Chez Ferrari, le plan était tellement confidentiel dimanche à Zandvoort que Lewis Hamilton lui-même n’était apparemment pas habilité à le connaître. Voilà, en substance, l’explication livrée par Frédéric Vasseur après un Grand Prix terminé aux quatrième et cinquième places, alors que le rythme des deux SF-26 semblait suffisant pour espérer mieux. Hamilton avait pourtant demandé des réponses en course. Il en a obtenu après le drapeau à damier. Le problème, c’est qu’entre-temps George Russell était déjà monté sur la troisième marche du podium.

Vasseur défend le plan, Hamilton compte les secondes.
Hamilton s’agace, Ferrari garde le coffre-fort fermé
Le premier épisode intervient lorsque Hamilton, sur une stratégie différente et avec davantage de rythme à ce moment de la course, revient derrière Charles Leclerc. Le Britannique veut passer. Ferrari tarde. Leclerc poursuit encore un tour avant de rentrer.
Hamilton lâche alors à la radio un très sarcastique : « Belle façon de perdre du temps, les gars. »
Plus tard, lorsque Ferrari maintient Hamilton en piste avec des pneus vieillissants alors que Norris et Antonelli reviennent, le septuple champion demande même s’il sert de « cobaye ».
On a connu des radios Ferrari plus détendues.
Vasseur : surtout ne pas prévenir les adversaires
Après la course, Frédéric Vasseur a livré la raison du silence.
Ferrari envisageait de laisser Hamilton aller jusqu’au bout sans nouvel arrêt si les circonstances le permettaient. Le muret ne voulait donc pas expliquer cette stratégie à la radio et risquer de révéler le plan aux équipes adverses. L’idée se défend.
En théorie.
Parce qu’en pratique, le pilote qui devait appliquer le plan se demandait publiquement ce que son équipe était en train de fabriquer. C’est là que l’explication devient délicieusement Ferrari : le secret était protégé des concurrents, mais manifestement aussi très efficacement protégé de Hamilton.
Vasseur reconnaît d’ailleurs qu’il y a eu une forme de « confusion ». Et lorsqu’un podium se joue finalement à moins d’une seconde, la petite confusion commence à prendre beaucoup de place.
Le pari Ferrari n’était pourtant pas absurde
Il serait trop facile de transformer l’épisode en catastrophe stratégique totale. Ferrari avait une vraie logique. À ce moment-là, l’équipe pensait pouvoir prolonger le relais d’Hamilton jusqu’à l’arrivée. Vasseur observait également qu’Antonelli rencontrait alors des difficultés derrière, ce qui rendait la position en piste particulièrement précieuse. Puis une Virtual Safety Car tardive a rebattu les cartes et permis à Hamilton de chausser des pneus frais. Le Français insiste également sur le caractère très difficile à lire des écarts entre les gommes à Zandvoort, les performances entre tendres et médiums s’étant révélées beaucoup plus proches que prévu
Donc non, Ferrari n’a pas lancé une pièce en l’air. Mais elle a encore réussi à donner cette impression à son pilote. Et c’est presque plus gênant.
Car devant, Mercedes a fait exactement ce qu’Hamilton réclamait
C’est surtout la comparaison avec Mercedes qui rend l’histoire douloureuse. En fin de course, Kimi Antonelli disposait de pneus plus frais derrière George Russell. Mercedes a pris sa décision. Russell s’est écarté. Antonelli est parti chasser Norris. Terminé.
Hamilton l’a évidemment remarqué. Après la course, il a expliqué que chez Mercedes « l’appel est fait et ils l’exécutent »
Le petit problème pour Vasseur ?
Mercedes a finalement placé Antonelli deuxième et Russell troisième.
Ferrari ? Hamilton quatrième. Leclerc cinquième. Pour défendre la lenteur décisionnelle, il aurait été préférable que l’exemple d’en face fonctionne un peu moins bien.
Et Hamilton termine à moins d’une seconde de Russell
C’est le chiffre qui transforme le débat technique en vraie question. Hamilton est arrivé à moins d’une seconde de Russell. Le Britannique estime que le temps abandonné derrière Leclerc plus tôt dans la course lui a imposé un retard supplémentaire qu’il n’a ensuite jamais complètement pu récupérer. Il ne prétend pas qu’il aurait automatiquement décroché le podium. La Mercedes possédait notamment un avantage conséquent en ligne droite, Hamilton estimant Ferrari encore déficitaire d’environ quatre dixièmes par tour sur cet aspect à Zandvoort. Mais lorsqu’on manque P3 de moins d’une seconde, chaque seconde abandonnée auparavant devient naturellement assez difficile à regarder. Surtout au ralenti.
Vasseur pointe plutôt le samedi
Sur ce point, le patron de Ferrari défend une autre lecture.
À ses yeux, la véritable occasion perdue ne se situe pas forcément dans les décisions du dimanche mais plutôt dans les qualifications. Ferrari disposait d’un excellent rythme de course. Andrea Stella lui-même considérait la Scuderia comme potentiellement la référence sur les longs relais durant le week-end. Mais Hamilton et Leclerc ne s’étaient élancés que cinquième et sixième sur une piste où dépasser reste compliqué.
Vasseur avait d’ailleurs souligné dès samedi que Ferrari avait conservé un train de pneus tendres neufs, offrant davantage de possibilités stratégiques pour la course. Sur le fond, son diagnostic tient donc debout :
Ferrari avait probablement la vitesse pour faire mieux, mais pas la position en piste pour l’exploiter facilement.
Seulement voilà.
Quand la qualification vous met dans une situation compliquée, la stratégie du dimanche est précisément censée vous aider à en sortir. Pas ajouter quelques secondes de débat.
« Après la course, c’est toujours facile »… justement
Vasseur a aussi rappelé une vérité universelle de la Formule 1 : analyser une décision une fois le résultat connu est infiniment plus simple que la prendre à 300 km/h.
Il reconnaît néanmoins que Ferrari n’a pas exécuté la course parfaitement, entre la position perdue par Leclerc, les hésitations autour des arrêts et l’incompréhension avec Hamilton. Et c’est peut-être finalement le vrai sujet. Personne ne demande à Ferrari de prédire chaque Virtual Safety Car. Personne ne demande au muret de connaître l’avenir. Hamilton réclame surtout quelque chose de beaucoup plus banal :
quand une décision devient évidente, qu’elle soit prise vite. C’est précisément ce qu’il a vu Mercedes faire quelques mètres devant lui.
Ferrari progresse… mais les vieux démons coûtent toujours cher
La frustration est d’autant plus grande que la SF-26 était réellement compétitive. Hamilton a salué les évolutions amenées aux Pays-Bas et estime Ferrari désormais plus proche des références, même si le déficit moteur face à Mercedes reste problématique. Et la situation au championnat n’autorise plus beaucoup de cadeaux.
Hamilton est désormais à égalité de points avec Russell et à 59 points du leader Antonelli, avec onze manches encore à disputer. Chaque P3 transformée en P4 compte. Chaque seconde aussi. C’est probablement pour cela que son irritation de Zandvoort dépasse largement une simple querelle radio.
Et maintenant Monza : moins de secrets, plus de résultats ?
La suite ne pouvait pas être mieux choisie. Monza. Ferrari à domicile. Des tifosi. Une pression gigantesque.
Et, petit cadeau supplémentaire, Antonelli y subira au minimum dix places de pénalité sur la grille après le changement programmé de son moteur Mercedes. Une opportunité supplémentaire pour Ferrari. À condition évidemment de l’exploiter. Vasseur peut défendre le plan de Zandvoort : il avait une logique et les circonstances l’ont partiellement contrarié.
Mais Hamilton a lui aussi un argument terriblement simple.
Mercedes a décidé. Mercedes a exécuté. Mercedes a fini deuxième et troisième. Ferrari avait un secret.
Et elle a fini quatrième et cinquième.
À Maranello, il serait peut-être temps que la stratégie soit moins mystérieuse et le résultat davantage évident.










