Moto GP
Publié le 6 septembre 2026 • 19:00 par André Lecondé

MotoGP, Ducati en a-t-il trop montré sur Marc Marquez ? Dovizioso : « C’est la pire chose à révéler à ses adversaires »

Pour Andrea Dovizioso, les images de Ducati Inside ont révélé une faiblesse que Marc Marquez aurait préféré garder au secret.

Marc Marquez

Marc Marquez n’a guère apprécié de découvrir que Ducati avait diffusé des images où il reconnaissait ne plus contrôler correctement son bras droit à Silverstone. Pour Andrea Dovizioso, sa réaction est parfaitement compréhensible. Au-delà du problème physique, l’Italien y voit une question stratégique : dans une lutte pour le titre, montrer à Jorge Martin ou Marco Bezzecchi à quel point Marquez peut souffrir revient à leur révéler exactement la faiblesse qu’il aurait préféré conserver secrète.

Marc Marquez vient de montrer publiquement les séquelles impressionnantes laissées par sept opérations sur son bras droit. Quelques semaines plus tôt, la démarche était radicalement différente. Il essayait encore de ne pas montrer à ses adversaires jusqu’où ses limites physiques pouvaient aller.

À Silverstone, cette stratégie a été mise à mal par sa propre équipe. Après une course particulièrement éprouvante, Marquez avait reconnu dans le garage Ducati qu’il ne possédait pratiquement plus de contrôle sur son bras droit lorsqu’il attaquait. La conversation s’est ensuite retrouvée dans les contenus vidéo diffusés par Ducati. Et Marquez a reconnu à Aragon avoir été « pris au dépourvu » par sa publication.

Dovizioso : Marc Marquez est aussi « un stratège »

Andrea Dovizioso comprend parfaitement pourquoi cette séquence pouvait déranger son ancien adversaire. « Physiquement, il a beaucoup trop de problèmes. Ce n’est pas moi qui insiste, c’est tout simplement évident. » Pour l’Italien, il reste néanmoins impossible de quantifier précisément les capacités physiques actuelles de Marquez.

« Personne ne dit qu’il ne se donne pas à fond, mais il est impossible de connaître son pourcentage. » Et c’est justement cette incertitude que Marc Marquez aurait intérêt à entretenir.

Dovizioso rappelle que l’Espagnol ne pense pas uniquement comme un pilote. « C’est un stratège et il a essayé de masquer un peu ses limites aussi longtemps qu’il a pu. »

« La pire chose à laisser paraître à son adversaire »

Le problème de Silverstone n’était donc pas seulement que Ducati montre un pilote fatigué. Les images donnaient des informations beaucoup plus précises sur la nature de ses difficultés.

Marquez expliquait qu’en attaquant davantage, il perdait le contrôle de son bras et augmentait le risque de chute. Dans une bataille pour le championnat contre Jorge Martin et Marco Bezzecchi, ce genre d’information n’est pas anodin.

« Afficher un visage dévasté après une course éprouvante où l’on a tant souffert et où l’on n’a plus eu le contrôle de son corps, c’est la pire chose que l’on puisse laisser paraître à son adversaire », estime Dovizioso.

Car un rival qui connaît votre faiblesse peut adapter sa stratégie. Il sait sur quels circuits Marquez pourrait souffrir davantage. Il sait qu’une course physiquement exigeante peut devenir son alliée. Et il sait surtout que pousser Marc à maintenir un rythme élevé pendant toute la distance peut avoir davantage d’effet qu’auparavant.

Marc Marquez

À Silverstone, impossible de cacher la souffrance

Dovizioso souligne également quelque chose que les mots ne pouvaient plus véritablement masquer. Le visage de Marquez. « L’expression sur son visage quand il décrit ces sentiments… il a l’air épuisé. On voit bien qu’il ne fait pas semblant. »

C’est peut-être précisément pourquoi la séquence était aussi sensible. Un pilote peut minimiser une douleur devant les médias. Il est beaucoup plus difficile de dissimuler son état quelques minutes après avoir poussé son corps jusqu’à sa limite. Et Ducati disposait justement de ces images.

Marc Marquez a depuis changé de stratégie

Le paradoxe est qu’à Aragon, Marquez a lui-même décidé d’être beaucoup plus transparent. « Qu’est-ce qui ne va pas avec mon bras droit ? Les sept opérations », avait-il lancé.

Puis il a publié une photographie montrant les différences impressionnantes entre ses deux épaules. Mais révéler volontairement une réalité physique et voir diffuser une conversation privée prise dans le feu d’un week-end difficile sont deux choses différentes.

Marquez peut désormais reconnaître que son bras ne redeviendra jamais celui de 2019. Cela ne signifie pas qu’il souhaite indiquer précisément à ses adversaires quand et comment cette faiblesse peut être exploitée. C’est toute la nuance soulevée par Dovizioso.

À Aragon, Marquez était suffisamment à l’aise physiquement pour prendre les 37 points disponibles. Ailleurs, ce ne sera pas nécessairement le cas. Et dans une lutte pour le titre aussi serrée, Marc Marquez peut accepter que ses adversaires sachent qu’il est blessé. Ce qu’il préférerait probablement éviter, c’est qu’ils sachent exactement à quel moment cette blessure peut le faire battre.

Marc Marquez