de ce qui attend Marc Marquez en 2027. Acosta n’avait pas la même moto que lui et ne disposait pas de la même vitesse de pointe.
Il a donc utilisé ce qu’il possédait de mieux : son freinage, son instinct et cette capacité à tenter une manœuvre sans disposer de toutes les informations qu’un pilote aimerait normalement avoir.
Dovizioso appelle cela une « petite dose de folie ». À Aragon, c’est précisément elle qui a permis à Pedro Acosta de transformer une ouverture presque invisible en deuxième place.










