Un scandale se profile en MotoGP. Il y a une semaine environ, la radio locale FiveAA, basée à Adélaïde, a révélé des documents confidentiels concernant la tenue du Grand Prix d’Australie 2027 dans les rues de la ville. Si l’on en croit cette source, pour répondre aux obligations de la FIM, le projet local devrait abattre pas moins de 400 arbres (contre 45 annoncés), ce qui a fait naître un mouvement de protestation majeur dans la cité. L’heure est grave.
D’après moi, le nouvellement formé MotoGP Sports Entertainment Group doit prendre la parole, tout comme la FIM. Il n’est pas trop tard, mais cette situation ne peut plus durer, il faut modifier les plans. Non, le MotoGP ne mérite pas l’abattage de 400 arbres.
Les origines de la révolte
Pour ceux qui ne sont pas au courant, le circuit d’Adélaïde existe déjà. Ouvert en octobre 1985 pour accueillir la Formule 1, il se tient aux environs et en partie dans le parc Victoria, ou plutôt, dans le Pakapakanthi – sa véritable appellation en kaurna. Adélaïde est une ville verte, qui tient beaucoup à ses espaces dédiés à la nature. D’ailleurs, de nombreuses initiatives sont fréquemment prises afin de renforcer cet aspect, comme la construction d’une zone humide dans le parc en 2022.

Alors, me direz-vous : comment un Grand Prix de F1 a pu y être organisé dans les années 1980 ? Eh bien, Bob Barnard, le dessinateur du circuit – et d’ailleurs très sceptique quant à la présence du MotoGP dans les rues de la ville – devait composer avec une règle stricte : interdiction de couper le moindre arbre. Quand le GP s’est déplacé à Melbourne, dans l’Albert Park, des arbres ont dû être abattus et la foule s’est révoltée.
Nous voilà donc dans le même scénario. Ces dernières semaines, des milliers de manifestants partisans de l’adage « stop the chop » (en français, « arrêtez de couper ») ont investi le parc Victoria, et ont créé une pétition qui cumule, aujourd’hui, plus de 50 000 signataires. Ceci a poussé les pouvoirs publics à prendre l’affaire en main, et nous attendons encore aujourd’hui les conclusions.
Un scandale que doit éviter le MotoGP
D’après moi, il est essentiel que le MotoGP SEG, désormais solidement tenu par Ezpeleta père et fils, prenne la parole. Il faut communiquer sur ce scandale naissant, en précisant que le parc Victoria sera respecté, et qu’aucun arbre ne sera abattu. Comme dit plus haut, le MotoGP ne mérite pas qu’un tel patrimoine – renseignez-vous sur l’histoire du Pakapakanthi, c’est assez intéressant – soit altéré à cause d’une course désirée par absolument personne, par-dessus le marché.
Je n’ai encore jamais parlé d’écologie dans cette rubrique, alors c’est le moment. Après tout, cette question est effectivement devenue politique en Australie, les protestations étant menées par le parti vert. Bien sûr, il ne s’agit pas de dire que le MotoGP est un sport compatible avec la préservation de l’environnement, car il est éminemment polluant – c’est un fait. Je distingue, cependant, deux sortes de pollutions ; sans dire que l’une est moins grave que l’autre, nous y reviendrons.
Premièrement, il y a les émissions. Elles concernent l’essence utilisée en course, oui, mais ce n’est là que la face visible de l’iceberg. Ce qui cause le plus de dommages, c’est évidemment la logistique du championnat, et le calendrier toujours plus important. On pourrait aussi ranger les pneus dans cette catégorie, dont la conception et le recyclage sont toujours un problème, ainsi que certains matériaux utilisés. Bref, c’est tout ce qui est inhérent à la pratique du sport – mais même là, il peut y avoir des progrès à faire.
Deuxièmement, la pollution locale, ou plutôt, l’altération d’écosystèmes en raison de la tenue d’une course précise. C’est exactement ce qu’il risque de se passer à Adélaïde. Le MotoGP, par sa seule présence, va sans doute faire abattre des arbres et peut-être plus que prévu dans un site protégé et renommé. Personne n’a forcé les dirigeants à investir ce parc, plutôt qu’un autre circuit classique, comme The Bend, par exemple. Non, on a sciemment choisi d’y aller pour créer un événement nouveau.
The premier has been likened to a clone of Donald Trump as he pushes ahead with plans for the MotoGP regardless of the environmental impact. Thousands marched through Adelaide’s CBD amid growing opposition to plans to cut down more trees in the Park Lands for a major event.… pic.twitter.com/ma6FY0IdQ3
— 7NEWS Adelaide (@7NewsAdelaide) August 23, 2026
Je n’arrive pas à comprendre comment le MotoGP pourrait s’associer à un abattage d’arbres de cette ampleur. En 2026, toutes les études montrent qu’ils sont essentiels dans les villes, qu’ils abritent une grande variété d’animaux, d’une part, et qu’ils réduisent la chaleur grâce à l’ombrage et à l’évapotranspiration. Les scientifiques estiment qu’un arbre aurait l’impact de dix climatiseurs, et les Européens de l’ouest, qui viennent de subir l’été le plus chaud de leur histoire, doivent le savoir. Si la municipalité confirme l’abattage de 400 arbres – et même 45, à vrai dire –, cela apparaîtra comme une décision anachronique, parfaitement inutile. La réputation du sport serait forcément entachée, et la pertinence de cette course déjà controversée par sa seule nature, encore amoindrie.
Comment réduire l’empreinte du MotoGP ?
Les sports mécaniques sont très polluants, mais surtout à cause des calendriers surchargés. Pour pas que vous m’accusiez d’accuser sans proposer (si cela fait sens), j’ai une solution pour lutter contre ce phénomène, et j’en ai déjà parlé à plusieurs reprises. Ça s’articule autour de deux éléments : réduire considérablement la taille du calendrier, ce qui n’aurait, d’après mes études, que des avantages, et mieux l’organiser. Pour le premier point, mon calendrier de rêve comporterait 16 à 18 courses, pas une de plus. En passant de 22 à 16, l’impact serait considérablement amoindri, ça serait déjà un progrès énorme en termes de logistique.
Pour le deuxième point, je dois dire qu’actuellement, le calendrier MotoGP est plutôt bien agencé – avec les trois tournées – mais certaines anomalies datées de l’époque du Covid-19 me restent en travers de la gorge. Rappelez-vous qu’en 2021, nous avions eu droit au Grand Prix de Saint-Marin à Misano le 19 septembre, puis, au GP des Amériques le 3 octobre, et, juste après, le Grand Prix d’Émilie-Romagne… à Misano, le 24 octobre ! Ce n’est pas si loin et les questions écologiques étaient déjà primordiales ; aucune excuse, ça ne doit plus arriver.
Je sais que ce que je vais dire est malheureusement controversé, mais nous, fans de sports mécaniques, ne pouvons plus faire semblant d’ignorer totalement cet aspect des disciplines que nous aimons tant – cela vaut d’ailleurs pour tous les sports. Sans dire de boycotter le MotoGP ou la F1, prenons la parole quand des décisions incompréhensibles et aberrantes sont prises, notamment en vue d’un spectacle totalement secondaire par rapport aux questions que pose l’époque. Je pense bien évidemment à ce potentiel abattage d’arbres dans le parc Victoria, qui impacterait l’écosystème et l’histoire de ce lieu pour toujours, afin d’aménager un circuit utilisé quatre jours par an.
Finalement, je précise que je n’attaque absolument pas le MotoGP SEG, car le document qui a fuité n’est qu’une ébauche. Rien n’affirme qu’Ezpeleta et Liberty Media le valideront ; je dis simplement qu’il est nécessaire de les entendre à ce sujet. Pour l’instant, rien n’est fait, donc il y a de l’espoir.
Je suis curieux de savoir ce que vous pensez de ce scandale qui pourrait bien nuire au MotoGP. Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Photo de couverture : MotoGP









