Moto GP
Publié le 10 septembre 2026 • 17:00 par André Lecondé

MotoGP – Francesco Bagnaia avait calmé ses critiques après avoir irrité Ducati, mais à Aragon, le verrou a sauté

Francesco Bagnaia n’est plus le même. Et chez Ducati, ça commence à se voir… y compris dans la façon dont il parle.

Bagnaia

Les relations entre Francesco Bagnaia et Ducati ont-elles été plus tendues qu’elles ne le paraissaient ? Une déclaration de Davide Tardozzi apporte aujourd’hui un éclairage intéressant sur la communication du double champion du monde. Certaines de ses critiques formulées en 2025 auraient été mal accueillies par Mauro Grassilli, directeur sportif de Ducati Corse. Bagnaia aurait ensuite sensiblement adouci son discours. Jusqu’à ce que la frustration reprenne le dessus à Aragon.

La saison 2026 de Francesco Bagnaia ressemble de plus en plus à l’épilogue douloureux d’une histoire qui avait pourtant conduit Ducati au sommet du MotoGP. Alors que son départ pour Aprilia en 2027 est désormais acté et que Pedro Acosta prendra sa place aux côtés de Marc Marquez, l’Italien continue de chercher une solution à des difficultés apparues depuis maintenant près de dix-huit mois.

Mais derrière les problèmes techniques et sportifs apparaît également une question plus politique : jusqu’où Bagnaia peut-il publiquement critiquer Ducati ? Une déclaration de Davide Tardozzi permet aujourd’hui de mieux comprendre certaines évolutions dans le discours du numéro 63.

Bagnaia avait irrité Mauro Grassilli

Interrogé par La Gazzetta dello Sport, le team manager Ducati a reconnu que certaines déclarations de son pilote durant la saison 2025 avaient été particulièrement mal accueillies à Borgo Panigale. « Mauro Grassilli a mal pris certaines déclarations de Pecco en 2025 », explique Tardozzi.

Grassilli n’est pas un personnage secondaire dans l’organisation Ducati. Directeur sportif de Ducati Corse, il occupe une position centrale dans la gestion du programme MotoGP. Selon les informations rapportées autour de cet épisode, la réaction du dirigeant aurait conduit Bagnaia à modérer ensuite ses critiques publiques. Un détail qui prend une autre dimension lorsqu’on se souvient du climat entourant sa saison 2025.

Motegi avait alimenté tous les soupçons

Le Grand Prix du Japon avait constitué l’un des épisodes les plus étranges de cette période. Bagnaia avait soudainement retrouvé à Motegi un niveau de performance qui semblait avoir disparu. Son week-end parfait avait alors déclenché toutes sortes de spéculations concernant la configuration de sa Desmosedici, certains allant jusqu’à suggérer qu’elle se rapprochait davantage de la GP24 que de la GP25.

Dans le même temps se développait l’idée que l’orientation technique de Ducati répondait désormais davantage aux besoins de Marc Marquez. Aucune de ces spéculations ne suffisait évidemment à établir que Ducati favorisait volontairement un pilote. Mais elles illustraient le climat qui s’était installé autour de Bagnaia.

Et la suite avait été terrible : après cette embellie japonaise, il n’avait marqué aucun point lors des cinq manches suivantes. C’est dans ce contexte que certaines de ses déclarations avaient manifestement dépassé ce que Grassilli considérait comme acceptable.

Bagnaia

À Aragon, la retenue a disparu chez Bagnaia

Depuis, Bagnaia s’était montré plus mesuré lorsqu’il évoquait publiquement les responsabilités de Ducati. Mais Aragon semble avoir fait voler cette prudence en éclats. Pour un deuxième week-end consécutif, l’ancien champion du monde est reparti sans inscrire le moindre point. Son attitude dans le garage avait déjà témoigné de son désarroi : après avoir manqué l’accès direct à la Q2 vendredi, Bagnaia avait quitté son box presque immédiatement, sans véritable échange visible avec ses techniciens.

Après son abandon dimanche, les mots sont devenus beaucoup plus forts. Bagnaia a qualifié sa situation d’« humiliante et mortifiante ». Cette fois, il ne s’agit plus simplement de constater qu’une moto ne correspond pas à ses attentes. Le vocabulaire employé traduit l’ampleur d’une impasse qui semble désormais toucher autant le pilote que sa relation avec son environnement.

Et Pedro Acosta attend déjà son tour

Le contexte rend forcément la situation encore plus délicate. Pendant que Bagnaia vivait l’un de ses week-ends les plus pénibles, Pedro Acosta se battait aux avant-postes avec la KTM. Le futur pilote Ducati a encore impressionné ceux qui deviendront ses employeurs en 2027.

Davide Tardozzi n’a d’ailleurs pas caché son enthousiasme à propos de l’Espagnol, présenté comme une « valeur sûre » pour l’avenir de Ducati.Voilà donc Bagnaia confronté à une situation singulière : il doit terminer sa dernière saison avec une équipe qu’il a conduite à deux titres mondiaux, tandis que celle-ci prépare ouvertement l’avenir avec son successeur.

L’épisode révélé par Tardozzi permet surtout de relire les derniers mois sous un angle différent. Si Bagnaia avait appris en 2025 que certaines critiques pouvaient provoquer une réaction au sommet de Ducati, Aragon suggère que sa frustration est désormais devenue suffisamment forte pour qu’il ne cherche plus autant à la contenir.

Et à quelques mois de la séparation définitive, c’est peut-être désormais cette parole libérée qu’il faudra surveiller autant que ses chronos.

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