Ducati VR46 l’a annoncé aujourd’hui, mais ce n’est une surprise pour personne. Franco Morbidelli se retirera du championnat MotoGP à la fin de l’année, sans doute pour aller chez Ducati en Superbike à la place de Nicolo Bulega. Ce dernier devrait logiquement prendre sa place en catégorie reine, mais nous en reparlerons le moment venu. Que faut-il retenir de Franco Morbidelli en MotoGP ?
Un talent gâché ?
Avant d’arriver à la partie moins agréable pour lui, je tenais quand même à revenir sur son immense talent. Tout d’abord, il ne faut jamais oublier que les pilotes qui sont en MotoGP sont assez largement les meilleurs du monde sur deux roues. Ce n’est pas le cas dans tous les autres sports mécaniques, mais en Grands Prix motos, je pense que la catégorie reine fait encore office de « pinacle de la discipline ». Il s’agit, actuellement, des 22 meilleurs pilotes sur circuit au monde, sans grande contestation. Et Franco Morbidelli est dans ce groupe, donc il l’a mérité.

Il ne faut pas oublier qu’il fut champion du monde Moto2 en 2017, et le premier pilote titré issu de la VR46 Academy. Après son arrivée en MotoGP chez MarcVDS Honda, il est passé chez Yamaha Petronas SRT, aux côtés de Fabio Quartararo. Et s’il n’a pas choqué le monde comme Fabio rookie, il a fait un exercice 2019 honnête. Ensuite, en 2020, ce fut la consécration. Beaucoup plus impactant que le champion Joan Mir, il s’est hissé à la deuxième place du classement général, loin, très loin devant son coéquipier français. Il ne faut pas oublier que personne ne s’est plus souvent imposé que lui en 2020 – trois reprises, égalité avec « El Diablo » –, alors qu’il était sur une moto satellite. Mais il n’est jamais remonté aussi haut.
Il était un pilote solide, capable de gagner, mais aussi de faire la pole. Alors, il chutait pas mal, c’est vrai, mais était une espèce de baroudeur, bon sur le sec. Un outsider respectable en somme. On avait du mal à voir en lui un champion du monde dans une saison « normale », mais tout de même, c’était assez impressionnant. Puis vint cet exercice 2021.
Alors qu’il démarrait plutôt bien, il s’est fait très mal au genou au ranch de Rossi, à l’entraînement. Puis, au Mans, il s’est de nouveau tordu l’articulation dans un essai de changement de moto, en prévision de la course flag-to-flag. Cette blessure lui a pourri la vie, et, avec le recul, sa carrière. Il a enchaîné quelques tristes courses, avant de manquer cinq manches suite à un nouveau traumatisme à Assen. Et, dans le même temps, alors qu’il était au plus mal, Maverick Vinales s’est fait virer de l’équipe d’usine, la place était vacante. Pour rejoindre Quartararo, il n’y avait pas meilleur choix que Morbidelli, mais disons que ça ne tombait pas au meilleur moment.
Suivirent deux années horribles, que j’ai qualifiées, à l’époque, de « pire prestation d’un pilote d’usine au XXIe siècle » (19e puis 13e). Honnêtement, je m’en veux un peu, pour deux raisons. Premièrement, la Yamaha n’était plus tout à fait au niveau ; en rétrospective, Morbidelli n’était pas si ridicule que ça aux côtés de Fabio Quartararo en 2023. Et, deuxièmement, Fabio et Yamaha ont eu des mots très durs à son encontre, qui m’avaient fait de la peine pour l’Italien. Il n’était pas difficile de voir que cette blessure avait laissé une trace psychologique non négligeable, et pourtant, il a quand même signé quelques prestations honorables.
Tout portait à croire qu’il devait quitter la catégorie fin 2023, mais il fut recruté par Ducati Pramac en 2024, en remplacement de Johann Zarco. Pour le coup, je maintiens mon analyse de l’époque ; ses résultats ne lui permettaient pas de prétendre légitimement à l’un des meilleurs guidons de la grille, et nul doute que sa relation privilégiée avec Valentino Rossi l’avait aidé à se vendre. Alors qu’il avait l’occasion de relancer sa carrière aux côtés d’un Jorge Martin bientôt champion du monde, il s’est de nouveau fait très mal lors d’essais hivernaux à Portimao. Mais là, de ce qu’on sait de cet accident non filmé, il n’est pas passé loin de la fin de carrière, voire pire. Une fois qu’il était remis, ses résultats étaient corrects, mais, quand le coéquipier est champion du monde dans une équipe satellite, une septième place au classement est timide.

Il fut donc récupéré par Ducati VR46 début 2025, qui, très généreusement, lui a offert un bon guidon pour deux ans. Et nous voilà au bout de ses deux ans, avec deux podiums et trois tops 3 en Sprint.
Je reviendrai après sur ses errements, mais, globalement, je pense pouvoir affirmer que Morbidelli est un talent gâché. Son plafond n’était sans doute pas aussi élevé que celui de Quartararo ou Rins, mais je crois sincèrement que nous n’avons pas vu ce qu’il pouvait faire de mieux en 2020, qu’il était capable de donner plus. Les blessures, sur le plan sportif, l’ont ruiné.
Franco Morbidelli et le comportement
Cependant, le manque de résultats n’est pas la seule raison de son départ. Depuis, allez, 2022, il multiplie les erreurs en piste : se retrouver sur la trajectoire d’un pilote plus rapide en qualifications est son activité favorite (ce qui lui avait valu une claque d’Aleix Espargaro au Qatar en 2023), et il n’hésite pas à pousser généreusement son vis-à-vis lorsqu’il se retrouve en bataille, que ce soit son coéquipier (Fabio Di Giannantonio en Hongrie l’année passée ou à Assen cette saison), ou non (Maverick Vinales au Mugello). Chaque week-end, ou presque, il est convoqué à la direction de course ou prend une amende pour non-respect des consignes. C’est usant, et c’est assez mauvais pour son image. C’est malheureux à dire, mais, de nos jours, Franco Morbidelli est tourné en dérision sur les réseaux sociaux pour ces présents agissements.
Conclusion
Morbidelli a eu toutes les opportunités de briller possibles et imaginables – et ça risque de se poursuivre l’an prochain avec le meilleur guidon en Superbike –, mais son talent s’est révélé uniquement lorsqu’on s’y attendait le moins. Cependant, il ne faut pas sous-estimer les deux énormes revers qu’il a subis. Son départ du MotoGP est logique, mais laisse tout de même un goût d’inachevé, car la promesse Morbidelli, que tant d’équipes ont cherchée, en vain, était séduisante.
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Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Photo de couverture : Michelin Motorsport









