Marc Marquez a utilisé à Misano un support de réservoir qu’il n’avait encore jamais adopté sur sa Ducati. Une solution ergonomique popularisée par Jorge Lorenzo lors de son arrivée à Borgo Panigale en 2017 et destinée à mieux maintenir le pilote au freinage. Neuf ans plus tard, elle répond à une problématique très différente : aider le corps meurtri du numéro 93 à tenir un Grand Prix disputé à pleine intensité.
Chez Ducati, les bonnes idées ne vieillissent manifestement jamais complètement. En observant attentivement la GP26 de Marc Marquez à Misano, un détail inhabituel est apparu autour du réservoir. L’Espagnol utilisait un support destiné à mieux caler ses jambes et son corps lors des phases de freinage. Une nouveauté pour lui. Mais certainement pas pour Ducati.
Une solution venue de l’époque Jorge Lorenzo
Il faut remonter à 2017 et à l’arrivée de Jorge Lorenzo chez Ducati pour retrouver l’origine de cette solution dans l’histoire récente de la marque. Lorenzo rencontrait alors d’importantes difficultés pour s’adapter à la Desmosedici. Parmi les modifications ergonomiques réclamées par le Majorquin figurait un dispositif permettant de mieux prendre appui sur le réservoir.
L’objectif n’était pas d’augmenter directement les performances de la moto. Il s’agissait de permettre au pilote de mieux se maintenir lors des énormes décélérations d’une MotoGP, en réduisant l’effort nécessaire pour empêcher son corps de glisser vers l’avant. Neuf ans plus tard, Marquez vient donc de reprendre le principe.
Marc Marquez : « J’avais besoin de quelque chose pour m’aider à freiner »
Dans son cas, la motivation était la suivante à Misano : « On cherchait une solution pour m’aider », explique Marquez. « J’en avais besoin pour le freinage, car c’est un circuit très exigeant physiquement. »
Misano présente une difficulté supplémentaire : lorsque les pneumatiques conservent suffisamment leurs performances, le pilote ne bénéficie pratiquement d’aucune phase de répit. « Les pneus ne se dégradent pas, donc on peut rouler à fond pendant toute la course, du premier au dernier tour. »
Puis Marquez ajoute avec son ironie habituelle : « À 33 ans, on ne peut plus faire grand-chose. » L’âge n’est pourtant qu’une partie du problème. Son bras droit et son épaule ont subi de multiples opérations et Marquez reconnaît désormais ouvertement devoir adapter sa manière de courir aux capacités physiques dont il dispose encore.
65 degrees 🤯
🔥 @marcmarquez93 broke Ducati's lean angle record yesterday #SanMarinoGP 🇸🇲 pic.twitter.com/Fl4NPPpWwa
— MotoGP™🏁 (@MotoGP) September 13, 2026
Adapter la Ducati plutôt que demander l’impossible à son corps
C’est ce qui rend cette petite pièce beaucoup plus intéressante qu’elle n’en a l’air. Le Marquez des grandes années Honda cherchait essentiellement à repousser les limites de son pilotage. Celui de 2026 cherche également à économiser son corps.
Claudio Domenicali vient précisément d’expliquer que son pilote avait profondément changé. Il ne peut plus se permettre les multiples chutes des essais qui lui permettaient autrefois d’identifier la limite.
À Misano, il a donc suivi une autre logique : plutôt que de demander davantage à son corps, il a demandé à la moto de l’aider à travailler moins. Et cela ne l’a manifestement pas empêché d’aller chercher les limites de la Ducati.
65 degrés : un autre record de Marc Marquez, mais pas grâce au support
Durant les qualifications, Marquez a affirmé avoir atteint 65 degrés d’inclinaison, ce qu’il présente comme un record pour une Ducati. Il serait cependant hasardeux d’attribuer cette performance au nouveau support de réservoir. Celui-ci intervient avant tout dans le maintien du corps, notamment au freinage, et non comme une amélioration permettant mécaniquement de prendre davantage d’angle.
Même prudence concernant sa victoire : Marquez n’a évidemment pas effacé 102 points de retard au championnat grâce à une pièce apparue à Misano. Mais son adoption révèle quelque chose de beaucoup plus intéressant sur sa méthode actuelle.
Jorge Lorenzo avait autrefois demandé à Ducati d’adapter la Desmosedici à son ergonomie pour parvenir à la dompter. Neuf ans plus tard, Marc Marquez ressort le même principe pour une raison presque inverse : il sait désormais que son corps ne peut plus être traité comme une pièce que l’on remplace. Alors Ducati adapte la moto à l’homme. Et l’homme, lui, continue de gagner en MotoGP.

























