F1
Publié le 13 août 2026 • 02:00 par Oléna Champlain

F1 – 20 minutes, quatre titres : Marko a raflé Verstappen pendant que Mercedes réfléchissait

Helmut Marko n’a eu besoin que de 20 minutes pour convaincre les Verstappen de choisir Red Bull plutôt que Mercedes : 4 titres et 71 victoires.

Il aura fallu vingt petites minutes à Helmut Marko pour faire ce que Mercedes n’avait pas réussi à conclure malgré plusieurs rencontres : mettre Max Verstappen sur la trajectoire de la Formule 1. Toto Wolff avait le moteur, l’écurie dominante et les moyens. Red Bull avait surtout un volant immédiatement disponible. Dans ce genre de négociation, c’est parfois un détail assez pratique.

 

Mercedes discutait, Marko dégainait

En 2014, Max Verstappen n’est encore qu’un phénomène de 16 ans lancé à toute vitesse dans sa première saison de monoplace en Formule 3 européenne. Mais autour de lui, on a déjà compris que le garçon n’était pas exactement destiné à une carrière paisible au milieu du peloton.

Jos Verstappen et le manager Raymond Vermeulen discutent alors avec deux poids lourds : Mercedes et Red Bull. Toto Wolff connaît le dossier, rencontre les Verstappen et voit évidemment le potentiel. Petit problème : chez Mercedes, Lewis Hamilton et Nico Rosberg occupent les deux fauteuils de première classe. Et personne n’a vraiment envie de les faire descendre de l’avion. Wolff reconnaîtra plus tard avoir regretté de ne pas avoir pu saisir l’occasion.

Helmut Marko, lui, ne vient pas vendre un joli programme de développement accompagné d’un PowerPoint sur les perspectives à cinq ans.

À Hockenheim, il rejoint Jos Verstappen et va droit au but : il n’a qu’une vingtaine de minutes devant lui. Cela tombe bien, puisqu’il n’en aura pas besoin de davantage. Son message est limpide : il veut Max en Formule 1 dès la saison suivante. Jos accepte, mais réclame deux années afin de laisser à son fils le temps de s’adapter.

En résumé : Mercedes réfléchissait à la meilleure manière de développer Verstappen. Marko lui proposait directement une F1.

Fin de la réunion.

Et pratiquement fin du match.

Le pari que Mercedes ne pouvait pas — ou ne voulait pas — prendre

Il serait évidemment facile, douze ans plus tard, de présenter Toto Wolff comme l’homme qui aurait laissé filer le siècle par distraction. Ce serait un peu injuste.

Mercedes entrait alors dans une période de domination phénoménale avec Hamilton et Rosberg. Faire une place immédiate à un adolescent n’ayant qu’une saison de monoplace derrière lui aurait relevé du pari particulièrement musclé. Wolff a d’ailleurs expliqué que son problème n’était pas d’identifier le talent de Verstappen, mais de ne pas avoir de siège logique à lui proposer.

Seulement voilà : Helmut Marko adore précisément les paris que les autres trouvent un peu trop musclés.

Red Bull place Verstappen chez Toro Rosso en 2015. À 17 ans, il devient le plus jeune pilote à prendre le départ d’un Grand Prix de Formule 1. Et contrairement aux inquiétudes de son père, il n’aura même pas besoin de deux saisons d’apprentissage. Au bout de quatre courses seulement en 2016, Red Bull éjecte Daniil Kvyat du baquet principal et y installe Verstappen.

Méthode Red Bull : délicatesse optionnelle, chronomètre obligatoire.

Barcelone 2016 : l’adolescent confirme que Marko n’avait pas perdu la tête

Pour sa toute première course avec Red Bull, au Grand Prix d’Espagne 2016, Verstappen récupère une occasion en or après l’accrochage des deux Mercedes de Hamilton et Rosberg au premier tour.

Encore faut-il la transformer.

À seulement 18 ans et 228 jours, il résiste à Kimi Räikkönen jusqu’au drapeau à damier et s’impose avec 0,616 seconde d’avance. Il devient le plus jeune vainqueur de l’histoire de la Formule 1, record qu’il détient toujours.

Pour une décision prise en vingt minutes, le retour sur investissement commence à devenir franchement indécent.

La suite est connue : Verstappen devient champion du monde en 2021, puis recommence en 2022, 2023 et 2024. Quatre titres consécutifs, et non « de 2021 à 2023 » comme on peut parfois le lire — le calendrier possède encore quelques règles auxquelles même Verstappen ne peut déroger. Le Néerlandais a ensuite manqué un cinquième sacre en 2025 pour seulement deux points.

Après le Grand Prix de Hongrie 2026, son compteur affiche désormais 71 victoires et 131 podiums en Formule 1.

Pas mal pour un adolescent que Mercedes ne savait pas vraiment où garer.

Toto Wolff a passé des années à regarder son ancien dossier gagner

L’ironie devient encore plus savoureuse lorsque l’on sait que l’histoire entre Wolff et les Verstappen ne s’est jamais complètement arrêtée.

Le patron de Mercedes a admis avoir rencontré Jos et Max à plusieurs reprises avant leur engagement chez Red Bull et avoir regretté de ne pas avoir pu les signer. Des années plus tard, lorsque Red Bull a commencé à tanguer, le nom de Verstappen est naturellement revenu du côté de Brackley.

En 2025 encore, Wolff avait confirmé des discussions autour d’un éventuel avenir commun avant que Verstappen ne décide de rester chez Red Bull pour 2026.Autrement dit, Mercedes a passé plus d’une décennie à tourner autour d’un pilote qu’Helmut Marko avait verrouillé entre deux rendez-vous.

Il y a des négociations qui nécessitent trois cabinets d’avocats, dix visioconférences et quatorze versions du contrat.

Et puis il y a Helmut.

Douze ans plus tard, Red Bull doit pourtant recommencer à convaincre Max

L’histoire possède toutefois une dernière pointe d’ironie.

Le contrat de Verstappen court officiellement jusqu’à fin 2028, mais l’existence de clauses de sortie liées aux performances de Red Bull est largement rapportée. Et en 2026, alors que la RB22 n’a pas retrouvé la domination des grandes années, le Néerlandais refuse toujours de garantir publiquement qu’il restera jusqu’au terme de son engagement.

Des spéculations l’ont notamment envoyé vers McLaren pour 2027. Zak Brown a refroidi l’idée en rappelant que Lando Norris et Oscar Piastri étaient sous contrat et qu’il n’envisageait pas de bouleverser son duo, tandis que Mercedes semble beaucoup moins pressante depuis l’explosion d’Andrea Kimi Antonelli au sommet de la hiérarchie 2026.

Voilà peut-être le véritable héritage de cette fameuse réunion d’Hockenheim.

En vingt minutes, Helmut Marko n’avait pas seulement recruté un pilote. Il avait offert à Red Bull l’homme autour duquel l’écurie allait construire quatre titres mondiaux et l’une des périodes les plus dominantes de son histoire.

Mercedes avait davantage de temps pour réfléchir.

Red Bull avait davantage d’audace.

Et Max Verstappen avait surtout besoin d’un volant.

Sur ce coup-là, Marko n’a pas gagné de quelques dixièmes.

Il a mis douze ans à Mercedes.