F1
Publié le 18 août 2026 • 00:00 par Oléna Champlain

F1 – Mercedes a trouvé le bouton anti-panique d’Antonelli : il s’appelle Bono

Wolff crédite Bono dans la métamorphose d’Antonelli : plus calme, plus régulier et désormais leader du Mondial avec six victoires.

Kimi Antonelli avait déjà la vitesse. Mercedes devait surtout lui apprendre à ne plus vivre chaque erreur comme une catastrophe nationale. Toto Wolff estime aujourd’hui que Peter « Bono » Bonnington a joué un rôle majeur dans cette métamorphose. L’ancien ingénieur de Michael Schumacher et Lewis Hamilton a apporté calme, autorité et expérience au jeune Italien. Résultat : six victoires, 219 points et la tête du championnat. Comme quoi, chez Mercedes, le meilleur upgrade 2026 n’était peut-être pas installé sur la voiture.

Mercedes : Bono, l’homme qui a calmé Antonelli

Bono, ou l’art de faire baisser la température sans toucher aux freins

Toto Wolff ne cherche pas très loin lorsqu’on lui demande pourquoi Antonelli ressemble aujourd’hui si peu au rookie parfois tourmenté de 2025. Son regard se tourne vers Peter Bonnington.

L’ingénieur est l’interlocuteur le plus proche d’Antonelli : préparation des week-ends, analyse des séances, débriefings et évidemment échanges radio pendant la course. Wolff insiste surtout sur sa personnalité extrêmement posée. Quand les choses tournent mal, Bonnington ne panique pas. Quand tout fonctionne, il ne transforme pas non plus le garage en boîte de nuit. Cette stabilité aurait progressivement déteint sur son pilote.

Autrement dit, Mercedes disposait déjà du moteur et de la voiture. Il manquait peut-être simplement un bouton “calme-toi Kimi”. Et « Bono » semble avoir trouvé où l’installer.

Il avait déjà survécu à Schumacher et Hamilton : un adolescent italien ne pouvait pas vraiment lui faire peur

Le CV aide légèrement. Bonnington a travaillé avec Michael Schumacher lors du retour de l’Allemand chez Mercedes, puis il est devenu l’ingénieur de course de Lewis Hamilton pendant les douze saisons du Britannique avec les Flèches d’Argent. Lorsque Hamilton est parti chez Ferrari, Bono est resté à Brackley et a été associé à Antonelli dès ses débuts en Formule 1 en 2025

Pas exactement le stagiaire envoyé encadrer le nouveau.

Wolff l’avait déjà décrit au printemps comme à la fois un mentor et un patron suffisamment ferme pour Antonelli. À Miami, lorsque Toto avait envisagé d’intervenir lui-même à la radio parce que Kimi approchait dangereusement d’une pénalité pour limites de piste, Bonnington lui avait clairement fait comprendre qu’il gérait la situation.

Quand Toto Wolff est prié de ne pas toucher à la radio, c’est généralement que vous avez acquis un certain niveau de confiance dans l’entreprise.

En 2025, Antonelli avait surtout besoin d’apprendre à perdre

Car le problème de Kimi n’a jamais réellement été de savoir aller vite. Sa première saison avait offert des éclairs impressionnants, mais également une longue période européenne où les mauvais résultats avaient commencé à peser lourdement. RacingNews365 rappelle qu’il n’avait inscrit que 15 points pendant cette séquence européenne, dont 12 lors de sa quatrième place à Bakou.

Antonelli lui-même a reconnu par la suite que la frustration avait progressivement déplacé son attention : au lieu de se concentrer sur le pilotage et le processus, il cherchait désespérément le résultat final. Après Monza, une grosse réunion avec Bonnington et les ingénieurs lui avait offert ce qu’il a lui-même décrit comme le coup de pied dont il avait besoin Voilà peut-être la leçon la plus compliquée lorsqu’on arrive en F1 à 18 ans avec Mercedes derrière soi : être extrêmement talentueux ne dispense pas d’être mauvais certains dimanches. Encore faut-il réussir à ne pas emporter le mauvais dimanche jusqu’au Grand Prix suivant.

En 2026, Kimi a apparemment découvert le bouton « suivant »

C’est précisément cette différence que Wolff met aujourd’hui en avant. En 2025, les erreurs pouvaient rester longtemps dans la tête d’Antonelli. Le patron de Mercedes décrit un jeune pilote qui subissait la pression, la tristesse et avait parfois du mal à comprendre comment sortir d’une mauvaise spirale. En 2026, ce comportement a presque disparu.

Antonelli traite davantage les faits, les données et les critiques puis passe à la suite. Même lorsque Russell gagne ou lorsqu’un week-end ne tourne pas comme prévu, Wolff ne retrouve plus cette tendance à se torturer mentalement. Et lorsque la frustration ressort encore — comme au Canada dans le duel tendu avec Russell — elle apparaît désormais davantage comme une exception que comme son fonctionnement habituel. Le jeune Kimi n’a donc pas disparu. Il a simplement appris qu’une radio de F1 possède aussi un bouton pour arrêter de ruminer.

Les chiffres, eux, rendent la transformation difficile à maquiller

Après onze Grands Prix, Antonelli est leader du championnat avec 219 points. Il compte six victoires, neuf podiums et six pole positions. Et la comparaison avec George Russell devient particulièrement intéressante.

En 2025, Antonelli accusait en moyenne plus de trois dixièmes de retard sur son équipier en qualification lors de la première moitié de saison. Cette année, il est en moyenne plus de deux dixièmes devant. Il a pris l’avantage lors de sept des onze premiers week-ends étudiés

Le face-à-face interne raconte exactement la même histoire : Antonelli mène Russell 7-4 en qualifications et 7-4 en course, avec six poles et six victoires.

À ce stade, parler uniquement de « progrès » devient presque poli. C’est une inversion de hiérarchie. Et George Russell doit probablement trouver les merveilleuses qualités pédagogiques de Bono légèrement moins fascinantes que Toto Wolff.

Évidemment, Bono n’a pas fabriqué six victoires avec une clé de 12

Il serait toutefois ridicule de transformer Bonnington en magicien responsable à lui seul de l’explosion d’Antonelli.Wolff le reconnaît lui-même : il n’existe pas de formule miracle permettant d’expliquer pourquoi Kimi est devenu si différent. Le pilote a accumulé une saison complète d’expérience, Mercedes dispose d’une monoplace très compétitive et Antonelli avait déjà démontré un talent exceptionnel depuis le karting et les formules de promotion Bono ne lui a pas appris à être rapide. Il l’aide surtout à rester rapide lorsque quelque chose vient de mal se passer. Et en Formule 1, la nuance peut valoir davantage qu’un nouvel aileron. Antonelli disait déjà fin 2025 que travailler avec Bonnington constituait un privilège et que sa façon de lui parler pendant les courses pouvait réellement modifier la manière dont il gérait une situation Le compliment n’était donc pas nouveau. Les résultats, eux, le sont.

L’héritage Hamilton est encore dans le garage Mercedes

Il y a enfin une jolie ironie dans cette histoire. Lewis Hamilton a quitté Mercedes pour Ferrari. Mais l’un des hommes essentiels de ses années de domination est resté. Et c’est désormais Bonnington qui accompagne celui qui avait précisément été choisi pour occuper le baquet abandonné par Hamilton. Douze saisons passées avec Lewis, l’expérience de Schumacher auparavant, puis Antonelli. Mercedes n’a donc pas simplement confié à Kimi un ingénieur extrêmement expérimenté. Elle lui a placé à l’oreille une partie de la mémoire sportive de son époque la plus glorieuse. Pas franchement le pire professeur disponible.

Toto Wolff voulait un futur champion. Bono lui apprend surtout à se comporter comme celui qui mène déjà le championnat

La transformation d’Antonelli ne se résume finalement pas à ses six victoires. Le vrai changement se produit probablement entre deux courses. En 2025, le mauvais résultat provoquait parfois une crise intérieure. En 2026, il devient une donnée à analyser. Puis on recommence.

C’est moins spectaculaire qu’un dépassement à 320 km/h, mais probablement beaucoup plus important pour quelqu’un qui possède désormais un championnat du monde à perdre. Wolff avait confié à Bonnington un jeune pilote extrêmement rapide.

Bono lui rend aujourd’hui un leader du championnat beaucoup plus difficile à déstabiliser.

Mercedes cherchait peut-être depuis des mois l’explication de la métamorphose d’Antonelli dans les données, la nouvelle réglementation ou la voiture. Elle était aussi assise sur le muret des stands avec un casque sur les oreilles.

Et si Kimi continue ainsi, une phrase célèbre risque bientôt de changer légèrement de propriétaire :

« Kimi, it’s Bono. »

Cette fois, pour annoncer un titre.