Remplacer Phillip Island constituait déjà un pari considérable pour le MotoGP. Les premières images du futur circuit d’Adélaïde ne rassurent pas Bob Barnard, concepteur du tracé australien devenu l’un des monuments du championnat. Après avoir étudié la simulation du projet, il pointe notamment son premier virage : une épingle qu’il juge potentiellement « pire que Balaton ».
Le futur Grand Prix d’Australie n’a pas encore posé ses roues à Adélaïde que son circuit fait déjà débat. Le MotoGP a récemment dévoilé une simulation informatique du tracé appelé à succéder à Phillip Island. Contrairement à ce que pourrait laisser penser sa localisation, il ne s’agira pas véritablement d’un circuit urbain, mais plutôt d’un tracé aménagé dans un parc, sur un principe comparable à Albert Park en Formule 1.
Mais remplacer Phillip Island signifie aussi accepter une comparaison particulièrement difficile. Et l’un des jugements les plus sévères vient justement de Bob Barnard, le concepteur du circuit de Phillip Island.
Le concepteur de Phillip Island n’est pas convaincu
Invité du podcast Oxley Bom MotoGP, Barnard a étudié les premières représentations numériques du futur circuit. Et il ne les balaie pas sous prétexte qu’il ne s’agirait que d’images virtuelles. « Je trouve que les rendus informatiques sont très précis de nos jours. Je les utilise beaucoup. Je ne les utilise pas pour concevoir le circuit, mais plutôt pour le visualiser. Et je pense qu’ils sont assez fidèles. »
Son premier constat confirme d’ailleurs la philosophie annoncée du projet. « Ce n’est pas du tout un circuit urbain. C’est un circuit de type parc, comme Albert Park. » Mais sur le plan sportif, l’enthousiasme disparaît rapidement. « Quand je le regarde, je me dis que ça ne m’apporte rien de spécial. »
« Je n’aime pas ce premier virage »
Un élément concentre surtout ses critiques : le premier virage. Le projet prévoit une épingle immédiatement après le départ. Une configuration qui pourrait produire un freinage particulièrement serré lorsque l’ensemble du peloton MotoGP y arrivera groupé.
Et Barnard ne prend guère de précautions pour exprimer son inquiétude : « Je vous le dis tout de suite, je n’aime pas ce premier virage. Je pense que ce sera pire que le Balaton. »
La comparaison n’est évidemment pas anodine. Balaton Park est devenu depuis son arrivée au calendrier en 2025 l’un des tracés les plus controversés du MotoGP. Mat Oxley l’avait même comparé à un « parking Tesco ». Francesco Bagnaia estimait pour sa part, avant même la présentation détaillée du projet australien, qu’Adélaïde ne pourrait qu’être préférable à Balaton. Barnard vient donc sérieusement tempérer cet optimisme.
Spoiler alert: no riders were hurt in the filming of the Adelaide reaction 😅👌#MotoGP pic.twitter.com/8CVSAD84rt
— MotoGP™🏁 (@MotoGP) September 3, 2026
Adélaïde doit surtout faire oublier Phillip Island
Le débat dépasse cependant la seule géométrie d’une épingle. Le futur circuit arrive avec un handicap presque impossible à éviter : il sera systématiquement comparé à Phillip Island.
Le tracé australien est apprécié pour sa vitesse, ses grandes courbes, ses changements de dénivelé et sa proximité spectaculaire avec l’océan. Il fait partie de ces circuits dont la personnalité dépasse largement la simple succession de virages.
Adélaïde devra donc convaincre qu’il peut proposer autre chose sans devenir un circuit artificiellement dessiné autour des contraintes modernes. Barnard s’interroge d’ailleurs sur certains choix effectués dans la conception générale du projet. « Ce qu’ils ont fait ne semble pas très logique », résume-t-il.
Un projet déjà contesté avant la première moto
La critique sportive intervient alors que le projet rencontre également une opposition locale. L’abattage envisagé de plusieurs centaines d’arbres pour permettre l’aménagement du circuit alimente notamment les contestations environnementales et les manifestations autour du projet.
Le MotoGP se retrouve ainsi confronté à deux questions différentes. La première consiste à savoir si Adélaïde pourra obtenir toutes les validations nécessaires et s’intégrer durablement dans son environnement.
La seconde ne trouvera de réponse qu’une fois les MotoGP en piste : ce tracé peut-il réellement succéder à Phillip Island ? Marc Marquez s’est montré enthousiaste et Francesco Bagnaia avait estimé qu’il serait difficile de faire pire que Balaton Park.
Bob Barnard vient de leur répondre avant même le premier tour. Et venant de l’homme qui a dessiné Phillip Island, son avertissement risque d’accompagner le projet jusqu’à son inauguration : « Je n’aime pas ce premier virage. Je pense que ce sera pire que le Balaton. »

























