F1
Publié le 8 septembre 2026 • 00:00 par Oléna Champlain

F1 – Antonelli fait exploser Monza, Verstappen lui tend la main : vivement le duel quand Red Bull lui donnera enfin les armes

Antonelli triomphe à Monza et reçoit les félicitations de Verstappen. Avec une Red Bull plus compétitive, leur duel promet énormément.

Il aurait pu regagner le parc fermé en maugréant contre son moteur, son déficit de vitesse ou cette Mercedes qui venait encore de lui échapper en ligne droite. Max Verstappen a choisi autre chose : aller féliciter Kimi Antonelli. Quelques instants après l’incroyable victoire de l’Italien au Grand Prix d’Italie, les deux hommes se retrouvent sur la piste et échangent une poignée de main aussi simple que symbolique. Plusieurs médias présents à Monza rapportent même que Verstappen a été le premier à venir féliciter Antonelli après son exploit. Et, quelque part, cette image résume parfaitement ce dimanche. D’un côté, Antonelli, 20 ans, parti 19e et vainqueur devant son public. De l’autre, Verstappen, quatre fois champion du monde, troisième avec une Red Bull qui lui impose actuellement de fabriquer lui-même une partie de ses performances. Entre les deux ? Une différence de voiture encore suffisamment importante pour empêcher le duel d’être totalement équitable. Alors forcément, une question vient déjà chatouiller l’imagination : qu’est-ce que cela donnera lorsque Verstappen disposera réellement d’une monoplace capable de répondre coup pour coup à la Mercedes ? Parce que si Monza nous a offert un avant-goût, le plat principal pourrait être assez savoureux.

Antonelli gagne, Max applaudit… et donne déjà envie de voir la suite

Antonelli gagne, Verstappen est le premier à venir saluer l’exploit

Le geste compte justement parce que Verstappen n’avait aucune raison sportive de sourire particulièrement. Le Néerlandais termine troisième, 14,718 secondes derrière Antonelli, après avoir pourtant mené brièvement la course et livré plusieurs batailles spectaculaires. George Russell s’intercale entre eux, à 3,857 secondes de son équipier. Mais lorsqu’Antonelli rejoint les célébrations, Verstappen ne joue pas au champion déchu qui regarde ailleurs. Il vient le féliciter. Pas de cinéma. Pas de grimace obligatoire pour les caméras.Juste la reconnaissance d’une course exceptionnelle.

Et difficile de prétendre le contraire : partir 19e, remonter tout le peloton, reprendre Russell malgré une petite excursion dans le gravier et gagner à Monza constitue l’une des performances les plus fortes de cette saison. Antonelli devient le premier Italien à s’imposer au Grand Prix d’Italie depuis Ludovico Scarfiotti en 1966. Soixante ans. Même Verstappen pouvait difficilement bouder l’histoire.

Max avait pourtant essayé de s’inviter à la fête

Que personne ne s’y trompe : Verstappen n’a pas passé son dimanche à regarder tranquillement les Mercedes disparaître. Parti cinquième, il gagne rapidement des positions et se retrouve troisième dans les premiers tours. Après le drapeau rouge provoqué par l’accident de Charles Leclerc, il parvient même à prendre momentanément la tête du Grand Prix. Ensuite commencent les ennuis. Russell revient. Antonelli revient. Et surtout, dès que la Mercedes peut exploiter pleinement son énergie électrique dans les longues lignes droites de Monza, la Red Bull devient beaucoup plus difficile à défendre.

Verstappen l’a expliqué après la course : il manquait de déploiement électrique par rapport à ses adversaires et perdait trop de vitesse en ligne droite.

Le constat du Néerlandais était presque brutal : « Nous étions tout simplement trop lents en ligne droite. »

Et lorsqu’un Verstappen doit expliquer qu’il compensait en freinant extrêmement tard et en tentant régulièrement l’extérieur parce que sa voiture ne pouvait pas défendre autrement, on comprend que la troisième place ne raconte pas toute la course.

Sur son propre site, son bilan est encore plus imagé : Red Bull était comparée à un escargot dans les lignes droites, tandis que Verstappen expliquait avoir maximisé ce que sa voiture pouvait offrir. Monza, Temple de la vitesse. Red Bull, escargot en ligne droite. L’association n’était probablement pas prévue dans le dossier de presse.

Et malgré cela, Verstappen termine encore sur le podium

C’est peut-être précisément pourquoi la perspective d’un duel futur avec Antonelli est si excitante. Verstappen finit troisième avec une voiture qu’il juge insuffisante en vitesse de pointe et instable à l’arrière dans certaines portions lentes. Malgré cela, il dépasse, se bat devant, mène momentanément et reste suffisamment proche pour profiter de la moindre faiblesse des Mercedes. Et ce n’est pas exactement nouveau.

Depuis le début de l’ère 2026, Red Bull doit composer avec les difficultés de son nouveau package technique et de son groupe propulseur maison, tandis que Mercedes a installé la référence. Avant même le début de la saison, Red Bull reconnaissait d’ailleurs que Verstappen constituait son principal avantage compétitif face à la révolution réglementaire. Autrement dit : lorsque la voiture n’a pas tout ce qu’il faut, Max complète le kit lui-même. Cela fonctionne jusqu’à un certain point. Face à une Mercedes parfaitement exploitée par Antonelli, ce point est désormais visible.

Antonelli-Verstappen : Monza nous a offert quelques secondes du futur

Le Grand Prix a justement produit plusieurs séquences où les deux hommes ont pu se mesurer directement. Antonelli revient sur Verstappen au 16e tour et lui prend la deuxième place. Avant cela, Max avait également bataillé avec Russell et profité du fameux effet de yo-yo énergétique qui caractérise les nouvelles voitures 2026. C’est rapide. C’est agressif. Et surtout, personne ne semble particulièrement intimidé.

Antonelli n’a pas abordé Verstappen comme un jeune pilote qui découvrirait soudain que quatre titres mondiaux sont inscrits sur la voiture située devant lui. Il l’a dépassé. Point.

Et Verstappen, après la course, n’a pas cherché une excuse pour minimiser le vainqueur. Au contraire : la poignée de main dit assez clairement qu’il reconnaît l’exploit. Voilà précisément ce qui donne envie d’en voir davantage.

Parce que pour l’instant, la Mercedes reste globalement supérieure.

Mais si Red Bull réussit enfin à lui fournir une voiture suffisamment rapide en ligne droite, suffisamment stable à l’arrière et capable de déployer son énergie au même niveau que la W17, alors nous pourrions avoir quelque chose de beaucoup plus intéressant qu’un simple duel ponctuel. Un vrai choc de générations.

Antonelli a 20 ans, Verstappen en paraît déjà presque l’ancien

C’est peut-être le détail le plus amusant. Verstappen n’a que 28 ans. Et pourtant, face à Antonelli, il représente déjà quasiment l’ancienne garde. Le Néerlandais possède quatre titres mondiaux. Antonelli dispute seulement sa deuxième saison complète en F1 et vient déjà de décrocher sa septième victoire de l’année en treize Grands Prix. Il compte désormais 267 points et mène Russell de 66 points. Verstappen, lui, n’est que sixième du championnat avec 127 points. Cent quarante points les séparent. Autant dire que le duel pour le titre 2026 n’est pas vraiment celui dont on parle. Mais le championnat actuel n’est pas nécessairement le sujet.

Le rapport de force à moyen terme, lui, l’est beaucoup plus.

Mercedes possède Antonelli. Red Bull possède Verstappen. Et si Milton Keynes parvient à remettre techniquement les deux voitures dans la même catégorie, la F1 pourrait se retrouver avec un affrontement autrement plus explosif.

Même Verstappen aurait aimé que les Mercedes se battent davantage

Le Néerlandais n’était d’ailleurs pas complètement désintéressé par la bataille entre Antonelli et Russell.

Dans la cool-down room après la course, Verstappen plaisante avec les deux pilotes Mercedes et reconnaît qu’il aurait aimé les voir se battre davantage entre eux, probablement parce que cette lutte aurait pu lui permettre de rester au contact. On reconnaît bien Max. Très heureux de féliciter Antonelli après l’arrivée. Un peu moins contrarié à l’idée que les deux Mercedes auraient pu se prendre quelques dixièmes supplémentaires en piste. Le respect n’a jamais interdit l’opportunisme.

Et c’est justement cette combinaison qui promet beaucoup : Antonelli ne semble pas avoir envie de reculer devant Verstappen, et Verstappen ne changera certainement pas sa manière de courir parce que le jeune homme dans l’autre voiture est devenu le nouveau phénomène du paddock.

Antonelli n’a désormais plus besoin d’être présenté comme “le futur”

Pendant des mois, le vocabulaire autour du jeune Italien tournait autour du potentiel. Le futur champion. Le prodige. Le remplaçant de Hamilton chez Mercedes. Le garçon sur lequel Toto Wolff avait pris un énorme pari. Après Monza, ce vocabulaire commence sérieusement à dater.

Antonelli n’est plus seulement le futur. Il est déjà le problème du présent pour tous les autres.

Sept victoires. Une avance de 66 points sur Russell. Une remontée de P19 à P1 à domicile. Et désormais 39,9 % des suffrages pour le titre de Driver of the Day, très loin devant Verstappen, deuxième du vote avec 16 %. Même George Russell reconnaît que son équipier contrôle désormais la course au championnat et mérite sa position. Voilà qui place le niveau assez haut.

Mais donnez maintenant à Verstappen la voiture pour répondre

C’est là que la troisième place de Monza devient presque plus intrigante que décevante. Verstappen n’avait pas la meilleure voiture. Il n’avait pas la meilleure vitesse en ligne droite. Il dit lui-même avoir souffert d’un déficit de déploiement impossible à défendre face aux Mercedes. Et il finit quand même troisième. Alors oui, Antonelli est actuellement l’homme à battre. Oui, sa victoire de Monza est exceptionnelle. Oui, Mercedes possède aujourd’hui l’avantage technique.

Mais vivement le jour où Verstappen n’aura plus à compenser la voiture au freinage simplement pour rester dans le combat. Parce que ce dimanche italien nous a déjà montré les deux ingrédients essentiels. Antonelli possède la vitesse et n’a peur de personne. Verstappen possède toujours cette capacité presque absurde à rester dans le jeu même lorsqu’il n’a pas toutes les cartes. Après l’arrivée, Max est allé serrer la main du vainqueur. Très joli geste.

La prochaine fois, avec une Red Bull enfin à la hauteur, on préférerait presque qu’il n’ait pas le temps de le féliciter avant le podium parce que les deux auront passé les 53 tours à se battre pour savoir lequel y montera en premier.