F1
Publié le 1 août 2026 • 03:45 par Oléna Champlain

F1 – Domenicali promet la France et l’Allemagne : la F1 ressort ses classiques… à condition qu’ils paient l’entrée

Domenicali ouvre la porte au retour de la France et de l’Allemagne, mais la F1 privilégiera les projets capables de financer leur place.

Stefano Domenicali assure que la porte reste ouverte au retour des Grands Prix de France et d’Allemagne. Une déclaration séduisante pour les nostalgiques, beaucoup moins concrète lorsqu’on regarde un calendrier déjà saturé, des candidats venus de tous les continents et une Formule 1 qui ne distribue plus ses places sur la seule foi de l’histoire.

Domenicali : « Mon téléphone est toujours disponible pour organiser une course »

Le téléphone de Stefano Domenicali serait constamment sollicité par des pays désireux d’accueillir la Formule 1. Voilà une excellente nouvelle pour son opérateur téléphonique, mais pas nécessairement pour les supporters français et allemands.

Le président de la F1 a confirmé la reprise de discussions avec l’Allemagne et répété que la France pourrait retrouver une place dans le calendrier. Sur le papier, le championnat semble donc prêt à renouer avec deux de ses marchés historiques. Dans la réalité, aucun accord, aucun circuit et aucune date ne sont encore annoncés.

En Formule 1 moderne, une porte ouverte ne signifie pas forcément qu’un Grand Prix peut la franchir. Il faut encore arriver avec un promoteur, des garanties publiques, un projet rentable et une proposition financière capable de survivre à la concurrence internationale.

La France entend « allez, faisons-le »… mais cherche encore qui paiera

Domenicali a cité la France parmi les pays européens susceptibles de revenir. Il a vanté la relation de la F1 avec Canal+ et assuré que l’absence d’un Grand Prix français ne résultait pas d’un désintérêt du championnat.

« Mon téléphone est toujours disponible pour organiser une course », a-t-il déclaré, invitant implicitement les responsables français à avancer avec un véritable projet.

La précision est importante. Domenicali ne vient pas annoncer le retour du Grand Prix de France. Il explique surtout que la F1 serait disposée à écouter une offre.

La dernière édition française s’est tenue au circuit Paul-Ricard en juillet 2022. Max Verstappen l’avait remportée après l’abandon de Charles Leclerc, parti à la faute alors qu’il menait la course. Depuis, la France possède toujours des pilotes, une chaîne de télévision, des spectateurs et plusieurs circuits. Il lui manque simplement le détail apparemment indispensable : un promoteur capable de financer durablement l’événement.

Canal+ peut diffuser une course. La chaîne ne peut pas, à elle seule, construire les tribunes, organiser les transports, assumer les droits d’accueil et convaincre les autorités locales de sortir le chéquier. À moins que Domenicali envisage de disputer le Grand Prix directement dans les studios de télévision.

L’Allemagne revient dans la conversation, pas encore dans le calendrier

Le discours est légèrement plus avancé concernant l’Allemagne. Domenicali a confirmé que des contacts avaient été rétablis, tout en prenant soin de préciser qu’un retour serait envisagé « à moyen terme » et non dans l’immédiat.

Autrement dit, la F1 parle de nouveau avec l’Allemagne. Elle ne lui a toutefois pas encore envoyé son invitation.

Hockenheim a accueilli le dernier Grand Prix portant officiellement le nom de l’Allemagne en 2019. Le Nürburgring est ensuite revenu exceptionnellement en 2020 sous l’appellation de Grand Prix de l’Eifel, dans le cadre du calendrier remanié par la pandémie.

Les discussions impliquant Hockenheim se heurtent toujours à la même difficulté : les droits financiers réclamés pour organiser une course. Le circuit souhaite renforcer son attractivité grâce à de nouveaux investissements, mais aucune candidature ferme n’a encore débouché sur un contrat avec la F1.

C’est tout le paradoxe allemand. Le pays abrite Mercedes, possède une immense histoire automobile et a produit Michael Schumacher et Sebastian Vettel. Mais en Formule 1 contemporaine, un glorieux passé ne constitue pas une garantie bancaire.

Un calendrier complet et une file d’attente mondiale

Le principal problème de la France et de l’Allemagne n’est pas seulement leur financement. Il tient aussi au nombre de places disponibles.

La F1 ne souhaite pas dépasser 24 Grands Prix par saison. Or le Portugal reviendra à Portimão en 2027 et 2028, tandis que la Turquie a signé un contrat de cinq ans pour retrouver Istanbul Park à partir de 2027. Ces deux accords occupent déjà une partie des rares espaces libérés par le départ de Zandvoort et la mise en rotation de certains rendez-vous européens.

Spa-Francorchamps et Barcelone ont ainsi accepté un système de rotation. Le circuit belge figurera au calendrier en 2026, 2027, 2029 et 2031, mais laissera sa place lors de certaines saisons. Cette méthode permet à la F1 d’accueillir de nouvelles destinations sans dépasser sa limite, tout en évitant de supprimer définitivement quelques monuments historiques.

La France et l’Allemagne pourraient théoriquement entrer dans ce système. Mais cela signifierait probablement qu’un autre Grand Prix européen devrait s’effacer temporairement.

Domenicali peut donc promettre de préserver l’héritage de la discipline. Son calendrier, lui, ressemble de plus en plus à un jeu de chaises musicales dont les sièges sont facturés plusieurs dizaines de millions.

L’Afrique, l’Amérique du Sud et l’Asie veulent également leur part

Les deux pays européens ne sont pas seuls à frapper à la porte. Domenicali affirme que les négociations progressent en Afrique et que des discussions sont également menées en Amérique du Sud ainsi qu’en Extrême-Orient.

La F1 cherche depuis plusieurs années à organiser une course sur le continent africain. Elle étudie parallèlement de nouveaux marchés en Asie et en Amérique du Sud, où l’Argentine fait partie des destinations régulièrement évoquées. Aucun de ces projets n’a toutefois encore été officialisé par un contrat.

Le mot « exotique » revient souvent lorsqu’il est question de ces futures destinations. Il permet de vendre du rêve tout en évitant de parler immédiatement des droits d’organisation, des infrastructures, des transports ou de la viabilité économique.

Une plage, une grande ville et une présentation informatique spectaculaire suffisent désormais pour créer une rumeur de Grand Prix. Pour obtenir la course, il faut ensuite ajouter beaucoup d’argent.

Avant de conquérir le monde, la F1 tente déjà de sauver son calendrier 2026

Les grandes ambitions de Domenicali interviennent alors que la F1 doit encore stabiliser la fin de sa saison actuelle.

Les Grands Prix de Bahreïn et d’Arabie saoudite initialement programmés en avril ont été annulés en raison de la situation sécuritaire au Moyen-Orient. Une course doit finalement être organisée à Sepang le 4 octobre, en Malaisie, sous la bannière du Grand Prix de Bahreïn et avec le soutien financier bahreïni. Il ne s’agit donc pas d’un véritable retour à Sakhir, contrairement à ce que la formulation initiale de certains articles pouvait laisser croire

Imola n’a pas non plus été définitivement ajouté au calendrier. Le circuit italien constitue une solution de secours si les Grands Prix du Qatar et d’Abu Dhabi, prévus en fin de saison, ne peuvent pas se dérouler. Domenicali a indiqué qu’une décision serait prise vers la mi-septembre.

Voilà donc une F1 qui annonce vouloir conquérir la France, l’Allemagne, l’Afrique, l’Asie et l’Amérique du Sud, tout en ignorant encore précisément où se terminera son championnat dans quatre mois.

L’expansion mondiale peut manifestement attendre. Pour l’instant, le service calendrier travaille déjà sans pause déjeuner.

L’histoire est bienvenue, mais elle doit devenir rentable

Le retour de la France et de l’Allemagne aurait une véritable logique sportive. Ces pays disposent d’un public important, d’une culture automobile profonde et de circuits capables d’accueillir la discipline.

Mais la F1 de Liberty Media ne choisit plus ses destinations uniquement en fonction de leur héritage. Elle recherche des événements capables de produire des revenus, des tribunes pleines, une forte exposition internationale et une expérience commerciale complète.

Domenicali ne ferme donc pas la porte aux circuits traditionnels. Il leur demande simplement de se présenter avec la même puissance financière que les nouveaux candidats.

Le message adressé à la France et à l’Allemagne est finalement assez simple : la Formule 1 serait ravie de retrouver ses anciennes amours, à condition qu’elles règlent l’addition.