Yamaha a pratiquement cessé de développer sa MotoGP 1000cc pour concentrer ses ressources sur la révolution technique de 2027. Une stratégie qui pouvait laisser penser que la marque d’Iwata disposait d’une longueur d’avance sur ses adversaires. Les dernières déclarations de son pilote d’essai Augusto Fernandez racontent pourtant une histoire beaucoup moins rassurante : à quelques mois du passage aux 850cc, Yamaha n’aurait toujours pas arrêté les bases de sa future machine. Pour Toprak Razgatlioglu et les autres pilotes Yamaha, le pari 2027 devient donc particulièrement indécis.
Il existait au moins une consolation à la difficile saison 2026 de Yamaha : tout cela devait servir à préparer demain. Le constructeur japonais a accepté de sacrifier une partie de ses performances actuelles en développant son architecture V4 et en transférant progressivement ses ressources vers la future 850cc.
Mais après sa wild-card au Grand Prix de Grande-Bretagne, Augusto Fernandez a livré deux informations sur Dario AS qui, mises bout à bout, interpellent. La première confirme l’abandon de la machine actuelle : « Nous avons mis fin au projet 1000cc. » La seconde est beaucoup plus surprenante : « Nous n’avons toujours pas de base pour la moto de l’année prochaine ; nous essayons de décider à quoi elle ressemblera. »
Yamaha ne cherche plus à sauver 2026
Silverstone pourrait ainsi avoir marqué la dernière apparition d’Augusto Fernandez au guidon de la 1000cc. Grâce aux concessions dont bénéficie Yamaha, le pilote d’essai pourrait théoriquement encore participer à deux Grands Prix cette saison. Mais cela ne semble plus constituer une priorité.
« Le Grand Prix de Grande-Bretagne était la dernière inconnue », explique Fernandez concernant le programme actuel. Son travail à Silverstone comportait déjà une dimension 2027 puisqu’il a essayé « certaines choses qui pourraient servir de base pour l’année prochaine ». Yamaha transforme donc désormais ses week-ends de course en laboratoire pour la prochaine génération.
Mais le problème est précisément là : il ne s’agit apparemment que de chercher encore et toujours ce qui pourrait devenir cette base…
Qu’un prototype 2027 continue d’évoluer serait évidemment parfaitement normal. Ce qui surprend davantage est que Yamaha semble encore devoir déterminer la philosophie fondamentale de sa future machine alors que plusieurs concurrents accumulent déjà les essais de leurs 850cc.
La situation est d’autant plus incompréhensible que le passage anticipé au V4 devait justement permettre à Iwata d’apprendre avant la révolution réglementaire. Yamaha aura ainsi supporté une année 2026 particulièrement difficile avec une architecture nouvelle, en partie dans l’espoir de ne pas découvrir simultanément en 2027 un V4, une cylindrée de 850cc, une aérodynamique différente et les nouveaux pneus Pirelli.
Les déclarations de Fernandez suggèrent que cet apprentissage n’a pas encore produit une moto autour de laquelle les ingénieurs puissent définitivement construire. Il reste évidemment plusieurs mois de développement. Mais pour une marque ayant aussi clairement placé ses espoirs dans 2027, le calendrier commence à devenir serré.

Et Toprak Razgatlioglu attend précisément cette révolution
Cette situation concerne particulièrement Toprak Razgatlioglu. Sa première saison chez Pramac-Yamaha n’a pas permis au triple champion WorldSBK d’exprimer tout ce qui faisait sa singularité en Superbike. Mais 2027 doit théoriquement redistribuer les cartes.
Les moteurs passeront de 1000 à 850cc, l’aérodynamique sera réduite, les dispositifs de hauteur disparaîtront et surtout Michelin laissera sa place à Pirelli. Ce dernier élément pourrait être particulièrement intéressant pour Razgatlioglu, qui connaît parfaitement les pneumatiques italiens avec lesquels il a remporté ses trois titres en WorldSBK.
Son freinage spectaculaire et sa capacité à contrôler une moto plus mobile pourraient également retrouver davantage d’importance avec la disparition de certains artifices techniques actuels. Encore faut-il que Yamaha lui fournisse la moto permettant d’en profiter.
La situation prend d’ailleurs une tournure intéressante avec une suggestion de Neil Hodgson. Face à l’importance du développement 2027, l’ancien champion du monde Superbike estime que Yamaha pourrait utiliser davantage Razgatlioglu lui-même comme pilote de développement.
L’idée n’est pas absurde. Toprak possède une expérience considérable des Pirelli et pourrait apporter un retour particulièrement pertinent au moment où tous les constructeurs MotoGP doivent apprendre à travailler avec ces pneumatiques.
Ducati semble d’ailleurs avoir parfaitement compris l’intérêt d’utiliser des compétences issues du Superbike puisque Nicolò Bulega occupe un rôle central dans le développement de sa 850cc.
Le temps presse désormais pour Yamaha
Il serait prématuré d’affirmer que Yamaha est déjà en retard. Une moto de compétition reste un projet en évolution permanente et l’absence de « base » évoquée par Fernandez peut également traduire une volonté de comparer plusieurs directions avant de figer les choix.
Mais ses propos changent malgré tout la perception du programme. Jusqu’ici, les difficultés de 2026 pouvaient être considérées comme le prix volontairement payé pour prendre de l’avance sur 2027.
Or Yamaha semble avoir effectivement abandonné le présent sans avoir encore complètement défini son futur. C’est là que réside désormais le véritable enjeu. Car après avoir accepté une saison 2026 presque entièrement consacrée à l’apprentissage, Yamaha ne pourra difficilement expliquer en 2027 qu’elle a encore besoin d’une année pour construire sa moto.










