Moto GP
Publié le 25 août 2026 • 20:30 par Nicolas Pascual

Parlons MotoGP : L’heure de la dernière chance a sonné pour Enea Bastianini

Enea Bastianini prolongera son aventure en MotoGP avec Trackhouse Racing, l’une des équipes du moment. Qu’en penser ?

Enea Bastianini MotoGP

C’est officiel depuis hier : Enea Bastianini sera pilote Aprilia Trackhouse l’année prochaine en MotoGP. C’est un mouvement important sur la grille, car j’ai l’impression que beaucoup ont oublié la promesse qu’il incarnait en 2022. Cependant, des raisons expliquent cela. Analyse.

 

Enea Bastianini, une force en MotoGP ?

 

Le titre de cet article est explicite. Oui, je pense que cette opportunité est en fait la dernière chance d’Enea Bastianini en MotoGP. Pour comprendre, il faut remonter le temps, à l’époque où il était une force du championnat. Après avoir remporté le titre Moto2 en 2020, il est monté en MotoGP chez Ducati Avintia, quand la formation VR46 n’existait pas encore en catégorie reine. Il s’est révélé sur la fin de saison et a signé chez Gresini Ducati, qui venait de se séparer d’Aprilia.

 

Enea Bastianini MotoGP
Il ne faut pas sous-estimer « l’affaire » Giribuola dans sa baisse de performance. Photo : Tech3

 

Cette année 2022 fut monumentale. Il s’agit, d’après moi, de la meilleure saison d’outsider de tous les temps. Sans jamais rentrer dans la course au titre, Bastianini était un vrai poison, qui regardait Quartararo et Bagnaia dans les yeux. Sur cette moto exploitée par une équipe satellite à faibles moyens par rapport aux autres, il a triomphé à quatre reprises, et a surclassé son coéquipier Fabio Di Giannantonio. Cet exercice, c’était la promesse dont je parlais plus tôt, le plafond… qu’il n’a malheureusement plus jamais atteint.

Il fut immédiatement recruté par l’équipe d’usine Ducati pour remplacer Jack Miller aux côtés de Bagnaia. Au vu de sa forme, le choix était logique ; Jorge Martin était encore un poil fébrile. À l’époque, j’imaginais, comme beaucoup, une superteam, deux rivaux monstrueux un peu comme chez Yamaha à la fin des années 2000. Et le soufflé est vite retombé. Pendant deux ans, Bastianini a raté les rendez-vous avec l’histoire. Alors que Bagnaia arrivait dans son prime, Enea s’est blessé, c’est vrai, mais a aussi multiplié les erreurs en piste, jusqu’à être totalement perdu techniquement sur la Desmosedici. Martin lui est passé devant, et Marc Marquez, une fois chez Gresini en 2024, également.

Le truc, c’est qu’il a aussi remporté quelques courses en 2023 et 2024, mais sans jamais créer de dynamique longue. Le bilan est simple à dresser : quand Bastianini est bon, il excelle, il peut rivaliser avec les meilleurs du monde. Mais quand il n’y arrive pas, il est complètement perdu, et parfois à des positions indignes de son talent.

Bastianini fut donc remplacé par Marc Marquez ; le pire, c’est que c’était soit Marquez, soit Martin, mais jamais lui. Il a donc raté le coche, aussi, car il est passé par l’infirmerie, c’est vrai. Mais l’enseignement du paragraphe supérieur s’est malheureusement confirmé par la suite. Car après Ducati, il a réussi à retrouver un guidon chez KTM Tech3. Oui, la formation française est légendaire, mais il faut regarder la réalité en face ; c’est l’une de celles qui ont accumulé le moins de succès sur les dernières années, avec des saisons très compliquées depuis l’association avec la firme autrichienne – je pense notamment à 2022.

L’objectif était de se relancer, pour, peut-être, retrouver son niveau. Et, malheureusement, ça a encore échoué. Entre difficultés techniques et manque de rythme, « Bestia » n’a pas réussi à s’adapter à la KTM au tout début de la saison 2025. Puis, il a trouvé une solution et a pu revenir au sommet, jusqu’à trôner sur le podium en Catalogne. Mais vu que c’est Bastianini, ça n’a pas tenu. Cette année, ça continue ; il était troisième du Sprint à Austin, mais 15e au Brésil. Cette irrégularité dans la performance l’empêche de s’installer confortablement dans le top 10.

Pour toutes ces raisons, et au vu de son parcours, je pense pouvoir dire que Bastianini n’est plus une force majeure du championnat. Ça me peine de l’affirmer, mais je crois que nous avons vu ce qu’il pouvait proposer de mieux en 2022, une année où il n’était pas régulier non plus, certes, mais où on l’attendait exclusivement dans le rôle de l’outsider. Aurait-il pu, ou pourrait-il, à l’avenir, devenir un candidat régulier au titre ? Je ne crois pas. Il a eu des chances de prouver qu’il pouvait s’inscrire dans un projet, et ça ne l’a jamais fait.

 

Une aubaine

 

Enea Bastianini MotoGP
Avant sa signature chez les rouges, beaucoup m’affirmaient qu’il allait écraser Bagnaia. Photo : Michelin Motorsport

 

Vient maintenant ce guidon Trackhouse Racing. Au vu de ce que j’ai dit avant, il paraît un peu providentiel, car, sur le plan du mérite sportif, le dossier de Manuel Gonzalez le surpassait – de mon humble avis. Trackhouse est juste l’une des meilleures formations du moment, semble bien gérée, et je crois qu’elle peut « survivre » au départ de Davide Brivio l’année prochaine, même si je ne remets pas en cause l’importance de l’Italien. Trackhouse semble bien construite, même si, effectivement, on peut se demander ce qu’il adviendrait des Américains si l’Aprilia n’était pas aussi dominante.

Toujours est-il que, dans mes pronostics, je place l’Aprilia assez haute dans la hiérarchie en vue de l’année prochaineje n’ai aucune preuve, c’est un simple ressenti. L’opportunité pourrait profiter à Bastianini : sur une bonne moto, il est capable de s’illustrer plusieurs fois dans l’année, de marquer les esprits. J’y crois sincèrement, et c’est typiquement le genre de profil que doit recruter une équipe satellite vendeuse et trendy comme Trackhouse Racing. Bastianini correspond bien à l’image que Justin Marks veut donner, si je puis dire.

A priori, les deux camps sont gagnants, en attendant de connaître les détails et surtout de voir à quel point ils regretteront Ogura. En revanche, si Bastianini n’y arrive pas non plus sur Aprilia, ça sera très difficile pour lui de rebondir par la suite. La dernière fois qu’il a réellement impacté le sport remonte à 2022. Si l’on arrive à la fin de la saison 2028 et qu’Enea, à 31 ans, ne s’est toujours pas installé parmi les meilleurs outsiders du sport, cette période de disette sera probablement fatale à sa carrière en catégorie reine.

Que pensez-vous de la trajectoire d’Enea Bastianini en MotoGP ? Dites-le-moi en commentaires !

Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

 

Trackhouse devra se préparer à vivre des périodes décevantes… longues, parfois, de plusieurs mois. Photo : Tech3

 

Photo de couverture : Tech3