Pedro Acosta partage le constat de Jorge Lorenzo : quelque chose s’est perdu dans un MotoGP où les pilotes entretiennent désormais des relations beaucoup plus cordiales. Le futur pilote Ducati préfère garder ses adversaires à distance et estime que les grandes rivalités du passé apportaient au championnat cet « ingrédient piquant » qui lui manque aujourd’hui. Une philosophie qui promet une cohabitation intéressante avec Marc Marquez en 2027.
Le MotoGP n’a jamais compté autant de pilotes capables de se battre devant. Pourtant, il lui manquerait quelque chose : de véritables rivalités. C’est récemment le constat dressé par Jorge Lorenzo. L’ancien champion du monde regrette une époque où les affrontements sur la piste se prolongeaient parfois très largement en dehors.
Pedro Acosta est plutôt de son avis. À 22 ans, l’Espagnol appartient pourtant à une génération où les pilotes se connaissent depuis les catégories de formation, s’entraînent parfois ensemble et affichent souvent des relations cordiales. Acosta, lui, préfère maintenir une frontière.
Interrogé par Motorsport.com sur son statut de possible « mouton noir » du paddock, Acosta assume volontiers sa différence. « Peut-être. Ou peut-être suis-je simplement celui qui ne suit pas la tendance générale. » Le futur pilote officiel Ducati ne reproche pas aux autres de s’entendre. Il estime simplement difficile de construire une véritable amitié avec quelqu’un poursuivant exactement le même objectif.
« Je comprends que la plupart des pilotes soient proches les uns des autres et qu’on puisse discuter avec n’importe lequel d’entre eux, mais nous sommes tous là pour poursuivre le même rêve. »
Et lorsque ce rêve consiste à devenir champion du monde MotoGP, la concurrence finit nécessairement par prendre le dessus. « Il est très difficile d’avoir une relation sincère avec quelqu’un qui veut exactement la même chose que vous. »
Acosta emploie même une formule particulièrement forte. « Pour réaliser son rêve, ce rival serait capable de tuer n’importe qui — du moins sur le plan sportif. » Sa conclusion est donc simple : « Si je ne peux pas être sincère avec vous, je préfère prendre du recul et garder mes distances. »
« Je n’ai jamais eu d’amis dans le paddock »
Acosta va même plus loin en présentant cette distance comme un avantage lorsqu’il baisse la visière. « Je n’ai jamais eu d’amis dans le paddock, et je m’en réjouis car, de cette façon, je n’ai aucun scrupule à doubler qui que ce soit. »
Une déclaration qui tranche avec l’image d’un paddock moderne beaucoup plus apaisé que celui des décennies précédentes. Car l’histoire du championnat est remplie de rivalités qui ont largement dépassé les simples questions sportives.
Valentino Rossi et Max Biaggi ont incarné l’une des plus célèbres. Alex Criville et Mick Doohan ont également connu une relation particulièrement tendue. Puis sont arrivés Rossi et Jorge Lorenzo, ou encore Rossi et Marc Marquez.
La relation entre Lorenzo et Dani Pedrosa avait même atteint un tel niveau de tension que le roi Juan Carlos Ier d’Espagne avait organisé leur poignée de main publique à Jerez en 2008. Autant de situations qu’un MotoGP beaucoup plus policé semble avoir largement laissées derrière lui.

Pedro Acosta : « C’est peut-être l’ingrédient piquant qui manque au MotoGP »
Pedro Acosta ne demande évidemment pas aux pilotes de provoquer artificiellement des conflits. Mais il estime que l’antagonisme entre deux champions peut contribuer à fabriquer une histoire beaucoup plus forte autour de leur affrontement. « Par le passé, les grandes rivalités — Rossi-Biaggi, Criville-Doohan, Rossi-Marquez — n’étaient pas des relations faciles. » Avant cette conclusion : « C’est peut-être l’ingrédient piquant qui manque au MotoGP en ce moment. »
Le timing de cette déclaration est particulièrement intéressant. Car Acosta s’apprête justement à entrer dans un garage où tous les ingrédients nécessaires à la naissance d’une rivalité seront réunis.
Marc Marquez et Pedro Acosta : Ducati pourrait justement avoir sa rivalité en 2027
En 2027, Acosta rejoindra Marc Marquez chez Ducati. Onze années séparent les deux Espagnols. Marquez se situera dans la dernière partie de son immense carrière tandis qu’Acosta commencera véritablement la période pendant laquelle il espère construire la sienne. Et aucun des deux ne semble particulièrement disposé à accepter naturellement le rôle de numéro deux.
Acosta a déjà expliqué qu’il ne ressentait aucune pression à l’idée d’affronter Marquez dans le même garage. Mais ses nouvelles déclarations permettent de comprendre comment il envisage probablement cette relation : respecter son coéquipier ne signifie absolument pas devoir devenir son ami.
Ducati pourrait ainsi se retrouver avec deux des personnalités sportives les plus ambitieuses du plateau au moment même où le règlement 850 cc remettra une grande partie des compteurs à zéro. Il est encore beaucoup trop tôt pour annoncer une guerre entre les deux hommes.
Mais si Pedro Acosta considère réellement que la rivalité constitue l’ingrédient qui manque au MotoGP, son arrivée aux côtés de Marc Marquez pourrait lui donner dès 2027 une excellente occasion de remettre lui-même cet ingrédient au menu.










