Moto GP
Publié le 19 avril 2026 • 13:00 par André Lecondé

MotoGP – Marco Bezzecchi : « J’ai mené 121 tours d’affilée… et je rénove ma maison moi-même pour y mettre la RS-GP ! »

Marco Bezzecchi survole le Championnat du Monde. Pourtant, il reste un homme simple, attaché à ses racines et à son travail manuel.

Brésil

Pendant que le MotoGP s’emballe autour des transferts, des contrats et des équilibres politiques, Marco Bezzecchi fait exactement l’inverse : il rentre chez lui… et il bosse. Pas sur des datas, pas sur des simulateurs, mais sur sa maison. Littéralement.

C’est là que Mario Salvini est allé le chercher pour La Gazzetta dello Sport. Et ce qu’il découvre n’a rien d’un leader classique. Bez ne joue pas au champion, il vit comme si rien n’avait changé. Ou plutôt, comme si tout devait rester sous contrôle.

« Je le fais petit à petit parce que je dois tout faire moi-même, ça m’énerve… que les autres fassent les travaux  à ma place. »

Ce n’est pas une posture. C’est une manière d’être. Et dans le contexte actuel, ça devient presque une anomalie.

Car sur la piste, les chiffres racontent une autre histoire. Trois victoires le dimanche en 2026, les deux dernières en 2025, et surtout cette série hallucinante de 121 tours consécutifs en tête. Un record. Une domination. Et pourtant, aucune emphase.

« Incroyable, hein ? Je ne m’en suis rendu compte que lorsque tout le monde en a parlé… »

Ce décalage est fascinant. On parle d’un pilote qui écrase le championnat… et qui découvre son propre exploit après coup. Comme s’il roulait sans regarder derrière, sans mesurer, sans calculer. Juste en avançant.

La question devient alors inévitable : qui domine réellement, la moto ou le pilote ? La réponse de Bezzecchi évite soigneusement le piège de l’ego. « Les gars ont vraiment tout donné… Moi aussi. »

Marco Bezzecchi

Marco Bezzecchi : « la moto, c’est tellement amusant… je ne peux pas considérer ça comme un simple travail »

Mais derrière cette modestie, il y a une réalité plus dérangeante pour ses rivaux : il a changé de dimension. Pas seulement grâce à l’Aprilia RS-GP, mais dans sa manière d’aborder la compétition. Il le dit lui-même, presque comme une confession :

« Chaque vendredi matin, en arrivant sur le circuit, c’est un peu l’inconnu. On arrive toujours un peu nerveux. »

Ce “nerveux” est clé. Là où d’autres cherchent à tout verrouiller, lui accepte l’incertitude. Il vit avec. Et il s’en nourrit. C’est exactement ce qui rend ce début de saison si difficile à lire pour ses adversaires : Bezzecchi ne fonctionne pas comme eux.

L’entretien bascule ensuite ailleurs, loin du paddock. Dans l’atelier de son père. Et là, tout s’éclaire.

« Mon père ne voulait pas que je dorme jusqu’à midi. » Alors il travaille. Entrepôt, camions, mécanique. Il apprend. Il se trompe.

« J’ai renversé environ 20 kg d’huile usagée sur moi… j’étais tout noir comme ces pauvres oiseaux qu’on voit dans les documentaires. »

Ce genre de phrase, personne ne la fabrique. Elle explique tout. Elle explique pourquoi, aujourd’hui, il garde cette distance avec le statut, avec l’image, avec le rôle qu’on veut lui faire jouer.

Et surtout, elle mène à cette conclusion, presque brutale dans sa simplicité : « la moto, c’est tellement amusant… je ne peux pas considérer ça comme un simple travail. »

C’est peut-être là que le danger devient réel pour les autres. Parce que tant que certains gèrent leur carrière, leur pression, leur avenir, l’officiel Aprilia s’amuse. Et un pilote qui s’amuse, au plus haut niveau, finit rarement par ralentir.

Ce qui se joue actuellement dépasse la simple hiérarchie du championnat. On est peut-être en train d’assister à l’émergence d’un profil que le MotoGP moderne ne contrôle plus vraiment : un pilote qui gagne sans en faire un système, qui domine sans le revendiquer, et qui reste ancré dans une réalité que beaucoup ont quittée depuis longtemps.

Et dans ce sport, c’est souvent ce type-là qui devient le plus difficile à arrêter. Marco Bezzecchi incarne parfaitement le pilote moderne : un athlète ultra-performant et recordman sur la piste, mais un artisan passionné et indépendant une fois le casque retiré. Entre son Rubik’s Cube et sa truelle, le leader du championnat construit son succès, brique par brique.

MotoGP 2026. Marco Bezzecchi : « Une fois, je me suis aspergé de 20 kg d'huile usagée, je ressemblais à un de ces pauvres oiseaux qu'on voit dans les documentaires. »