Moto GP
Publié le 27 mai 2026 • 13:00 par André Lecondé

MotoGP – Oscar Haro charge sans filtre : Michelin, les visières jetables et les « problèmes évitables » qui mettent les pilotes en danger

Le chaos du Grand Prix de Catalogne continue de faire couler beaucoup d'encre. Oscar Haro dissèque les causes réelles de cette débâcle.

Oscar Haro

Le chaos du Grand Prix de Catalogne continue de faire couler beaucoup d’encre. Oscar Haro, figure respectée du paddock, a choisi de sortir du silence sur la chaîne de Nico Abad pour disséquer les causes réelles de cette débâcle. Loin des débats sur le tracé du circuit, il pointe du doigt des problèmes structurels et technologiques qui, selon lui, mettent inutilement les pilotes en danger.

Le rendez-vous de Barcelone continue de secouer le paddock MotoGP… mais pour Oscar Haro, le vrai responsable n’est pas celui que beaucoup désignent instinctivement. Et son analyse risque de faire énormément de bruit.

Invité sur la chaîne YouTube de Nico Abad, l’ancien responsable sportif a démonté point par point les événements de Montmelò, en ciblant directement deux éléments qu’il considère comme des dangers majeurs : les pneus Michelin… et les visières jetables utilisées par les pilotes.

Le plus intéressant, c’est que Haro refuse totalement de faire du circuit catalan le principal coupable. « Je trouve que Montmelò est un circuit fantastique. »

Avant d’ajouter : « Ils ont fait des progrès considérables pour améliorer le confort et l’accessibilité. » Selon lui, le vrai problème vient plutôt des caractéristiques naturelles du tracé : « C’est un circuit avec très peu d’adhérence. »

Mais pour Haro, cela fait partie intégrante du défi MotoGP moderne. L’Espagnol reconnaît tout de même un point critique : la zone du départ. « Je changerais la ligne de départ. Je la rapprocherais du premier virage, car on l’aborde très vite. »

Selon lui, cette énorme zone de freinage crée systématiquement des situations dangereuses lors des premiers tours.

Mais Haro insiste aussi sur une idée importante : « Quand un incident s’est produit, il est très facile de dire ce qu’on aurait fait ou pas. » Autrement dit : la vraie question dépasse largement l’organisation du circuit.

Oscar Haro : « C’est un problème profondément enraciné chez Michelin »

Et c’est là qu’il commence à viser Michelin. Très clairement « C’est un problème profondément enraciné chez Michelin. » Une accusation extrêmement lourde dans le contexte actuel.

Haro estime que le manufacturier français s’est totalement trompé sur le choix des gommes pour les conditions climatiques rencontrées à Barcelone. « Ils ont estimé que le composé qu’ils ont fourni n’était pas adapté à des conditions climatiques aussi froides. »

Résultat selon lui : « Il était impossible d’arrêter les motos. » Une phrase qui résume parfaitement ce qu’ont ressenti beaucoup de pilotes durant le week-end.

Le manque d’adhérence était visible partout. Les chronos eux-mêmes racontaient le problème : Haro rappelle que la course était environ 1,5 seconde plus lente que les éditions précédentes.

Et surtout, il établit un lien direct entre cette perte de grip et les nombreuses chutes observées.

« Les chutes que nous avons vues… sont très typiques de Barcelone, causées par un usage excessif du frein avant. » Puis vient sa conclusion : « Il y avait un problème d’adhérence. »

Mais le passage le plus polémique concerne un danger dont presque personne ne parle : les tear-offs, ces films plastiques que les pilotes arrachent de leurs visières pendant les courses.

Pour Haro, le système actuel est devenu totalement absurde. « Elles devraient être interdites. » Avant de nuancer immédiatement : « Mais pas seulement interdites et retirées, car les pilotes en ont besoin. »

L’ancien dirigeant réclame donc une évolution technologique des casques. Pourquoi ? Parce que ces petits morceaux de plastique peuvent devenir catastrophiques lorsqu’ils sont aspirés dans les motos. Et selon lui, c’est précisément ce qui serait arrivé à Pedro Acosta.

« Si ce morceau de film protecteur se retrouve dans une prise d’air, ce qui est arrivé à Pedro se produit : la moto s’arrête instantanément. » Puis Haro décrit le danger réel : « Il n’y a plus d’admission d’air, le moteur cale et nous mettons en danger la vie des motards qui nous suivent. »

Dans un MotoGP où les motos dépassent désormais les 360 km/h, ce type de panne soudaine devient potentiellement dramatique.

Et Haro estime que le paddock ne fait pas assez pour anticiper ces risques. « Un système doit être mis en place dans les casques, mais en 2026, nous utiliserons encore des visières qui finissent par être jetées sur l’asphalte. Nous devons anticiper les problèmes au lieu de réagir après coup. »

Enfin, l’Espagnol a aussi pointé du doigt les difficultés électroniques observées sur certaines KTM avant les départs. Là encore, il se montre extrêmement critique. « Ce n’est pas normal d’arrêter un pilote et de le faire repartir comme cela. »

Il compare notamment la gestion de crise actuelle à celle de Honda et Yamaha : « Chez Honda et Yamaha, ils sont très radicaux : en cas de problème moteur, l’ingénieur en chef arrête tout. »

Car selon Oscar Haro, avec les MotoGP modernes ultra-électroniques, le moindre incident peut désormais provoquer une réaction en chaîne immédiate : « Dès qu’ un voyant d’alerte s’allume et la moto s’arrête une “réunion de crise” est déclenchée » Et sa conclusion est sans appel : « C’est extrêmement dangereux. »

Au fond, son intervention révèle surtout une chose : Barcelone n’a pas seulement été un week-end chaotique. C’était peut-être un avertissement grandeur nature sur les limites techniques et sécuritaires du MotoGP moderne. Son analyse met en lumière une réalité inconfortable : alors que le MotoGP atteint des sommets technologiques en termes de performance pure, certains aspects de la sécurité — comme la gestion des débris sur la piste ou les protocoles de départ — semblent stagner, voire régresser.

Le message d’Haro est clair : le spectacle ne doit pas se faire au détriment de la sécurité fondamentale des pilotes. Les instances dirigeantes devront-elles revoir l’homologation des équipements et les protocoles de départ avant qu’un incident plus grave ne survienne ?