Moto GP
Publié le 20 août 2026 • 20:30 par Nicolas Pascual

Parlons MotoGP : La question qui tue, comment préparer l’après Marc Marquez ?

Marc Marquez a prolongé en MotoGP, oui, mais après ? Analyse d’une situation que Liberty Media ne devra pas prendre à la légère.

Marc MotoGP Marquez

Liberty Media, via la nouvelle entité MotoGP Sports Entertainment Group, est désormais aux commandes. On a bien compris que l’intérêt était porté sur le spectacle, et cela passe par la rupture avec ce que l’on avait connu sur de nombreux aspects. Le problème, justement, c’est que le capital spectacle en piste en MotoGP est principalement assuré par un seul homme depuis huit ans, à savoir, Marc Marquez. Alors, comment préparer son futur départ ?

 

Une problématique importante

 

Commençons par poser les bases. Marc Marquez, très souvent blessé et absent depuis 2020, a totalement changé son approche. Il affirme ne plus être obnubilé par la victoire, et qu’un dixième titre ne changerait pas sa vie. De plus, il est en droit d’envisager une vie de famille avec sa compagne Gemma, ce qui me pousse à dire qu’il ne restera pas éternellement en MotoGP. J’ai d’ailleurs réalisé de nombreux articles qui anticipent une retraite surprise en fin de saison, là, en 2026. C’est peu probable, mais c’est un scénario que je ne peux balayer d’un revers de main. Officiellement, Marquez est prolongé jusqu’en 2028 avec Ducati ; tout porte à croire, sauf nouveau changement de philosophie, qu’il ne poursuivra pas son aventure au-delà.

 

Marc MotoGP Marquez
Je ne vois pas le « nouveau » Marquez végéter en fond de peloton jusqu’à 40 ans. Photo : Instagram Marquez

 

Marquez aura 35 ans, et ce que beaucoup de gens sous-estiment, c’est qu’il est déjà le pilote avec la meilleure longévité dans l’histoire du sport, d’après moi. J’ai réalisé un autre article sur ce sujet, cliquez ici si vous désirez en savoir davantage. Étant donné que Marquez fait partie de ces sportifs dont la popularité dépasse le simple cadre de son sport, on imagine que le remplacer sera très difficile. À quoi s’attendre ?

 

L’émergence d’une nouvelle star ? Peu probable

 

On pourrait imaginer l’émergence d’une nouvelle superstar, ce qui arrive le plus souvent en sport. En général, après la domination d’un monstre, il y en a toujours un pour reprendre le flambeau. Et c’est justement la succession continue de très grands profils qui permet à une discipline de se populariser dans le temps. Le basketball, par exemple, a vu s’enchaîner Kareem Abdul-Jabaar, « Magic » Johnson/Larry Bird, Michael Jordan, Kobe Bryant, puis LeBron James et Steph Curry. C’est pour ça que le sport devient de plus en plus important, parce qu’il y a toujours quelqu’un à aduler. C’est la même configuration en football, ou en tennis pour prendre l’exemple d’un sport individuel – même s’il y a eu une période de flottement entre l’ère Djokovic et l’ère Alcaraz/Sinner.

En MotoGP, même topo. Marquez a remplacé Stoner en 2013, pile quand Valentino Rossi entamait sa deuxième partie de carrière. Et le sport était aussi porté, il faut le dire, par un Jorge Lorenzo unique en son genre. Ainsi, lorsque Rossi a pris sa retraite fin 2021, Marquez est devenu le fer de lance, la transition s’est faite même si elle était forcément difficile en Italie, cela va de soi. Depuis la fin des années 1990 et le déclin de Mick Doohan en 1999, nous avons donc un passage de flambeau constant.

Cependant, ça pourrait bien changer avec la retraite de Marc Marquez. Le MotoGP pourrait connaître une véritable crise de personnalité, car il n’y a personne pour le remplacer sur plusieurs plans.

Premièrement, sur le plan du talent. Aucun ne l’égale en MotoGP actuellement. Sa plus proche itération en MotoGP, Pedro Acosta, a déjà réalisé des exploits, mais trop peu pour être directement comparé à un jeune Marc Marquez. Je pense que Liberty Media prie pour qu’il explose véritablement chez Ducati, mais ce n’est pas encore gagné pour une raison que j’expliquerai dans quelques lignes.

Deuxièmement, sur le plan de la personnalité. Marquez était ce sportif assoiffé par la victoire, cet espèce d’enfant prodige au sourire dévastateur, babyface killer comme ils diraient outre-Atlantique. Le personnage d’Acosta est aussi intéressant, mais pas aussi passionnant au premier sens du terme.

Troisièmement, sur le plan de l’âge, afin d’avoir un passage de flambeau fluide. En 2029, Acosta aura déjà 25 ans, et surtout, six saisons dans les pattes. D’après moi, il sera trop identifié pour devenir la nouvelle coqueluche, là où Marquez a crevé l’écran beaucoup plus rapidement en catégorie reine. Pour pallier à ce problème, il faut donc se tourner vers les catégories inférieures, et là aussi, j’ai des doutes. David Alonso arrivera en MotoGP en 2027, et aura donc déjà 23 ans en 2029 avec deux saisons dans les jambes. S’il ne gagne rien sur ses deux premiers exercices en catégorie reine, je doute qu’il puisse devenir la future face de notre sport. Et puis, en Moto3, il y a Maximo Quiles, le protégé de Marc Marquez.

 

Aspar MotoGP
Alonso peut vraiment marquer son temps. Mais bon, entre le dire et le faire.

 

Le cas Quiles est intéressant, car il devrait justement arriver en MotoGP à l’horizon 2028 ou 2029 s’il continue comme ça. Il a une bonne personnalité, et son histoire personnelle avec Marquez peut aider à assurer une transition naturelle. Certes. Mais, une fois de plus, j’attire votre attention sur le fait qu’il s’agit d’un énième « spécialiste » du Moto3, un archétype qui n’y arrive pas toujours en Moto2 et qui éclot tous les ans ou presque de nos jours. Pour plus de renseignements sur ce phénomène, cliquez ici.

 

Un règlement qui empêche l’émergence d’un nouveau Marc Marquez en MotoGP ?

 

Pourquoi se pose-t-on la question ? Après tout, c’est censé être naturel. Eh bien, depuis l’introduction de l’ECU unique en 2016, tout a changé. Le sport n’est plus le même. Désormais, et je n’exagère pas, 18 des 22 pilotes ont le talent pour jouer le podium et peuvent y prétendre au moins une fois par an. Les vainqueurs sont plus nombreux, mais la légende, plus diluée. Lorsque Marquez est arrivé en MotoGP, seules quatre motos pouvaient gagner : les Yamaha et Honda officielles. Mais alors qu’on célèbre six, voire, neuf vainqueurs différents par saison, il est beaucoup plus dur pour un seul homme d’émerger et de se faire aduler. Logiquement, viennent à s’imposer des pilotes pas vraiment charismatiques, qui, en battant les stars, diminuent leur grandeur. Il ne faut pas oublier que les grandes périodes de popularité en sport naissent d’une domination, c’est une constante. C’est quand un outsider, jeune, vient perturber l’hégémonie que les gens accrochent le plus.

Le règlement va changer en 2027. Mais comme la société tend vers la standardisation, je pense effectivement qu’on verra au moins autant de pilotes différents s’illustrer lors des prochaines saisons. Les différences seront peut-être marquées au début, lorsque les écarts entre constructeurs seront importants, mais au fil du temps, avec les concessions, tous redeviendront à égalité ou presque.

 

Conclusion

 

Imaginons – et c’est mon pronostic – qu’on ne trouve pas de remplaçant à Marc Marquez. Je pense sincèrement que ça peut être très difficile à gérer, beaucoup plus que le départ de Rossi. L’Espagne est le pays du MotoGP. Il y a quatre Grands Prix sur le territoire – bientôt trois avec Aragon en tampon –, et nul doute que, si l’on enlève la star, l’impact sur les affluences hispaniques peut être immense.

Ma solution pour pallier ce problème est simple, mais malheureusement contraire à la tendance, donc elle ne se produira pas. Pour moi, si le MotoGP SEG veut faire éclore un nouveau Marc Marquez, il faut que le règlement permette la domination d’un ou deux hommes au maximum. C’est en se retrouvant toujours aux meilleures positions qu’entre eux naîtra une rivalité, et, historiquement, cela facilite l’adhésion du public, car il faut choisir un camp à défendre. Les gens adorent ça, et c’est précisément à cause de la standardisation du MotoGP que ces grands affrontements ont disparu. Si, en plus, ils sont dotés de personnalités marquantes (type Acosta ou Alonso), ça peut vraiment le faire.

Que pensez-vous de cette question brûlante ? Dites-le-moi en commentaires !

Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

 

Maximo Quiles
Quiles a du potentiel, c’est clair. Mais attention au passage en Moto2.

 

Photo de couverture : Michelin Motorsport