Moto GP
Publié le 23 septembre 2026 • 12:00 par André Lecondé

MotoGP, Pernat sans pitié : « Aprilia a donné une raclée à Ducati sur son propre terrain ! »

Pour Pernat, la défaite Ducati à Spielberg est majeure : sur son territoire, trois Aprilia et la KTM d’Acosta ont devancé la première GP26.

Pernat

Ducati pouvait encore expliquer certaines défaites par les caractéristiques particulières d’un circuit. Mais lorsque la Desmosedici est battue au Red Bull Ring, Carlo Pernat estime que l’alerte change de dimension. Spielberg constituait depuis des années l’un des territoires les plus favorables à la moto de Borgo Panigale. Dimanche, Pedro Acosta y a gagné avec KTM, trois Aprilia ont terminé devant Marc Marquez et aucune Ducati n’a atteint le podium. Pour l’Italien, ce n’est plus seulement une contre-performance : le rapport de forces technique du MotoGP est en train de changer.

Il existe des circuits où perdre fait davantage réfléchir que sur d’autres. Pour Ducati, Spielberg appartient incontestablement à cette catégorie. Le Red Bull Ring, ses violentes accélérations et ses freinages successifs correspondaient depuis des années aux qualités fondamentales de la Desmosedici. Ducati y avait installé une forme de domination. Puis est arrivé le Grand Prix d’Autriche 2026.

Pernat : « Il semblait impossible d’envahir leur maison »

Carlo Pernat mesure précisément la contre-performance à l’aune de cette histoire. « Spielberg a toujours été le territoire de Ducati, leur terrain de jeu stop-and-go. Il semblait impossible d’envahir leur maison. »

Or dimanche, la première Ducati n’était pas première. Ni deuxième. Ni troisième. Ni même quatrième. Marc Marquez a terminé cinquième derrière Pedro Acosta et trois Aprilia pilotées par Jorge Martin, Marco Bezzecchi et Ai Ogura.

Pernat résume brutalement sur GPOne son impression : « Aprilia est arrivée et a donné à Ducati une véritable raclée là où cela comptait. » Le terme appartient à Pernat. Les résultats, eux, sont suffisamment éloquents.

Le problème n’est plus seulement de perdre contre Aprilia

C’est même probablement ce qui rend Spielberg plus préoccupant que certaines défaites précédentes. Aprilia est devenue une rivale technique suffisamment sérieuse pour que Ducati reconnaisse elle-même sa progression.

Davide Tardozzi a admis après la course que Noale réussissait désormais à placer plusieurs motos devant, comme Ducati le faisait auparavant. Mais en Autriche, Ducati n’a pas seulement été battue par Aprilia. Elle a aussi été battue par une KTM. Acosta a gagné sur une RC16 que Jorge Lorenzo vient justement de décrire comme une moto qui « n’est pas censée gagner ».

Marc Marquez ne suffit plus à masquer la tendance

Jusqu’ici, Ducati pouvait également compter sur Marquez pour repousser certaines conclusions. Une semaine auparavant à Misano, l’Espagnol avait encore gagné. Mais même lui n’a rien pu sauver en Autriche. Certes, Marc a souffert d’un problème de freins pendant le Grand Prix.

Mais l’ensemble des résultats Ducati interdit de réduire la défaite à cet incident. Bagnaia termine septième, Aldeguer huitième et Di Giannantonio neuvième. Autrement dit, les quatre premières places échappent à toutes les Desmosedici. C’est un problème collectif davantage qu’une mauvaise course de Marquez.

Pernat craint surtout ce qui arrive maintenant

Le calendrier ajoute une difficulté. Le MotoGP quitte l’Europe pour sa séquence asiatique et les possibilités de réaction deviennent plus complexes. Pernat estime que Ducati disposera de moins de latitude logistique pour introduire des évolutions importantes.

Le moteur est par ailleurs soumis aux contraintes réglementaires qui limitent les transformations profondes. Ducati doit donc essentiellement comprendre et optimiser ce qu’elle possède déjà.

C’est exactement ce que Gigi Dall’Igna et son équipe vont désormais devoir déterminer : Spielberg était-il une combinaison exceptionnellement défavorable à la GP26, ou la manifestation la plus spectaculaire d’un problème devenu structurel ?

Car perdre en Autriche n’est pas une défaite comme les autres

Un circuit ne suffit évidemment pas à renverser définitivement une hiérarchie technique. Misano, sept jours auparavant, en apporte la meilleure démonstration. Mais Spielberg retire à Ducati un argument confortable. La marque ne vient pas de perdre sur un terrain historiquement hostile. Elle vient d’être battue sur l’un des circuits qui étaient censés exposer les qualités de sa moto. Et Pernat considère que c’est précisément ce qui doit inquiéter Borgo Panigale.

Ducati peut encore gagner avec Marc Marquez. Elle peut encore revenir devant Aprilia dès le prochain Grand Prix. Mais Spielberg pose désormais une question beaucoup plus embarrassante : si la Desmosedici ne possède même plus l’avantage sur son ancien terrain de prédilection, où peut-elle encore considérer sa supériorité technique comme acquise ? En Autriche, Ducati n’a peut-être pas seulement perdu une course. Elle a perdu l’une de ses certitudes.