Après avoir passé près de deux ans à parler de survie, KTM peut de nouveau parler d’avenir. Pit Beirer, patron de la compétition du constructeur autrichien, assure que le redressement industriel engagé après la crise historique de 2024 commence désormais à produire des résultats concrets. Les ventes repartent, les embauches peuvent reprendre et le MotoGP redevient une priorité. Avec un objectif immédiat : retrouver des résultats. Et un autre, plus lointain : participer avec Liberty Media à la transformation du championnat sans sacrifier son identité.
Lorsqu’on interroge Pit Beirer sur KTM, il refuse désormais de séparer l’entreprise de son programme sportif. La raison est simple : sans constructeur en bonne santé, il n’existe pas de programme MotoGP viable. « KTM a traversé une crise sans précédent en 2024 », rappelle-t-il auprès de GPOne. Une période durant laquelle l’avenir même des activités sportives du groupe a pu être interrogé. Mais le discours a changé.
Pit Beirer : « L’entreprise est de nouveau dans une dynamique positive »
Beirer attribue notamment cette évolution à Gottfried Neumeister, arrivé aux commandes durant cette période particulièrement délicate. « Aujourd’hui, nous pouvons analyser les ventes du premier semestre et constater que l’entreprise est de nouveau dans une dynamique positive. Nous pouvons recommencer à embaucher. »
Pour un homme qui rappelle avoir consacré plus de vingt années à KTM, le symbole est considérable. Le MotoGP n’était finalement qu’une partie du problème. « Sans une entreprise florissante, cette fonction serait inutile ; nous devons savoir hiérarchiser les priorités », reconnaît Beirer. La première urgence consistait donc à remettre KTM sur ses rails. Maintenant que cette phase semble porter ses fruits, la compétition peut revenir au premier plan.
KTM sait que le MotoGP reste son juge de paix
Car malgré ses succès dans d’autres disciplines, Beirer ne cherche pas à masquer la situation. Les résultats MotoGP ne sont pas suffisants. « Nous ne sommes pas satisfaits des résultats obtenus jusqu’à présent. Nous aimerions faire mieux. »
Une reconnaissance importante puisque KTM continue de gagner ailleurs, mais Beirer sait parfaitement quelle compétition façonne désormais l’image internationale du constructeur. « Dans les autres disciplines, nous sommes en tête, mais finalement, nous sommes jugés sur nos résultats en MotoGP, car c’est une compétition télévisuelle et médiatique. »
Le message est donc limpide : avoir traversé la crise ne suffit plus. Il faut maintenant redevenir performant.

KTM croit au MotoGP de Liberty… mais pas à une copie de la F1
Beirer se projette également beaucoup plus loin. Avec le nouvel accord engageant les constructeurs pour cinq années supplémentaires et Liberty Media désormais aux commandes de l’écosystème commercial, KTM entend participer à la prochaine transformation du MotoGP.
Mais Beirer prévient ceux qui imaginent une révolution immédiate. « Personne ne va tout changer du jour au lendemain. »
Et surtout, les recettes ayant propulsé la Formule 1 ne peuvent pas simplement être reproduites à l’identique. « On ne peut pas se reposer sur nos lauriers et penser que parce que tout a fonctionné à merveille en F1, ce sera facile. »
Beirer croit néanmoins à l’association entre l’héritage construit par Dorna et Carmelo Ezpeleta, la puissance de Liberty et l’implication des constructeurs. À une condition : ne pas perdre l’âme du MotoGP.
Pit Beirer : « Nous avons besoin de Jerez et du Mans »
Dans la recherche de nouveaux marchés, de nouveaux événements ou éventuellement de circuits urbains, le MotoGP ne doit pas abandonner ceux qui l’ont construit. « Nous devrons veiller à ne pas nous aliéner les fans actuels. Nous avons besoin de Jerez ou du Mans, ces circuits mythiques. »
Beirer ne promet donc pas une métamorphose spectaculaire pour 2027. Il raisonne sur cinq ans. Et finalement, son discours sur le MotoGP ressemble étrangement à celui qu’il tient sur KTM : conserver les fondations, réparer ce qui doit l’être et construire progressivement plutôt que chercher un miracle immédiat.
Après la tempête traversée depuis 2024, le simple fait que KTM puisse de nouveau raisonner ainsi constitue déjà un changement considérable.










